2025 : Crise politique, responsabilité démocratique et horizon du renouveau


Mohamed Assouali
Mardi 6 Janvier 2026

2025 : Crise politique, responsabilité démocratique et horizon du renouveau
L’année 2025 ne diffère guerre des 4 dernières années quant au sentiment de déception que l'action du gouvernement inspire. Les échecs politiques, économiques avec leurs implications sociales continuent de s'accumuler avec une cadence qui s'accélère depuis 2021, révélant les limites d’un mode de gouvernance incapable de répondre aux attentes profondes des citoyens.

Pour l'USFP, l'année 2025 pourrait être qualifiée d'année de clarification politique: celle d'un positionnement clair et cohérent face à des choix contraires à l’intérêt général, une année de mobilisation démocratique, de réaffirmation de la cause nationale et, surtout, une année charnière appelant à une refondation du champ politique marocain sur des bases de responsabilité, de crédibilité et de justice sociale.
 
Une crise globale et une confiance fragilisée
 
Le Maroc traverse une phase critique où les crises politique, économique et sociale s’entrecroisent dans un climat général de défiance. Il ne s’agit plus de difficultés conjoncturelles liées à des facteurs externes, mais bien de déséquilibres structurels profonds qui ont progressivement éloigné l’action publique des réalités quotidiennes des citoyens.

Sur le plan politique, la perte de confiance dans les institutions représentatives est devenue un phénomène durable. L’abstention électorale, le retrait citoyen et la défiance à l’égard du discours officiel traduisent moins une indifférence qu’un rejet silencieux d’une pratique politique perçue comme déconnectée, peu transparente et peu redevable. Le Parlement, affaibli dans ses fonctions de contrôle et d’évaluation, peine à incarner un véritable contre-pouvoir, tandis que la logique arithmétique de la majorité réduit le débat démocratique à une formalité procédurale.

Sur le plan économique, le décalage entre les indicateurs macroéconomiques avancés et la réalité sociale est manifeste. La cherté de la vie, l’érosion du pouvoir d’achat et la pression sur les classes moyennes et populaires se sont installées durablement. L’endettement croissant limite les marges de manœuvre publiques et pose une question centrale : celle des priorités budgétaires et de la justice dans la répartition de l’effort national. Les réformes structurelles, notamment dans la santé, l’éducation et l’emploi, demeurent inabouties, accentuant le sentiment d’inefficacité de l’action publique.

Socialement enfin, ces déséquilibres se traduisent par un élargissement des vulnérabilités et des inégalités, notamment territoriales. La dégradation des services publics et l’absence d’une justice sociale tangible nourrissent un mécontentement diffus, souvent silencieux, mais profondément enraciné.
 
La motion de censure : Un acte constitutionnel majeur
 
C’est dans ce contexte que la motion de censure déposée par le groupe socialiste de l’opposition à la Chambre des représentants prend une signification politique et constitutionnelle majeure. Fondée sur l’article 105 de la Constitution, cette initiative constitue l’un des mécanismes les plus forts de contrôle parlementaire, permettant de contester la poursuite de la responsabilité gouvernementale.

Loin d’un geste symbolique ou tactique, la motion s’inscrit dans l’esprit du principe constitutionnel de la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes, consacré dès l’article premier de la Constitution. Elle s’articule également avec les articles 100 et 101, relatifs à l’évaluation des politiques publiques et à la responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement.

Le débat qu’elle a suscité a déplacé la question centrale du terrain du rapport de forces numériques vers une interrogation de fond : le gouvernement dispose-t-il encore de la légitimité politique et morale nécessaire pour poursuivre son action ? En ce sens, la motion a contribué à restaurer le rôle de l’opposition comme acteur constitutionnel à part entière et à réhabiliter le Parlement comme espace de débat politique réel.

Au-delà de son issue institutionnelle, cette démarche participe à l’ancrage d’une culture de la transition démocratique, dans laquelle l’usage normalisé des mécanismes de contrôle, l’acceptation du débat contradictoire et la diversité dans les approches et les appréciations politiques  deviennent des facteurs de stabilité démocratique, et non des menaces à celle-ci.
 
2025 : Signes de renouveau et recomposition politique
 
Si l’année 2025 s'est débarquée par la continuité des échecs en ce qui concerne l'action du gouvernement, elle a été marquée pour l'USFP par des dynamiques politiques positives, issues du travail organisationnel et du retour au terrain.

En effet, la dynamique engagée par l’Union socialiste des forces populaires constitue l’un des faits politiques marquants de cette année. La restructuration des instances régionales et provinciales, le renouvellement des conseils nationaux et la tenue du douzième Congrès national ont redonné cohérence, visibilité et crédibilité à l’action du parti. L’adoption large de la direction politique a renforcé l’idée qu’aucune alternative crédible ne peut émerger sans organisation solide et démocratie interne effective.

Cette dynamique s’est prolongée sur le terrain à travers des tournées organisationnelles couvrant plus de soixante-dix provinces et préfectures. Elles ont permis de réhabiliter le travail de proximité, l’écoute directe des citoyens et l’ancrage territorial du discours politique. Ce mouvement a été renforcé par le rôle central du Premier secrétaire du parti, Driss Lachguar, qui a supervisé personnellement l’ouverture des congrès provinciaux dans l’ensemble des régions du Royaume, conférant à ces rendez-vous une portée politique nationale et consolidant l’unité du choix stratégique.

La célébration du cinquantième anniversaire de la jeunesse socialiste a, par ailleurs, rappelé que le désengagement des jeunes relève moins d’un rejet de la politique que de la perte de sens de celle-ci lorsque le projet et l’encadrement font défaut.
Sur le plan social, la résistance organisée du monde du travail, portée notamment par les mobilisations syndicales, a contribué à préserver un minimum d’équilibre social et à rappeler que la stabilité repose sur la justice sociale et le dialogue.
 
La cause nationale : Un socle stratégique
 
L’année 2025 s’impose également comme l’année de la cause nationale par excellence. Le renforcement de la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara et la consécration de l’autonomie comme solution politique crédible traduisent la solidité de la stratégie marocaine fondée sur la souveraineté, le développement et la stabilité.
Mais la cause nationale ne peut être durablement consolidée sans un front intérieur démocratique fort. La position de l’Union socialiste est constante : la défense de l’intégrité territoriale est indissociable de la démocratie, de la justice sociale et de l’égalité territoriale. L’autonomie est un projet politique et de développement qui suppose la régionalisation avancée, la participation citoyenne et la dignité sociale.
 
2025, un tournant politique
 
L’année 2025 apparaît ainsi comme un moment de bascule. Elle met en évidence les limites d’une gouvernance fondée sur la gestion des déséquilibres, mais révèle aussi les conditions d’un renouveau démocratique possible. À l’horizon de 2026, l’enjeu dépasse le simple rendez-vous électoral : il s’agit de restaurer la confiance, de redonner sens à l’engagement citoyen et de faire de la politique un levier de justice, de responsabilité et d’espoir collectif.

Par Mohamed Assouali


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