Libération

La sécurité sanitaire des citoyens en jeu : Faux remèdes , vraie menace

Le Groupe socialiste-Opposition ittihadie met en garde contre la prolifération incontrôlée des produits à allégations thérapeutiques sur internet


Mehdi Ouassat
Jeudi 5 Février 2026

A mesure que le commerce se dématérialise et que les réseaux sociaux deviennent des vitrines ouvertes à tous les vents, une zone grise s’installe dangereusement au cœur de la santé publique marocaine. Derrière des écrans lumineux et des slogans prometteurs, des produits présentés comme compléments alimentaires, solutions naturelles ou remèdes quasi miraculeux circulent librement, sans contrôle réel, sans garanties scientifiques et souvent sans la moindre autorisation. Cette dérive profondément préoccupante vient d’être portée avec gravité au Parlement par le Groupe socialiste–Opposition ittihadie à travers une question écrite adressée par le député El Hassan Lachguar au ministre de la Santé et de la Protection sociale.

Le constat est alarmant et nul ne peut aujourd’hui prétendre l’ignorer. Sur les plateformes numériques, dans les fils d’actualité des réseaux sociaux et au détour de sites marchands parfois hébergés hors de toute juridiction claire, prolifèrent des produits vantant des effets extraordinaires. On y promet une croissance accélérée pour les enfants, une amélioration fulgurante des capacités intellectuelles, un regain de vitalité sexuelle ou encore le traitement de troubles sensibles qui relèvent pourtant du strict champ médical. Ces promesses, rarement étayées par des études reconnues, s’adressent à des citoyens souvent démunis face à l’autorité apparente du discours pseudo-scientifique et à la force de la publicité ciblée.

Ce phénomène pose une question centrale qui touche au cœur même de la responsabilité de l’Etat. Comment garantir la sécurité sanitaire lorsque le marché échappe aux circuits traditionnels de contrôle et que la frontière entre complément alimentaire et médicament devient volontairement floue? L’inquiétude exprimée par le député ittihadi n’est pas théorique. Elle renvoie à des risques concrets, parfois graves, pour la santé des consommateurs, en particulier les enfants et les personnes vulnérables, premières cibles de ces campagnes numériques agressives.

Au-delà du danger sanitaire, c’est aussi la crédibilité de l’action publique qui se trouve interrogée. L’absence de visibilité sur les procédures d’autorisation, le manque de communication sur les contrôles effectués et la rareté des sanctions connues nourrissent un sentiment d’impunité. Dans cet espace numérique devenu un marché sans gardien, les règles semblent s’effacer au profit du profit rapide. Or la santé n’est pas une marchandise ordinaire et ne saurait être abandonnée aux seules lois des algorithmes et de l’influence.

L’interpellation parlementaire de l’USFP met ainsi en lumière une carence structurelle. Elle appelle à une clarification urgente des mécanismes de contrôle, à une traçabilité rigoureuse des produits mis en circulation et à une vérification scientifique sérieuse des allégations thérapeutiques utilisées comme arguments de vente. Elle pose aussi la question de la capacité des institutions à s’adapter à un environnement numérique en constante mutation, où les outils classiques de régulation montrent leurs limites.

Mais contrôler ne suffit pas. Face à la séduction des discours simplistes et des solutions miracles, la prévention et la sensibilisation deviennent des impératifs politiques et sanitaires. Informer les citoyens, développer l’esprit critique, rappeler que la santé repose sur des preuves et non sur des promesses, voilà un chantier que l’opposition ittihadie estime trop longtemps relégué au second plan. La protection du consommateur ne peut être effective sans une stratégie claire d’éducation sanitaire, portée par l’État et assumée au plus haut niveau.

A travers cette question écrite, le Groupe socialiste–Opposition ittihadie ne se contente pas de pointer un dysfonctionnement. Il affirme une vision. Celle d’un État protecteur, vigilant et responsable, qui ne détourne pas le regard lorsque la santé des Marocaines et des Marocains est mise en jeu. A l’heure où le numérique redéfinit nos habitudes et nos vulnérabilités, le silence et l’inaction ne sont plus des options. Le gouvernement est désormais face à ses responsabilités. Et l’opinion publique, elle, attend des réponses claires, des actes fermes et une volonté politique à la hauteur des enjeux.

Mehdi Ouassat

Mehdi Ouassat
Jeudi 5 Février 2026

Lu 60 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Dossiers du weekend | Actualité | Spécial élections | Les cancres de la campagne | Libé + Eté | Spécial Eté | Rétrospective 2010 | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | USFP | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Chronique | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif | RETROSPECTIVE 2020 | RETROSPECTIVE ECO 2020 | RETROSPECTIVE USFP 2020 | RETROSPECTIVE SPORT 2020 | RETROSPECTIVE CULTURE 2020 | RETROSPECTIVE SOCIETE 2020 | RETROSPECTIVE MONDE 2020 | Videos USFP | Economie_Zoom | TVLibe



Flux RSS