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Pour le ministère de l’Intérieur, le nouveau texte de loi risque de contrarier sa politique de lutte contre l'immigration irrégulière. Pis, la réduction des délais proposés pour l’obtention de la carte de séjour pourrait potentiellement, selon lui, inciter des "millions" de jeunes étrangers à venir en Espagne et profiter aux mafias du trafic et de la traite humains.
L'Intérieur a également exprimé son inquiétude quant à la réaction de l'UE vis-à-vis de cette réforme, en particulier la France et l'Allemagne, qui auront bientôt des élections, puisque les permis de séjour obtenus en Espagne faciliteront le transit des jeunes à travers le continent.
Un son de cloche que partage le ministère des Affaires étrangères qui a également mis en garde contre l'impact des mesures prévues par l’arrêté royal sur la relation de Madrid avec l'UE puisque cela générera des frictions avec ses partenaires européens et sur les opérations de rapatriement de ces jeunes mineurs qui risquent de devenir de plus en plus difficiles.
Des arguments que ne partage pas le ministère chargé de la Migration qui estime que le prochain texte de loi évitera aux mineurs et aux jeunes non accompagnés l'irrégularité, la marginalisation et facilitera leur accès à l'emploi.
Mais que propose ce texte ? « L’arrêté est attendu pour réguler une fois pour toutes la question de l’accueil des mineurs et des jeunes non accompagnés. En effet, ce texte comporte neuf modifications importantes qui vont permettre aux jeunes de bénéficier d’un séjour légal et de la possibilité de travailler », nous a indiqué Ahmed Khalifa, de l’Association marocaine d’intégration des migrants à Malaga. En détail, ledit texte permettra, entre autres, aux mineurs d’obtenir leurs papiers dans les plus brefs délais, de renouveler leurs autorisations tous les cinq ans et de travailler automatiquement à partir de 16 ans. La réforme profiterait à quelque 8.000 mineurs étrangers non accompagnés et 8.000 autres jeunes arrivés seuls en Espagne mais ayant déjà atteint l'âge de la majorité.
Pour notre source, cette réforme a été très attendue depuis des années par la société civile et les organismes sociaux qui œuvrent dans le domaine de la protection des mineurs. Les communautés autonomes, responsables de la tutelle des enfants, sont également favorables au changement. Et pour cause : un mineur étranger n’est pas traité sur le même pied d’égalité qu’un Espagnol. En effet, ce dernier jouit de droits et d’avantages dès qu'il atteint l'âge de la majorité, ce qui lui permet une meilleure intégration en tant qu'adulte pour chercher un emploi, un appartement, etc., et ce à l’inverse d’un mineur étranger qui se retrouve en situation administrative irrégulière dès qu’il devient majeur et seuls quelques privilégiés parviennent à avoir un permis de séjour et de travail.
Pour que les jeunes puissent renouveler leur permis à 19 ans, ils doivent prouver des revenus propres mensuels de plus de 2.000 euros. Et pour travailler, ils ont besoin qu'une entreprise, sans dette envers la Sécurité sociale ou le Trésor, leur propose un contrat de travail à temps plein d'un an.
Qui sont ces mineurs étrangers non accompagnés ? Dans un article publié dans VST - Vie sociale et traitements 2016/2 (N° 130), les chercheurs Agustín Villafañe et Lidia Carnicero soutiennent qu’il ne s’agit pas d’un groupe homogène compte tenu de la diversité de leurs origines nationales, régionales, culturelles, et de leurs formations. « Peut-être était-ce comme cela au début avec l’origine marocaine presque unique et les difficultés liées à leur accueil. Mais aujourd’hui, il n’y a pas d’effet d’appel qui verrait une primauté de l’immigration marocaine, laquelle reste néanmoins effective, en lien avec la crise économique et la faiblesse de la protection sociale dans ce pays. Le faible taux de retour volontaire en est la conséquence », expliquent-ils.
Ils indiquent, par ailleurs, que ces jeunes ne sont pas des migrants puis secondairement des mineurs, ils sont les deux à la fois même s’ils ont peu à voir avec les nôtres, car ils baignent depuis leur plus jeune âge dans la nécessité migratoire. « Ils ne sont pas non plus, pour la plupart d’entre eux, le projet migratoire de leurs parents, même si bon nombre d’entre eux sont imprégnés de stimulations biologiques et comportementales parentales comme le sont tous les enfants », précisent-ils. Et de poursuivre : « Malheureusement, ils sont conjoncturellement des éléments d’utilité économique dans le flux des fonds d’assistance qui existe avec l’Europe ; ils sont des victimes expiatoires de l’incapacité de mise en œuvre de réponses portant sur le bien-être social par l’administration ; ils sont des personnes en risque grave de vulnérabilité quand ils deviennent majeurs car ils ne disposeront plus de protection, sans pour autant être autonomes économiquement et affectivement. Ils sont donc les candidats désignés à l’absence de protection sanitaire, au sous-emploi irrégulier, au logement insalubre, à l’exclusion et à l’errance ; candidats également à la rancœur sociale».
Agustín Villafañe et Lidia Carnicero concluent sur une note positive en estimant que ces mineurs demeurent « aussi des adolescents matures et capables d’endurer. Ils sont reconnaissants envers l’aide qui leur est apportée, ils sont porteurs de valeurs et de formes de sociabilité expansives presque oubliées. Ils s’offrent comme la sève revitalisée du vieil arbre de l’Europe ».
Hassan Bentaleb