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Immigration en Europe : Quand le pragmatisme l’emporte… et que la France hésite


Youssef Lahlali
Dimanche 8 Février 2026

Immigration en Europe : Quand le pragmatisme l’emporte… et que la France hésite
Les politiques migratoires en Europe révèlent aujourd’hui une contradiction flagrante entre les discours idéologiques et les réalités économiques et démographiques. Alors que le continent fait face à une baisse continue de sa population active, certains gouvernements ont choisi une approche pragmatique de l’immigration, tandis que d’autres, notamment la France, restent prisonniers de calculs politiques et idéologiques.

En Espagne, le gouvernement de gauche dirigé par Pedro Sánchez a adopté un plan de régularisation visant près de 500 000 migrants en situation irrégulière. Cette mesure est présentée comme un levier indispensable pour relancer l’économie nationale et répondre à la pénurie croissante de main-d’œuvre. Pour en accélérer la mise en œuvre, l’exécutif a eu recours à un décret royal, un outil juridique prévu par la Constitution espagnole, dans un contexte d’absence de majorité parlementaire absolue.

Plus surprenant encore, l’Italie, gouvernée par une coalition de droite radicale menée par Giorgia Meloni, a fait un choix similaire, malgré un discours très hostile à l’immigration durant la campagne électorale. Rome a en effet validé plusieurs programmes permettant l’accueil légal de travailleurs étrangers, ce qui devrait conduire à l’entrée d’environ un million de travailleurs migrants entre 2023 et 2028. Le gouvernement italien justifie cette orientation par la nécessité absolue de préserver le système économique et productif national, face à un déclin démographique préoccupant.

Cette approche pragmatique n’est pas nouvelle en Europe. Il y a une dizaine d’années, l’Allemagne avait déjà ouvert ses portes à plus d’un million de réfugiés, principalement syriens, sous le gouvernement d’Angela Merkel, afin de répondre aux besoins du marché du travail et de garantir la pérennité de son modèle social.

La France, en revanche, se distingue par une attitude plus hésitante. Bien qu’elle connaisse elle aussi un recul démographique et un manque criant de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs dits « en tension », tels que le bâtiment, la restauration ou l’hôtellerie, elle tarde à mettre en place une politique claire d’immigration de travail. Selon les chiffres officiels, plus de 380 000 titres de séjour ont été délivrés en 2025, mais la grande majorité concerne les étudiants et les demandeurs d’asile, tandis que la part dédiée au travail demeure marginale.

Le paradoxe français est d’autant plus frappant que le pays est gouverné par une alliance du centre et de la droite, mais dont les choix politiques en matière migratoire sont largement influencés par le discours de l’extrême droite. Bien que cantonnée à l’opposition, celle-ci est parvenue à imposer son agenda, poussant une partie de la classe politique au pouvoir à reprendre ses thèses, par crainte de sa progression électorale, quitte à sacrifier les intérêts économiques du pays.

Alors que d’autres États européens, quelle que soit leur orientation politique, abordent l’immigration comme un outil de régulation du marché du travail et de stabilité économique, le débat français se focalise davantage sur la surenchère politique et la peur, au détriment d’une approche rationnelle fondée sur les besoins réels de la société et de l’économie.

À l’échelle de l’Union européenne, la politique migratoire demeure marquée par un manque de cohérence et d’harmonisation, malgré un durcissement du discours de Bruxelles sur l’immigration irrégulière. L’agence européenne de surveillance des frontières, Frontex, a enregistré une baisse de plus de 25 % des entrées irrégulières en 2025, notamment via la route des Balkans. La Méditerranée centrale, et en particulier la Libye, reste toutefois l’un des principaux points de départ des flux migratoires vers l’Europe.

En définitive, l’expérience européenne montre que l’immigration n’est plus seulement une question idéologique, mais avant tout un choix économique et démographique. Son efficacité dépend de la capacité des États à dépasser les considérations politiques à court terme et à adopter une approche équilibrée, conciliant contrôle des frontières et besoins du marché du travail. Une équation que la France peine encore à résoudre.

Paris-Youssef Lahlali

Youssef Lahlali
Dimanche 8 Février 2026

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