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De par le monde, le taux de fécondité va diminuant

Le Maroc se verra moins peuplé en 2100




Selon une étude publiée par la revue scientifique « The Lancet », la population mondiale commencera à baisser dès 2064

De par le monde, le taux de fécondité va diminuant
A l’aube du 22ème siècle, nous ne serons que 8,8 milliards d’êtres humains sur la terre, après un pic de 9,7 milliards dès 2064, selon une étude de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), basé aux Etats-Unis, à Seattle, et publiée par le biais d’un article récemment paru dans la revue scientifique britannique « The Lancet ». Des projections qui contredisent celles desNations unies dévoilées en 2019, où le seuil de 10 milliards devrait être dépassé pendant la seconde moitié du 21ème siècle, avec 11 milliards en 2100 contre 7,7 milliards aujourd’hui. 
Pour expliquer cet écart, ou plutôt ce gouffre de deux milliards séparant les deux projections démographiques, il faut chercher du côté de la méthodologie employée en matière de taux de fécondité où le moindre écart est susceptible de bouleverser les modèles, puisqu’un taux de fécondité supérieur d’un dixième de point se traduit par 500 millions de personnes supplémentaires en 2100. Nous avons ainsi, d’un côté, l’ONU qui croit que le taux de fécondité devrait être rehaussé dans des pays où il est très bas, à l’instar des pays de l’Asie de l’Est ou du Sud de l’Europe, et de l’autre, l’IHME dont les projections s’appuient sur les relations entre le niveau d’éducation, l’accès à la contraception et le taux de fécondité.
Si l’on se base sur cette dernière méthode, une chute vertigineuse est à prévoir en nombre d’enfants par femme, de 2,37 aujourd’hui à 1,66 en 2100. Plusieurs pays se retrouveraient ainsi bien loin des 2,1 enfants nécessaires au maintien de leurs populations sans avoir recourt à l’immigration. Mais malgré un taux de fécondité à la baisse un peu partout dans le monde et particulièrement en Afrique subsaharienne où il est aujourd’hui le plus élevé, des pays comme le Nigeria verront leur population bondir de 585 millions d’habitants alors que d’autres nations, tels que les pays européens et asiatiques, seront dépeuplées.

Et le Maroc dans tout cela ?
En l’espace de 80 ans, le Maroc risque de voir sa population quelque peu diminuée pour s’établir à près de 33 millions d’habitants, avec un pic de 42,45 millions en 2051, contre 36 millions actuellement. Le taux de fécondité quant à lui chutera pour atteindre 1,39 enfant par femme en 2100, alors qu’il est aujourd’hui de 2,20 enfants et qu’en 1950, il était de 6,5 enfants par femme.
Pour être plus précis, les prévisions de l’IHME comportent une courbe dans le cas où les cibles des objectifs de développement durable des Nations unies concernant le niveau d'instruction des femmes et les besoins en matière de contraception seraient atteintes. Dès lors, la population marocaine ne sera plus que de 28 millions d’habitants en 2100, avec un pic de 41 millions en 2045. Le taux de fécondité s’établira quant à lui à 1,33 enfant par femme au début du siècle prochain. La pyramide des âges sera également chamboulée. Majoritaires aujourd’hui, les 10-14 ans perdront leur domination au profit des 70-74 ans. Ce vieillissement serait la conséquence d’une baisse du taux de fécondité alliée à la hausse de l’espérance de vie. Un vieillissement qui n’est en réalité que le reflet des prévisions mondiales de l’IHME.

Vieillissement généralisé et effets sur le PIB
En 2100, un être humain sur dix aura plus de 80 ans. De nos jours, cette tranche d’âge ne représente que 2% de la population mondiale. Cette évolution prouve que les personnes resteront en bonne santé plus longtemps, mais elle occasionnera un véritable casse-tête en termes de financement des retraites et de la santé. L’ensemble de ces prévisions démographiques auront forcément un impact sur l’économie mondiale. Dans ce scénario, elle sera chamboulée à cause de la diminution du nombre de personnes en âge de travailler.
En partant de ce postulat, l’IHME pense que les Etats-Unis doubleront la Chine au classement des plus gros PIB à la fin du 21ème siècle, car les travailleurs de l’Empire du Milieu passeront de 950 à 357 millions. Toutefois, plusieurs économistes ont émis des réserves sur le sujet, car la taille de la population n’est qu’un facteur parmi beaucoup d’autres, comme en atteste l’Allemagne. En dépit d’une fécondité très basse, le pays fait partie depuis longtemps du gratin des puissances économiques mondiales. Ceci n’est qu’une limite des projections de l’IHME. Et il y en a tant d’autres. Déjà, prévoir aussi loin est un exercice ardu car très incertain. Au-delà de trente ans, toute projection est à prendre avec de grosses pincettes. Ensuite, l’autre écueil concerne le manque de réactivité des pays. L’étude de l’IHME repose sur un laisser-aller généralisé, pourtant rien ne dit que plusieurs nations resteront apathiques face à la chute libre de leur population.

Chady Chaabi
Samedi 18 Juillet 2020

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