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Comprendre ce qui s’est passé à Imlil loin des sentiers battus

Daech agonise mais pas ses partisans imprégnés de la même idéologie de haine et de barbarie




Les zones molles constituent désormais des cibles
• Faut-il y voir quelque rapport avec ce qui se passe à Hajin ?


La vidéo circulant depuis deux jours sur les réseaux sociaux montrant quatre hommes prêtant allégeance à l’Etat islamique est authentique. Ils ont été identifiés, par plusieurs médias, comme étant les suspects ayant assassiné les deux touristes scandinaves près de la ville de Marrakech. Un communiqué du procureur général du Roi près la Cour d'appel de Rabat annonce que les investigations et les recherches menées et soutenues par les expertises techniques, ont révélé que ladite vidéo a été enregistrée la semaine dernière, avant l'exécution des actes criminels faisant l'objet de l'enquête. Quant à l’origine de la vidéo, elle provient du compte Twitter de Romain Caillet, islamologue et spécialiste de la mouvance djihadiste mondiale et notamment de l’Etat islamique et d'Al-Qaïda.     
Pour Abdellah Rami, chercheur spécialiste des mouvements islamistes, cette vidéo pose la question de savoir comment les quatre suspects filmés n’ont pas été identifiés auparavant par les services de sécurité alors que la vidéo a été enregistrée il y a probablement des mois, précisément suite à l’offensive menée par la coalition arabo-kurde soutenue par Washington contre Hajin, dernier fief de Daech dans l'est de la Syrie. Cette vidéo pose également la question des relations entre les suspects et ce groupe terroriste, qui ne s’est pas, comme à son habitude, pressé de revendiquer le double meurtre d’Imlil. Il se demande aussi si ces personnes ont procédé sous l’orientation ou la direction de Daech ou s’il s’agit d’une cellule autonome qui prône sa pensée et agit seule ou s’il s’agit d’une cellule dormante  en relation avec d’autres cellules marocaines non apparentes.  « L’enquête menée par les services de sécurité va certainement dans le sens de ses questionnements, vu qu’à Hajin, il y a beaucoup de  Marocains dans les rangs de Daech et l’enquête va révéler s’il y a ou non relation entre ces Marocains et l’acte terroriste commis dans la région d'Imlil», nous a-t-il indiqué.
Comment ces personnes sont-elles passées à l’acte ? « Il est difficile de prévoir avec précision quand un terroriste va passer à l’acte.  Aucun service policier du monde n’a cette capacité et peu importe son expertise ou l’expérience qu’il a cumulées dans le domaine de la lutte contre le terrorisme », nous a-t-il affirmé. Et de préciser  : «Les observations de terrain nous ont permis de constater  que les partisans de Daech comme ceux d'Al-Qaïda passent souvent à l’acte sous la pression des évènements. Chaque fois qu’il y a des offensives à caractère stratégique contre les groupuscules terroristes agissant dans les pays du Croissant fertile, il y a possibilité d’attentats terroristes sous d’autres cieux. Ces partisans vivent sous la pression et évacuent cette dernière  via des opérations terroristes. Et c’est pourquoi les services de sécurité du monde entier sont toujours en état d’alerte lorsqu’il y a des évènements importants (offensive contre Daech, opérations de démantèlements des cellules terroristes…). Parfois, il y a des consignes claires pour commettre des attentats et parfois, non. Et généralement, ce sont des loups solitaires qui sont le plus à même de commettre ce genre d’opérations terroristes ».
Abdellah Rami pense que le véritable danger de Daech provient des partisans qui ne lui sont pas directement affiliés. Mais, il s’agit néanmoins d’individus qui partagent la pensée du groupe, qui  suivent ses informations et lisent sa littérature. « Il s’agit d’une sorte d’appartenance identitaire. Leur nombre reste difficile à préciser mais ils demeurent plus nombreux que les membres officiels de ce groupe. Ce qui vient de se passer à Strasbourg est l’exemple typique de la capacité de nuisance de ce genre de partisans », nous a-t-il expliqué.
Concernant le meurtre des deux touristes scandinaves près de la ville de Marrakech, notre source nous a affirmé qu’il s’agissait d’une opération sans précédent puisque l’ensemble des actes terroristes commis au Maroc ont consisté en des attentats à l’explosif visant des cibles urbaines. Et même les membres des cellules démantelées ont été souvent arrêtés dans les villes ou dans leurs périphéries. « C’est la première fois qu’un attentat terroriste est commis dans une zone éloignée, ce qui induit un défi sécuritaire de taille puisqu’il engendre une dispersion des forces de l’ordre qui ne sont pas assez présentes dans ces zones. D’où la question de savoir pourquoi Daech ou les commanditaires de ce crime ont choisi cette zone molle et comment ces terroristes ont pu se déplacer sans susciter de doute dans ces zones éloignées et souvent soumises au contrôle des populations locales ». Et de poursuivre : « En fait, il y avait toujours la hantise chez les autorités marocaines de voir la pensée intégriste et ses adeptes débarquer dans les  zones reculées et surtout dans celles qui sont proches des frontières ». Ceci d’autant plus que l’opération en question n’a pas coûté grand-chose à ses commanditaires. « Elle a coûté uniquement le prix d’un couteau et des titres de transport, mais ses effets ont été désastreux et ses ondes de choc seront ressenties sur le tourisme, les investissements et l’image du Maroc », a-t-il souligné. Et de conclure : «  L’opération d’Imlil a été une expression de la colère et de l’émotion ressenties par les adeptes de Daech suite aux derniers évènements de Hajin. C’est une manière d’évacuer cette pression émotionnelle. Les assassins des deux scandinaves ont cru combattre aux côtés de  leurs frères d’armes en Syrie qui actuellement sont en grande difficulté ».

Vive condamnation de la Chambre des représentants et du chef du gouvernement

La Chambre des représentants a fermement condamné, jeudi, l'acte criminel ignoble qui a coûté la vie à deux touristes étrangères à Imlil, dans la province d'Al Haouz.
Dans un communiqué, la Chambre a présenté ses "vives condoléances aux familles des deux victimes et à leurs pays respectifs qui entretiennent des relations étroites et constantes avec le Royaume", dénonçant un acte criminel atroce "qui va aux antipodes des valeurs de notre noble religion et de la culture et des traditions du peuple marocain".
Le chef du gouvernement, Saâd Dine El Otmani a lui aussi condamné, jeudi, l'acte criminel abject qui a coûté la vie aux deux touristes étrangères.
S’exprimant à l'ouverture de la réunion hebdomadaire du Conseil de gouvernement, il a souligné que "le Maroc, dans toutes ses composantes, condamne vigoureusement ce crime odieux, un acte rejeté qui va à l'encontre des valeurs et coutumes des Marocains mais aussi des traditions de la région où est survenu ce crime".
Le chef du gouvernement a adressé à cette occasion ses vives condoléances aux familles des deux victimes et à leurs pays respectifs, qualifiant ces actes criminels de "coup de poignard dans le dos du Maroc et des Marocains".

Hassan Bentaleb
Samedi 22 Décembre 2018

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