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Ambition et action doivent aller de pair

Comment prétendre à la relance verte quand on n’a pas les moyens pour ?


​Hassan Bentaleb
Dimanche 6 Mars 2022

Ambition et action doivent aller de pair
“Les promesses politiques sont semblables à un feu, ça tient chaud un moment, puis ça finit en fumée », c’est ce qu’on peut dire aujourd’hui de tant de prévisions faites depuis une année par les grandes institutions de ce monde (FMI, BM, UE, Forum de Davos, la Chine, …) concernant une reprise économique verte plus inclusive, plus résiliente et plus durable. Une analyse des dépenses budgétaires de relance du G20, publiée mercredi dernier dans la revue Nature, dément les affirmations de nombreux gouvernements faisant état d'une "reprise verte".

Bilan au-dessous des attentes

En effet, seulement 6% des dépenses de relance du G20 sont vertes, soit uniquement 0,84 des 14 milliards de dollars que les pays du G20 ont investis dans la relance économique, précise le site du journal britannique The Guardian.

Cette source a révélé également que près de 3% des montants alloués par les gouvernements du monde entier pour sauver l'économie mondiale de la crise liée à la pandémie de Covid-19, ont été dépensés dans des activités susceptibles d’augmenter les émissions de carbone (telles que les subventions au charbon).

Le Royaume-Uni, à titre d’exemple, a consacré seulement 10% de ses dépenses de relance à des mesures susceptibles de réduire les émissions et cela malgré un discours fortement « vert » du Premier ministre, Boris Johnson, qui a promis, à plusieurs reprises, une relance «plus verte» avant d'accueillir le sommet des Nations unies sur le climat à Glasgow (Cop26) en novembre dernier.

Jonas Nahm, professeur adjoint à la School of Advanced International Studies de l'Université Johns Hopkins aux Etats-Unis et auteur principal de ladite étude, a déclaré : «Le Royaume-Uni avait très tôt des idées politiques très prometteuses, en particulier un vaste programme d'efficacité énergétique dans les maisons résidentielles [la subvention pour les maisons vertes] qui aurait entraîné des réductions d'émissions importantes, immédiates et permanentes. Malheureusement, il y a eu des problèmes avec la distribution de l'argent et le programme a finalement été annulé. Dans l'ensemble, l'engagement du Royaume-Uni en faveur du climat dans son approche de la reprise économique n'a pas été à la hauteur de ses engagements à résoudre la crise climatique ».

L’étude indique, en outre, que certains gouvernements ont consacré d'énormes sommes d’argent aux combustibles fossiles. Tel est le cas de l'Inde qui a dépensé 14 milliards de dollars pour soutenir son industrie du charbon pendant le ralentissement économique, par exemple, et l'Afrique du Sud qui a affecté 11,4 milliards de dollars en garanties pour acheter de l'électricité, en grande partie à partir de centrales électriques au charbon. La Chine a augmenté la production des mines de charbon, entraînant une forte augmentation de l'utilisation de cette matière.

A l’inverse, l'UE a fait mieux, avec plus de 30% de ses mesures de relance jugées vertes, tandis que les Etats-Unis affichent un tableau mitigé. En fait, une partie de son plan de relance a été adoptée avec succès, et certaines de ces dispositions, notamment celles impliquant de nouvelles dépenses vertes ont été contestées au Congrès.

En comparaison avec la crise financière de 2008, l’étude de Nature révèle que la reprise post-Covid-19 a été moins verte que celle de la crise financière de 2008, lorsqu'environ 16% des dépenses de relance ont été consacrées à des activités censées réduire les émissions de gaz à effet de serre ou améliorer l’environnement. Ed Barbier, professeur d'économie à la Colorado State University, qui a réalisé une étude historique sur la crise financière de 2008, a déclaré que les gouvernements utilisaient des modèles économiques qui sous-estimaient les risques des combustibles fossiles.

Maroc : beaucoup de défis à relever

Qu’en est-il du cas du Maroc ? « Un rapport sur la « reprise post-Covid-19 en Afrique » datant de l’année dernière a mis en évidence les avancées réalisées par le Maroc en tant que modèle à l’échelle continentale en matière de relance verte, durable et inclusive », nous a indiqué Halim Jamal, expert en changement climatique et développement durable. Et d’ajouter : « Il met en avant les efforts déployés au niveau de la promotion des énergies dites propres, du développement d’une agriculture durable et résiliente, ainsi qu’en matière d’investissement dans l’économie numérique, et dans la généralisation de la protection sociale pour l’ensemble de la population».

Pourtant, notre interlocuteur modère ses propos et avance qu’il reste beaucoup à faire pour parler d’une restructuration profonde des secteurs et des activités essentielles au niveau national assurant la transition vers une économie à faibles émissions, climatiquement résiliente, économe en ressources, et capable d'améliorer la résilience de l'économie.

« Le passage vers une économie sobre nécessite une vraie révolution au niveau de nos manières de produire et de consommer. D’autant plus que cela exige des fonds très importants estimés à des milliards de dollars sans parler de la question des transferts de technologies », a-t-il expliqué. Et de rappeler que : « Pour l’atténuation, la CDN 2021 (contribution déterminée au niveau national) a indiqué que le coût total des actions d’atténuation inscrites dans le cadre de cette contribution est estimé à 38,8 milliards de dollars américains dont 21,5 milliards de dollars américains pour les actions conditionnelles ».
A ce propos, il nous a précisé que l’«aide» reçue par le Maroc en la matière a été faible durant la période 2000-2014 et accordée globalement sous forme de rééchelonnement de dettes et à hauteur de 6% seulement sous forme de dons. En outre, il soutient que les fonds alloués ont servi à acquérir des technologies étrangères (transport, gestion des déchets, infrastructures, énergie, etc.).

Concernant l’étude Nature, notre source pense que le peu de fonds investis dans la relance verte par les pays développés aura des conséquences sur les opportunités d’investissements dans l’économie verte. « Notre pays a été érigé comme un emplacement idéalement situé pour devenir une base industrielle verte aux portes de l’Europe et bénéficier des opportunités du plan de décarbonisation de l’Union européenne. Il y avait même des promesses d’accompagnement des zones industrielles marocaines dans leur transition en parcs éco-industriels», a-t-il souligné. Et de conclure : « Pourtant, ces promesses sont compromises aujourd’hui ainsi que l’ambition de notre pays de se transformer en un catalyseur d’une reprise verte, attractif des investisseurs et des bailleurs de fonds soucieux de cette question ».

Hassan Bentaleb


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