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​Repenser radicalement l'alignement des priorités des bailleurs de fonds sur celles du peuple




​Repenser radicalement l'alignement des priorités des bailleurs de fonds sur celles du peuple
Vu l'énorme diversité des contextes sociaux où ont lieu les interventions de développement, on pourrait imaginer qu'il serait extrêmement difficile d'identifier une seule règle de base qui donne la meilleure possibilité de réussite ou de durabilité à un projet.
Cependant, les expériences mondiales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la mise en œuvre du Plan Marshall ont révélé une qualité identifiable, aussi essentielle que le financement, dont la présence est impérative pour la continuité  des initiatives de développement.
Je fais référence à la participation des bénéficiaires concernés dans tous les aspects et les phases du cycle de projet, de sa conception jusqu'à son évaluation, au point où ce sont en fait, eux, plutôt que les organismes externes, qui dictent le parcours du projet.
En concomitance, le développement durable à travers les nations et le monde ne peut être réalisé que lorsque les donateurs alignent leurs priorités carrément avec les priorités autodéterminées de la population locale.

Combler l'écart : théorie 
et pratique

Le chemin vers l'acceptation de l'approche participative du développement a été forgé, par essais et erreurs, au fil de plusieurs décennies jusqu'aux années 1990, lorsque sa reconnaissance mondiale par les praticiens du développement est devenue bien établie.
Cependant, être en connaissance de la théorie n'est malheureusement pas la même chose que la réalisation d'une participation à large échelle des populations locales dans la conception et la gestion de projets qui sont destinés à leur profit.
 La participation nécessite la facilitation, ce qui signifie que, pour qu'une planification inclusive du développement local ait lieu, un coordonnateur de tierce partie est nécessaire, quelqu'un qui applique des activités interactives qui permettent aux participants d'évaluer leurs besoins et d'établir l'ordre de priorité des changements qu'ils recherchent.
 Les facilitateurs doivent donc travailler et vivre parmi la population cible, transférant les compétences essentielles afin que les communautés elles-mêmes puissent maintenir la dynamique de développement de projet.
Malheureusement, la grande majorité des organismes de développement n'ont ni les ressources humaines ni l'engagement absolu nécessaire pour atteindre cette proximité constante essentielle des communautés démunies, qui sont souvent situées dans les endroits les plus isolés.
Une véritable participation sur le terrain n'évolue pas sans au moins un soutien initial. Trop souvent, il reste un écart tragique entre ce que les donateurs au développement sont prêts à financer et les projets que les communautés identifient comme étant prioritaires.
Cet écart explique l'échec d'un grand nombre de projets, et peut être comblé par l'application des bailleurs de fonds de méthodes de planification participatives prouvées, tout en restant ouvert à la possibilité d'un éventail de types de projets (agriculture, santé, éducation) émergeant du processus de dialogue local.

Etude de cas
Des exemples de succès - et de son contraire - peuvent être trouvés au niveau national et international. Dans la région montagneuse du Haut Atlas du Maroc, la solution typique des bailleurs de fonds est liée à l'activité touristique, basée sur les milliers de randonneurs et de visiteurs qui viennent chaque année pour voir les sommets les plus impressionnants de l'Afrique du Nord. Pourtant, après des centaines de réunions entre les communautés de la région, pas un seul n'a identifié le tourisme comme une zone de projet prioritaire. C'est parce que le tourisme ne profite généralement qu'à quelques familles parmi tant d'autres, le parcours typique étant de s'arrêter dans un village parmi les dix qui peuvent exister dans une vallée et, dans ce seul endroit, profiter d'un repas ou d'un séjour d'une nuit. D'autre part, toutes les communautés identifient l'eau potable, l'irrigation et les entreprises pour femmes et jeunes comme prioritaires car ils profitent à toutes les familles dans un village donné et tous les villages de la vallée.
 Durant une brève période au cours des années 1990, il existait des possibilités de collaboration de développement israélo-marocaine. Quelle tragédie que le seul projet qui à la fois impliquait la coopération gouvernement-à-gouvernement et répondait aux besoins autodéterminés par les villageois locaux, à savoir un projet d'irrigation comprenant l'installation de systèmes de pression goutte-à-goutte, s'est vu refuser le financement par le programme de coopération régionale du Moyen-Orient de l'USAID, car il n'impliquait pas le développement technologique conjoint.
Là où il y a une opportunité pour l'effort partagé israélo-palestinien à mettre en œuvre des projets locaux de n'importe quel type, qui sont déterminés par les Palestiniens locaux, cette possibilité ne devrait pas être bloquée simplement parce qu'elle ne s'inscrit pas dans les directives strictes des bailleurs de fonds de ce dont ils pensent que les populations locales pourraient avoir besoin.
A une époque d'escalade majeure de méfiance et de violence chiites et sunnites, la communauté internationale devrait financer toute initiative impliquant leur collaboration pour atteindre les objectifs de développement du peuple. En particulier dans le contexte du Printemps arabe, l'affirmation que les gens ressentent lors de la planification démocratique du développement local aurait un effet stabilisateur, à la fois en termes politiques et sociaux. A Ferguson au Missouri, et dans d'autres comtés américains aux groupes sociaux particulièrement divisés, les populations locales feraient bien de créer des entreprises et des initiatives de service entre communautés ethniques et confessionnelles, dont la portée serait déterminée par les bénéficiaires eux-mêmes. Dans ce cas, les donateurs contribueraient au financement de la base de l'autonomisation, à la paix et à la prospérité.
La conclusion définitive, donc, est qu'une «réécriture des règles» partielle est nécessaire pour remédier à la déconnexion qui peut exister entre les exigences des bailleurs de fonds et la volonté populaire.  Cela enverrait des messages forts qui traversent toute division politique, tout en assurant de manière fondamentale la réussite du projet et la véritable justice sociale.

 * Sociologue et président de la Fondation du Haut Atlas.

Par le Dr. Yossef Ben-Meir *
Samedi 21 Février 2015

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