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​Confinement à deux vitesses : Ce vilain Covid qui nous divise

Le chef du gouvernement corrobore “les fuites” d'avant son intervention devant le Parlement


prolongation la période de l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 10 juillet



​Confinement  à deux vitesses : Ce vilain Covid qui nous divise
Aujourd’hui, 11 juin, après plus de deux mois sous cloche, c’est un Maroc coupé en deux qui s’apprête à reprendre progressivement ses activités. Passons-nous, par l’effet de cette semi-liberté, de la mise à l’ombre à la ­lumière ? Loin de là. Qu’il soit vert ou rouge, le pays entre en fait dans une zone grise. A moitié libre, à moitié contraint. Jusqu’à maintenant enfermés entre quatre murs, les citoyens et citoyennes seront désormais, dans le meilleur des cas, enserrés par mille précautions. Ainsi, par le biais d’un communiqué conjoint publié dans la foulée de l'adoption en Conseil de gouvernement du décret autorisant le démarrage du déconfinement progressif et sa publication au Bulletin officiel, les ministères de l'Intérieur et de la Santé nous apprennent en somme que les contacts reprennent, à condition qu’ils n’aient pas lieu. Queles individus peuvent se rapprocher, à condition qu’ils gardent leurs distances. Bref, on file tout droit vers une minutieuse police des corps qu’il va falloir respecter et surtout faire respecter, certainement pour éviter le scénario vécu par des pays comme le Chili où l’épidémie est repartie de plus belle à cause d’un manque de vigilance et un retour à la normale précipité. Une inquiétude légitime et bel et bien réelle alors que les mesures du déconfinement progressif ou de l’allégement du confinementinquiètent.
A commencer par la reprise des activités économiques sur l’ensemble du territoire. Elles concernent toutes les activités excepté les cafés, les restaurants pour le service sur place, les hammams, les salles de cinéma ou encore les théâtres et les malls. En partant de ce principe, comment peut-on raisonnablement croire qu’une reprise des transports en commun urbains avec un taux d'exploitation de la capacité de 50% maximum est possible ? Si ce seuil est atteint, faudra-t-il aller au travail à pied ? Cette problématique se posera surtout dans la zone 2, autrement dit les provinces et préfectures où le coronavirus est encore omniprésent ou du moins « moyennement maîtrisé», comme l’a précisé le chef du gouvernement, hier après-midi devant le Parlement. Une zone qui englobe les plus grandes villes du Royaume (Tanger, Fès, Rabat, Casablanca, Marrakech) et des villes se trouvant en périphérie ou à plus ou moins de 100 kms. Autre élément important, la zone 2 concentre 61% de la population marocaine. Au vu de ces données et de la crise des transports qui sévit dans les grandes métropoles, ne pas aller au-delà des 50% dans le bus, le tramway ou les taxis blancs est une utopie.
Et puis, toujours dans le cadre des mesures relatives à la première phase du déconfinement progressif, reprendre les souks hebdomadaires tout en gardant les cinémas et théâtre fermés est incompréhensible. Malheureusement, au Maroc, tout le monde sait que les salles de cinéma sont beaucoup moins fréquentées que les souks hebdomadaires. Des souks qui n’ont d’ailleurs d’hebdomadaires que l’intitulé. Ce n’est pas comme si tous les souks hebdomadaires du Maroc se tenaient le même jour. Bien au contraire. Et ça tout le monde le sait, sauf ceux qui ont élaboré ce plan de déconfinement progressif. Un plan qui donne la fâcheuse impression d’être totalement déconnecté de la réalité et du contexte marocain. Des us et coutumes des citoyens et citoyennes.
Excepté cette toute petite liberté accordée aux Marocains dépendant de la zone 2, toutes les autres restrictions restent en vigueur, enfin à une nuance près. « L'autorisation accordée par l'employeur dispense de l'obligation de présenter celle accordée par les autorités. Elle peut servir aux citoyens pour leurs déplacements dans les commerces », a assuré le chef du gouvernement dans son intervention au Parlement. Mais malgré cela, pour celles et ceux enfermés dans des logements exigus, coupés des autres, cet allégement a des allures d’un cauchemarsans fin.« Les indicateurs épidémiques se sont sensiblement améliorés. Mais nous avons des conditions pour lever le confinement (taux de reproduction du virus, capacité du système hospitalier...) », s’est justifiéSaad Dine El Otmani. Petit lot de consolation, au cas où vous auriez oublié d’acheter du pain et qu’il est 18h passées, ne vous inquiétez pas, les commerces ne fermeront qu’à partir de 20h à compter d’aujourd’hui. Et c’est tout. La meilleure part du gâteau est réservée aux habitants de la zone 1.
Ces derniers reprendront le cours ordinaire du temps et pourront s’assurer de la justesse d’une implacable vérité : les humains sont des animaux sociaux. Ils vivent d’échange, de partage, de solidarité. Ils préfèrent le mouvement, le simple battement de la vie. Donc, en clair, finies les autorisations de sortie. La circulation en toute liberté reprendra dans le territoire de leur province ou leur préfecture. De plus, avec la réouverture des salons de coiffure et de beauté, en dépit d’un taux d'exploitation de la capacité de 50% maximum,la mèche récalcitrante ou encore la barbe hirsute ne seront plus que de mauvais souvenirs. Tout comme les kilos superflus, grâce à la réouverture des jardins publics et la reprise des activités sportives individuelles en plein air dont la marche et le vélo. En revanche, pour les rassemblements et réunions, célébrations et autres mariages, c’est toujours niet. Les habitants de la zone 2 diront que c’est un moindre mal avec un soupçon de jalousie. Et si vous pensez à faire un saut vers la zone 1, détrompez-vous. Cela ne rentre pas dans le champ du possible, a minima pour la semaine. Et pour cause, « ces mesures sont temporaires. L'évaluation sera hebdomadaire. Nous sommes dans la première phase. Nous ne savons pas encore quand est-ce qu'on procédera au passage à la deuxième phase qui contiendra de nouvelles mesures d'assouplissement», a indiqué Saad Dine El Othmani. S'agissant de l'administration publique  « Dans la zone 1, les fonctionnaires sont appelés à regagner leurs postes, sauf pour les cas exceptionnels. Dans la seconde zone, les fonctionnaires des bureaux externes (en contact avec les usagers) doivent regagner leurs postes également. Dans les bureaux internes, les chefs de service évalueront le taux adéquat du travail en présentiel».

​Le Maroc coupé en deux


Zones de confinement N°1
-Préfecture et provinces de l’Oriental
-Provinces de la région de Béni Mellal-Khénifra 
-Provinces de la région Draâ-Tafilalet
 -Préfectures et provinces de la région Souss-Massa 
-Provinces de la région de Guelmim-Oued Noun 
-Provinces de la région de Laâyoune-Sakia El Hamra 
-Provinces de Dakhla-Oued Eddahab 
-Préfecture de M’diq-Fnideq 
-Province de Tétouan 
-Province de Fahs-Anjra 
-Province d’Al-Hoceima 
-Province de Chefchaouen
 -Province d’Ouezzane 
-Préfecture de Meknès
 -Province d’Ifrane 
-Province de Moulay Yaâcoub
-Province de Sefrou
-Province de Boulmane 
-Province de Taounate 
-Province de Taza 
-Province de Khémisset
 -Province de Sidi Kacem 
-Province de Sidi Slimane 
-Province de Settat 
-Province de Sidi Bennour 
-Province de Chichaoua
 -Province d’Al-Haouz
 -Province d’El Kelaâ des Sraghna
-Province d’Essaouira 
-Province de Rehamna 
-Province de Safi
 -Province de Youssoufia 
Décisions
-Sortir sans avoir besoin d'une autorisation spéciale de déplacement à l’intérieur du périmètre territorial de la préfecture ou la province; 
-Reprise du transport public urbain avec une exploitation ne dépassant pas 50% de la capacité d’accueil;
-Liberté de déplacement à l’intérieur du périmètre territorial du lieu de résidence, sans l’obligation de disposer d’une autorisation (en se contentant de présenter la Carte nationale d’identité électronique); 
-Réouverture des salons de coiffure et des instituts de beauté avec une exploitation ne dépassant pas 50% de la capacité d’accueil; 
-Réouverture des espaces publics en plein air (promenades, jardins, lieux publics,etc); 
-Reprise des activités sportives individuelles en plein air (marche, vélos,etc); 
-Maintien de l’ensemble des autres restrictions décrétées pendant l’état d’urgence sanitaire (interdiction des rassemblements, des réunions, des fêtes, des fêtes de mariage, des funérailles, etc); 
 
 
Zones de confinement N°2
 -Préfecture de Tanger-Asilah
 -Province de Larache
-Préfecture de Fès 
-Province d’El Hajeb 
-Préfecture de Rabat 
-Préfecture de Skhirat-Témara 
-Province de Kénitra 
-Préfecture de Casablanca 
-Préfecture de Mohammedia 
-Province d’El Jadida 
-Province de Nouaceur 
-Province de Médiouna 
-Province de Benslimane 
-Province de Berrechid 
-Préfecture de Marrakech 
Décisions
-Obligation de disposer d’une autorisation exceptionnelle de déplacement pour toute sortie; 
-Fermeture des commerces à 20H00 
-Reprise du transport public urbain sans dépasser 50% de la capacité d’accueil; 
-Maintien de l’ensemble des autres restrictions imposées lors de l’état d’urgence sanitaire (interdiction des rassemblements, des réunions, des fêtes, des fêtes de mariage, des funérailles, etc)."
 


Chady Chaabi
Jeudi 11 Juin 2020

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