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Le retrait progressif de plusieurs groupes financiers hexagonaux du Royaume ne traduit ni une rupture stratégique ni un désamour économique. Il révèle une transformation plus profonde, où le recentrage des grands acteurs européens croise l’affirmation d’un capital marocain désormais capable de reprendre la main.
Longtemps, leur présence paraissait immuable
Les grandes banques françaises faisaient partie du décor économique marocain. Elles symbolisaient à la fois un prolongement historique et un ancrage naturel dans un marché considéré comme l’un des plus stables et prometteurs d’Afrique. La page est pourtant en train de se tourner.
La cession de Société Générale Maroc au groupe Saham, suivie par le retrait annoncé de BNP Paribas de BMCI au profit de Holmarcom, a ouvert une nouvelle séquence. Une séquence qui dépasse largement le simple cadre d’opérations capitalistiques. Ces mouvements racontent une recomposition plus profonde. Une recomposition qui touche à la géographie même du pouvoir financier dans l’espace francophone. Le réflexe immédiat serait d’y voir une forme de désengagement français. L’explication mérite d’être nuancée.
Paris se recentre sur une logique mondiale
Le retrait observé au Maroc s’inscrit dans un mouvement plus large de redéploiement des grands groupes bancaires européens. Depuis la crise financière mondiale et le durcissement des règles prudentielles, les arbitrages se font avec une froideur nouvelle. Chaque filiale est désormais soumise à une équation stricte où se croisent rendement, consommation de capital et coût réglementaire. Une présence historiquement prestigieuse ne suffit plus.
A Paris, les états-majors privilégient désormais les activités jugées les plus stratégiques. La banque d’investissement. Les services aux multinationales. La gestion d’actifs. Les métiers technologiques à forte marge. Dans cette grille de lecture, la banque de détail classique à l’international apparaît moins prioritaire.
La logique est purement financière. Pourquoi immobiliser du capital dans une activité solide mais modérément rentable lorsqu’il peut être redéployé vers des marchés ou des segments offrant des retours supérieurs ? Le Maroc n’est donc pas rejeté. Il fait l’objet d’un recalibrage comparable à celui observé dans d’autres marchés africains où les groupes européens redessinent leur carte d’implantation.
La montée d’un capital marocain devenu crédible
Mais cette lecture serait incomplète si elle occultait l’autre versant du phénomène. Si les groupes français peuvent céder aujourd’hui, c’est parce qu’il existe face à eux des repreneurs marocains capables d’absorber ces actifs et d’en assurer le développement.
C’est là que réside la véritable rupture. Il y a vingt ans, un tel transfert aurait été complexe. Le relais local n’aurait pas eu la même capacité financière ni la même assise institutionnelle. Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé.
Des groupes comme Saham, Holmarcom, Attijariwafa bank, Bank of Africa ou la Banque Populaire disposent d’une puissance financière consolidée, d’équipes dirigeantes aguerries et d’une expérience panafricaine affirmée. Le marché marocain n’a plus besoin de tutelle. Il possède désormais ses propres centres de gravité.
De l’exécution à la décision
Le basculement est aussi symbolique. Pendant des décennies, une large partie des grandes orientations se décidait à Paris. Casablanca exécutait. Le schéma s’inverse progressivement. Casablanca ne se contente plus d’appliquer. Casablanca pilote. Le Royaume s’est imposé comme une plateforme régionale de financement, d’expansion et de projection vers l’Afrique de l’Ouest et centrale.
Les grandes banques marocaines exportent aujourd’hui leur savoir-faire. Elles structurent des opérations transfrontalières, accompagnent des projets d’investissement continentaux et développent leurs propres logiques de conquête. Le centre de gravité bancaire francophone a commencé à glisser vers le Sud. Cette évolution reste encore discrète. Elle n’en est pas moins historique.
Une question d’agilité et de proximité
Un autre facteur éclaire cette recomposition. Les groupes locaux disposent souvent d’une réactivité que les structures internationales peinent parfois à égaler. Dans les filiales adossées à de grands groupes étrangers, les circuits de validation restent souvent longs. Les décisions remontent. Les arbitrages se centralisent. La prise de risque se dilue.
A l’inverse, les acteurs marocains bénéficient d’une lecture plus fine du terrain, d’une plus grande proximité avec les réalités économiques locales et d’une capacité d’adaptation plus rapide. Dans un secteur bouleversé par la digitalisation, l’inclusion financière et l’évolution des usages, cette agilité constitue un avantage décisif.
La fin d’un logiciel post-colonial
Au fond, ces opérations racontent davantage qu’une série de transactions. Elles traduisent la fin progressive d’un modèle hérité de l’histoire. Celui d’une présence bancaire française dominante, inscrite dans une logique d’influence verticale. Ce qui se joue aujourd’hui relève d’une normalisation. Le rapport de force se rééquilibre.
La coopération demeure. Les intérêts restent imbriqués. Mais le Maroc n’occupe plus une position périphérique dans cette relation. Il devient un acteur capable de négocier, de reprendre et de redéployer. Autrement dit, on assiste à la transition d’un modèle post-colonial de dépendance vers une architecture plus horizontale, portée par un capital marocain autonome.
La vraie question
L’interrogation n’est donc peut-être pas celle que l’on croit. Il ne s’agit pas tant de demander pourquoi les banques françaises se retirent. La vraie question est plus révélatrice. Pourquoi le Maroc est-il désormais en mesure de reprendre ces actifs avec crédibilité, ambition et vision stratégique ? La réponse dit beaucoup de l’évolution du Royaume.
Elle raconte l’émergence d’une souveraineté économique plus affirmée. Une souveraineté qui ne signifie pas fermeture, mais maturité. Et c’est sans doute là le sens profond de cette recomposition silencieuse. Ce retrait apparent ne signifie pas une perte d’attractivité. Il consacre surtout une évidence nouvelle. Le Maroc n’est plus seulement un marché à administrer. Il est devenu un centre financier capable de définir lui-même sa trajectoire.
Mohamed Jaouad Kanabi









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