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Reportage : Etoile de la jeunesse sportive de Casablanca, immersion lors des journées de détection


Dos à la ligne de touche et pressé par le latéral et le milieu de terrain défensif, il met dans le vent ce dernier par un crochet court avant de pousser le ballon et prendre de vitesse le premier. Vingt mètres d’une course à haute intensité plus loin, il se retrouve à l’entrée de la surface de réparation. Le gardien s’avance, lui ferme au maximum l’angle de tir, mais se fait tout de même mystifier par un lob de toute beauté. A l’aise des deux pieds, cet adolescent talentueux de même pas 14 ans a enflammé les gradins tout comme il a impressionné les observateurs assis au bord du terrain. Sa participation aux prochaines étapes de sélection ne fait pas de doute. En revanche, tout le monde n’aura pas cette chance.
En ce mardi 20 août, ils ne sont pas moins de 150 jeunes U14 à tenter d’avoir les faveurs des membres du staff technique de l’Etoile de la Jeunesse sportive de Casablanca. Comme chaque année, ce club mythique de la capitale économique organise ses journées détections en faveur de footballeurs en herbe âgés de 12 à 18 ans. Trois jours durant lesquels Anas Joudar, le directeur technique de l’Académie et son staff composé d’ex-joueurs et d’éducateurs aguerris, voient passer sous leurs yeux jusqu’à 500 jeunes déterminés à embrasser une carrière de footballeur. Certes, ils n’auront pas tous cette chance, mais à les regarder dans le blanc des yeux, ils y croient tous dur comme fer. Immersion.
Tout commence par un passage administratif obligé. Papier et stylo à la main, les entraîneurs notent scrupuleusement les informations recueillies auprès des jeunes footballeurs qui se présentent face à eux non sans un zeste d’anxiété, qu’ils ont d’ailleurs du mal à dissimuler. Nom, prénom, date de naissance et poste de prédilection, tout y passe. Plus tard, pour les heureux élus qui intégreront l’Académie sans avoir à payer de frais, des actes de naissance seront nécessaires pour éviter toute fraude. Dans l’immédiat, les postes des joueurs seront primordiaux pour débuter la phase initiale du processus de détection. Après quelques échauffements avec et sans ballon, des oppositions à 9 contre 9 sur la largeur d’un demi-terrain d’une durée de 20 minutes sont organisées et supervisées par deux coachs qui déterminent les systèmes de jeu déployés au même titre que le directeur technique de l’Académie Anas Joudar. «Chaque année, nous observons entre 600 et 700 joueurs. On essaye de leur accorder assez de temps pour faire leur preuve et nous exposer le potentiel qu’ils possèdent», nous explique-t-il.
Arbitrés à l’anglaise pour maintenir un rythme élevé, les matchs s’enchaînent. Le staff technique est à pied d’œuvre sous un soleil de plomb mais avec les yeux brillants qui transpirent la passion. Par moments, ils n’hésitent pas à mettre sous pression les joueurs pour évaluer leur gestion du stress. D’autres fois, ils les prennent en aparté pour s’expliquer sur une séquence de jeu, une faute de marquage ou encore un positionnement douteux. Souvent, c’est Hicham Jouiâa qui s’y colle. Les jeunes sont sensibles à l’expérience et au passé de l’ex-champion du Maroc (2010) avec le Wydad de Casablanca. Il leur prodigue quelques directives afin d’évaluer leur capacité d’apprentissage et leur adaptabilité.
Sur le bord de la pelouse, 20 autres jeunes patientent. Un peu plus loin, les éducateurs échangent. « La culture tactique du latéral droit est impressionnante », lance l’un d’entre eux. Rarement divergentes mais toujours complémentaires, les discussions des membres du staff sont studieuses et révélatrices sur leur implication dans ce processus de détection. Assis à leur côté, El Ghouti Brahimi, le directeur confirme notre impression : « C’est la passion et l’amour pour ce sport qui nous guident lors de ces journées ainsi que tout au long de la saison. Les jeunes qui intègrent notre académie possèdent tous les moyens nécessaires pour leur épanouissement humain et footballistique, en termes de coaching, d’infrastructures et d’équipements».
Et les résultats suivent. Anas Joudar les égraine fièrement : «Chez les juniors (U19) nous avons été sacrés champions de la Ligue. Idem pour les championnats challenger régionaux, où nous sommes devenus champions en titre dans les catégories U17 et U15, tandis qu’en U11, nous avons fini sur le podium». Ce succès est certainement la raison pour laquelle l’affluence enregistrée lors de ces journées de détection a dépassé les attentes et celles des années précédentes. En revanche, la présence des parents est toujours aussi prégnante. A tel point qu’elle peut être à double tranchant, elle peut inhiber tout comme sublimer les joueurs. Une pression qui peut parfois déboucher sur des tacles appuyés ou encore des réactions épidermiques. Des situations particulièrement scrutées par le staff car éliminatoires à ses yeux. « La base, c’est d’avoir un joueur discipliné », avance Khalid Dahmani, coach des cadets. Et de poursuivre : « Concernant l’aspect technique, il n’existe véritablement pas de critères éliminatoires. Par contre, la discipline est primordiale. Un joueur talentueux ne peut intégrer notre club que s’il est discipliné». Une ligne de conduite corroborée par Anas Joudar:  «L’attitude et les comportements sont primordiaux. Si on constate que le joueur ne respecte pas son coéquipier, l’arbitre ou le coach, il sera éliminé ».
Autrement dit, il ne suffit pas d’être un crack pour intégrer l’Académie de l’Etoile de la Jeunesse sportive de Casablanca. La discipline et la bonne éducation priment aussi. C’est donc dans cette lignée que ce club, créé en 1942 et dont le passé est intimement lié à la lutte pour l’indépendance du pays, ambitionne de former des footballeurs en devenir mais pas seulement car « avant d’être un bon footballeur, il faut être un bon citoyen », conclut Anas Joudar. Un élément d’autant plus capital quand on sait que sur près de 500 jeunes (U14, U16, U19) qui ont pris part à ces journées de détection, uniquement 10% auront peut-être la chance d’intégrer l’Académie.

El Ghouti Brahimi, directeur de l’école de football : Nous ne sommes pas animés par l’appât du gain

Libé : Quelle est votre ligne directrice en matière de formation ?
Nous avons pour objectif d’inculquer avant tout aux jeunes qui intègrent notre Centre de formation un esprit de civisme. Car nous voulons non seulement former des footballeurs et des athlètes mais aussi des hommes capables de relever les défis du monde actuel. Nous souhaitons qu’ils s’épanouissent en jouant au football tout en les aidant à se forger une personnalité et à avoir le sens des responsabilités.

Est-ce que vous avez rencontré des difficultés dans l’organisation ?
Généralement aucune. Malgré le nombre important de jeunes qui viennent passer les tests. Il existe toujours des craintes au niveau des blessures lors des oppositions sur terrain réduit. Mais si par malheur c’est le cas, les participants sont assurés. En plus, nous disposons d’une assistance médicale conforme aux réglementations en vigueur.

Vous êtes l’un des rares clubs à promouvoir via les réseaux sociaux vos activités et notamment les journées de détection.
Les réseaux sociaux sont un outil médiatique gratuit et populaire. Nous ne sommes pas dans une approche publicitaire, car nous ne sommes pas là pour faire du commerce. Notre objectif est de communiquer et les réseaux sociaux sont des outils précieux dans cette optique. Sans oublier le bouche à oreille. La réussite dans les championnats nationaux de nos équipes de jeunes contribue aussi à notre réputation.

Vous investissez beaucoup de moyens financier et humain dans ces journées de détection. Attendez-vous en contrepartie un retour sur investissement ?
Nous ne sommes pas animés par l’appât du gain. D’autant plus qu’il est quasi impossible d’anticiper l’évolution ou la réussite d’un jeune en formation. Tout ce qu’on investit n’est pas amortissable. Mais évidemment si on forme un joueur de qualité, on pourra avoir un retour sur investissement en le transférant vers un autre club. Mais à la base, notre volonté est d’accompagner nos jeunes pendant huit, neuf ou même dix ans.

Quels sont les joueurs qui ont récemment été transférés dans d’autres clubs ?
Il y a, par exemple, Rahimi qui a signé au Raja. Il y a d’autres jeunes U17 et U19 qui ont intégré des Centres de formation  en Europe, et notamment en Turquie, au Portugal, en France, en Angleterre et dans les pays scandinaves. Les voir s’épanouir et réussir leur post-formation dans d’autres clubs plus huppés est une fierté pour nous. Cela valide nos efforts et notre politique de formation.

​Joudar Anas, directeur technique : Au Maroc, il y a une pénurie de gardiens de but chez les jeunes

Libé : Qu’attendez-vous de ces journées de détection? 
Nous ne cherchons pas « le joueur avec un potentiel accompli». Ce type de jeunes ont déjà intégré d’autres Centres de formation comme l’Académie Mohammed VI, celle du FUS ou encore les écoles de foot du Wydad et du Raja. Nous recherchons plutôt des talents à polir. A former et faire progresser aux niveaux tactique, physique et technique. Ils renforceront nos équipes de jeunes.

Y a-t-il des postes plus rares à dénicher que d’autres ?
Au Maroc, il y a une pénurie de gardiens de but. Nous avons un réel problème à ce niveau-là. Par exemple, parmi les 150 jeunes (U15) qui ont été testés aujourd’hui, seuls quatre d’entre eux étaient gardiens de but. Par contre, il y a une abondance de profils offensifs. Notamment les avant-centres, les milieux offensifs et les ailiers droits.  

Est-ce que le processus de détection se fait sur plusieurs étapes ?
Effectivement. Tout d’abord, on accorde aux jeunes assez de temps pour démontrer leurs compétences techniques. Ensuite, ceux que l’on sélectionne passent des tests physiques sans ballon et nous accordons beaucoup d’importance à la vitesse maximale aérobie (VMA). Ceux qui passent le Cut des tests physiques sont intégrés en condition de match à nos équipes de jeunes. C’est à ce moment que nous observons leurs capacités tactiques et d’intégration. 

Avez-vous un quota à ne pas dépasser ?
Il n’y a pas de quotas. Par exemple, lors des dernières saisons, près d’une soixantaine de jeunes sont venus renforcer nos rangs dans les différentes catégories. Cette saison, si 100 joueurs méritent d’être sélectionnés, cela ne nous dérange pas. 

Pour en revenir à la première étape, comment se fait la sélection ?
Notre staff technique est composé d’ex-joueurs et d’éducateurs expérimentés. Certes, nous avons des critères pour évaluer la compétence d’un joueur mais in fine le choix se fait après concertation entres les membres du staff. Le travail d’équipe est un élément important à mes yeux. L’ensemble des éducateurs doivent être convaincus que tel joueur mérite de porter le maillot du Najm Chabab.

​Khalid Dahmani , coach des U14 : Ces journées de détection constituent un moyen de combler nos besoins

Libé : Quand vous regardez un match lors des journées de détection, qu’est-ce qui attire le plus votre attention ?
Khalid Dahmani : Nous observons en premier lieu l’aspect technique. C’est le principal critère sur lequel nous portons notre choix. Nous nous intéressons d’abord à la qualité intrinsèque du joueur en évaluant ses tirs, passes, dribbles et sa conduite de balle.

Vingt minutes sont-elles suffisantes pour détecter un bon joueur?
Quand on sait que certaines équipes de première division ne dépassent pas les cinq minutes pour dénicher un bon élément, je pense qu’en 20 minutes, un joueur a l’occasion de montrer ses qualités, vu qu’il arrive à toucher le ballon au minimum cinq fois. Assez pour que l’on puisse l’évaluer techniquement.

Si un joueur a des aptitudes assez faibles mais se distingue par une qualité hors norme, est-ce que vous le retiendrez ou vous vous basez toujours sur une évaluation globale ?
Cela dépend de la qualité qu’il possède et comment elle pourrait l’aider dans le poste qu’il occupe. Pour un attaquant de pointe, s’il a un bon tir et un bon jeu de tête, même s’il n’a pas un jeu dos au but efficient, on peut le sélectionner pour l’aider à progresser par la suite au niveau des autres aspects où il est moins fort.

Est-ce que ces journées pourront vous aider à renforcer votre équipe l’année prochaine ou bien cela ne fait pas partie de vos finalités ?
Evidemment. Nous ne sommes pas là pour faire semblant. Un renforcement de l’équipe via ces tests est nécessaire même si nous avons des équipes de jeunes très fortes.

Vous venez donc avec une idée précise sur les profils de joueurs recherchés.
Oui, chaque coach a une idée sur les points faibles de son équipe. Ces journées de détection constituent un moyen afin de combler nos besoins. Par contre, on ne se met pas de limite. Si on voit qu’un jeune peut renforcer davantage nos points forts, on n’hésitera pas à le sélectionner. Il sera en concurrence avec les joueurs déjà présents et ça ne peut qu’être bénéfique pour l’équipe.

Chady Chaabi
Mercredi 4 Septembre 2019

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