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Rapatriement des jihadistes : Un vrai casse-tête pour la France

Le Maroc fait dans la sérénité malgré des manipulations tout autour




130 Français, soupçonnés d'avoir combattu ou d'avoir été en lien avec Daesh et détenus dans des camps en Syrie sous surveillance kurde, vont être rapatriés en France, dans les prochaines semaines, pour être jugés. Parmi ces hommes et femmes, il y a des binationaux dont des Marocains.  Un grand point d’interrogation entoure ce dernier cas ainsi que celui des autres Marocains incarcérés dans ce pays ou qui veulent retourner à la mère patrie.
Pour Abdellah Rami, chercheur spécialiste des courants jihadistes, les Marocains constituent une minorité dans les prisons syriennes et irakiennes et le Maroc demeure concerné par cette question malgré le fait qu’il n’y a pas eu jusqu’à présent de réaction officielle de la part des autorités ni de débat national sur le sujet.  
Notre source estime, pourtant, que le Royaume a toujours laissé grandes ouvertes ses portes devant ces jihadistes à l’inverse d’autres pays tels que la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne qui ont refusé de les accueillir. « Il y a même une volonté de les faire poursuivre en Irak par des juges originaires de ces pays et de les y laisser purger leur peine de prison. L’idée prend son chemin mais rien n’a encore été tranché », nous a-t-elle indiqué. Et d’ajouter : « Cette question concerne, en premier lieu, les pays de départ des jihadistes, sachant que la majorité de ces derniers sont d’origine étrangère et que ce problème est posé depuis belle lurette ».
Que risquent les jihadistes expulsés vers le Maroc ou souhaitant volontairement rentrer au pays ?  « Ces jihadistes font souvent l’objet d’interrogatoires et sont poursuivis devant les tribunaux conformément aux dispositions de la loi n° 03-03 relative à la lutte contre le terrorisme », nous a expliqué Abdellah Rami. Et de préciser que « la question du retour des jihadistes marocains n’est pas nouvelle puisqu’il y a eu le cas des Marocains d’Afghanistan qui sont rentrés sans problème vu qu’ils ont été fort bien surveillés et bien contrôlés. Ceci d’autant plus qu’ils ont constitué une source d’information très importante. La grande crainte des autorités marocaines furent les jihadistes de la Chabiba islamique qui avaient fui le Maroc vers l’Europe ou les jihadistes marocains qui se sont installés à l’étranger ».
Ceux qui rentreront seront-ils tous judiciarisés et confiés à la justice même si certains d’entre eux sont partis vers la Syrie mais n’ont pas commis d’actes terroristes ? « Une grande partie de ceux qui sont partis vers la Syrie appartiennent à la Salafya Jihadya et il y a eu également des bénévoles. Il faut rappeler que plusieurs pays ont permis le départ de leurs concitoyens en vue de participer aux combats en Libye avant de les orienter vers la Syrie pour des raisons géopolitiques.   Mais, une fois que l’objectif de faire chuter le régime de Bachar Al-Assad n’a pas été atteint, les cartes ont été redistribuées. Les bénévoles appelés au début « Combattants de la liberté» sont devenus une charge encombrante pour ces pays et seul le courant salafiste jihadiste a su les intégrer tous nonobstant leur qualité de jihadistes ou de bénévoles », nous a expliqué notre source. Et de poursuivre : « La rupture entre les pays qui sponsorisent  les jihadistes et ces derniers a été consommée avec les attentats de Paris et de Bruxelles. L’entrée de la Russie et de l’Iran sur la scène internationale a également chamboulé les cartes. C’est le scénario des jihadistes afghans qui s’est reproduit ».  
Cependant, Abdellah Rami pense que le véritable risque aujourd’hui n’est pas le retour ou pas de ces jihadistes mais plutôt la réorientation de ces derniers par les forces régionales. « Les courants jihadistes sont infiltrés par ces forces et influencés par les conflits géostratégiques de la région. Et chaque pays tente de les exploiter dans ce conflit.    Mais, à mon sens, le grand danger demeure l’idée avancée par la Turquie de les faire  naturaliser. Les services turcs ont déjà proposé l’idée à El Hayaa (ex Jabhat Annousra affiliée à Al Qaïda qui compte aujourd’hui entre 7.000 et 12.000 jihadistes dont des Marocains). L’Egypte a rejeté cette idée ainsi que celle de délocaliser les jihadistes vers la Libye». Et de conclure : « Aujourd’hui, nombreux sont les Syriens qui se sont naturalisés turcs et ce pays compte utiliser ce dossier comme une carte de pression qui aura de graves conséquences sur les autres pays puisque ces derniers vont perdre tout contrôle sur le mouvement jihadiste.  Le pouvoir turc parie sur ces combattants étrangers pour garantir sa stabilité et compte les encadrer dans un réseau international de  jihadistes multinationaux ».

Hassan Bentaleb
Jeudi 7 Février 2019

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