Libération

Pourparlers décisifs à Washington. Objectif : Concrétisation de la résolution 2797

Médiation directe, discrète et déterminée du Département d’Etat


Mehdi Ouassat
Mercredi 6 Mai 2026

Pourparlers décisifs à Washington. Objectif : Concrétisation de la résolution 2797
Rarement le dossier du Sahara marocain n'aura connu une telle effervescence diplomatique en si peu de temps. Les Etats-Unis d'Amérique prennent désormais le dossier à bras-le-corps, avec une détermination et une méthode qui tranchent radicalement avec les atermoiements des décennies passées. 

Les faits parlent d'eux-mêmes : Washington s'apprête à accueillir, en ce mois de mai, une nouvelle série de pourparlers décisifs. L'objectif américain est clair, le calendrier précis et la méthode délibérément discrète, une combinaison qui, dans le langage de la diplomatie américaine, ne laisse guère de place au doute sur les intentions réelles de l'administration Trump. Après des décennies d'un conflit artificiellement entretenu, quelque chose est en train de changer et ce changement porte la signature de Washington.
 
La résolution 2797 : une boussole, un mandat, une promesse
 
Tout part d'un texte. La résolution onusienne n°2797, adoptée en octobre 2025 par le Conseil de sécurité, n'est pas un document de plus venant s'empoussiérer dans les archives des Nations unies. C'est une feuille de route, un mandat explicite, une pression institutionnelle exercée sur toutes les parties pour qu'elles cessent de tourner en rond et s'engagent résolument dans la voie d'une solution politique négociée sur la base du plan d’autonomie marocain.

Et c'est précisément autour de cette résolution que s'articule l'offensive diplomatique américaine. Car Washington ne se contente plus de formuler des vœux pieux ou de se cantonner à un rôle d'observateur bienveillant. L'administration américaine est passée à la vitesse supérieure, orchestrant des consultations discrètes mais intenses, multipliant les navettes entre capitales, bâtissant, pierre après pierre, les fondations d'un accord-cadre que l'on espère voir aboutir avant le rendez-vous crucial d'octobre prochain.
 
L'art de la diplomatie silencieuse
 
Ce qui frappe les observateurs les plus avertis, c'est précisément la méthode choisie par Washington : le sceau du silence. Dans un monde saturé d'informations, où chaque déclaration est disséquée en temps réel et chaque geste diplomatique immédiatement commenté, les Américains ont délibérément opté pour la discrétion comme arme stratégique.

Et ce choix n'est pas fortuit. Comme le soulignent des experts proches du dossier, la confidentialité n'est pas une faiblesse, c'est un levier. En préservant les négociateurs des feux croisés de l'opinion publique et des pressions médiatiques, on crée les conditions d'un dialogue authentique, où les concessions peuvent s'esquisser sans que chaque partie n'ait à se justifier devant sa galerie respective. Madrid et Washington ont tour à tour abrité ces échanges préliminaires, témoignant d'une coordination transatlantique soigneusement construite.

Le fait même que les informations sur ce dossier se fassent rares et parcellaires est, paradoxalement, le signe le plus éloquent que quelque chose de sérieux se trame. Quand Washington parle peu, c'est souvent qu'elle agit beaucoup.
 
L'initiative d'autonomie, le seul horizon crédible
 
Au cœur de ce ballet diplomatique, une constante : l'initiative marocaine d'autonomie s'impose désormais comme le cadre incontournable, le socle inébranlable autour duquel toute solution devra s'articuler. Ce n'est plus une proposition parmi d'autres, c'est la proposition, celle que le Conseil de sécurité qualifie de "sérieuse et crédible", celle que Washington soutient et entend ériger en base de négociation.

Le Maroc, fort de la reconnaissance de sa souveraineté par les Etats-Unis depuis 2020, fort du soutien grandissant de ses partenaires européens et africains, se retrouve dans une position de force inédite. Les rapports de force ont basculé. La dynamique diplomatique lui est favorable. Et l'objectif affiché est ambitieux: parvenir à un accord-cadre avant octobre prochain, ouvrant la voie à des négociations directes entre toutes les parties sur la base de l'autonomie.

Pendant ce temps, un fait significatif n'échappe pas aux analystes : le dossier du Sahara marocain s'est progressivement estompé du discours officiel algérien. Une discrétion qui, à elle seule, raconte beaucoup sur les pressions qui s'exercent en coulisses et sur les premiers frémissements d'une Algérie invitée — sinon contrainte — à recalibrer sa posture.
 
La MINURSO sous examen
 
Pendant que les diplomates négocient l'avenir, le Conseil de sécurité a entrepris de faire le bilan du passé. La dernière semaine d'avril a vu les membres permanents et non-permanents passer au crible le travail de la MINURSO, la mission onusienne déployée au Sahara marocain depuis bientôt 35 ans. Un audit dont les conclusions sont, pour le moins, sévères.

58 millions d'euros par an. C'est le coût annuel d'une mission dont on peine à mesurer les résultats concrets sur le terrain politique. 35 ans sans solution, 35 ans d'un statu quo qui a profité à ceux qui misaient sur l'immobilisme. Des voix s'élèvent désormais au sein même des Nations unies pour revoir à la baisse les effectifs de la mission, rationaliser ses dépenses, et surtout, redéfinir ses missions en fonction de la nouvelle réalité politique qui se dessine.

Car une chose est certaine : si un accord-cadre venait à voir le jour avant octobre, la question du renouvellement du mandat de la MINURSO prendrait une tout autre dimension. Ce ne serait plus un simple exercice de routine, mais un véritable tournant institutionnel.
 
La provocation comme aveu d'impuissance
 
C'est dans ce contexte de dynamisme diplomatique que survient, tel un pied-de-nez de l'histoire, une tentative grossière de brouiller les cartes. L'attaque enregistrée récemment aux abords d’Es-Smara, visant un environnement civil, ne trompe personne sur sa nature ni sur ses desseins.

Les experts en géopolitique sont formels : cette escalade n'est pas un hasard de calendrier. Elle s'inscrit dans un schéma parfaitement rodé depuis 2020, celui consistant à allumer des contre-feux militaires chaque fois qu'une opportunité sérieuse de règlement politique se profile à l'horizon. Le message est limpide : ceux qui s'opposent à une solution négociée préfèrent le bruit des armes au murmure des compromis.

Mais cette stratégie du chaos révèle, en réalité, une profonde faiblesse. Car en ciblant délibérément des populations civiles, le mouvement séparatiste — et son faiseur algérien — ne fait qu'alimenter les appels, de plus en plus audibles dans les enceintes internationales, à une requalification de sa nature. Chaque acte de ce type alourdit un peu plus l'isolement de ses dirigeants et convainc les chancelleries occidentales que ce mouvement séparatiste n'a ni la légitimité ni la maturité politique pour prétendre peser dans une négociation sérieuse.
Quant à l'Algérie, dont le rôle de parrain politique et logistique des séparatistes n'est un secret pour personne, elle ne saurait se dédouaner indéfiniment de la responsabilité de ces dérapages. Soutien actif ou simple incapacité à discipliner une entité qu'elle héberge et finance ? Dans les deux cas, la question mérite d'être posée avec clarté devant la communauté internationale. 
 
L'avenir en ligne de mire
 
Le Maroc entre dans cette phase diplomatique avec les meilleures cartes qu'il n'ait jamais tenues en main. La légitimité internationale de son initiative d'autonomie n'a jamais été aussi forte. Le soutien américain n'a jamais été aussi explicite. Et la volonté de Washington d'aboutir avant octobre prochain à un accord-cadre structurant place Rabat au cœur d'une dynamique positive et irréversible.

La balle, comme le rappellent ceux qui suivent le dossier de l'intérieur, est désormais dans le camp algérien. C'est Alger qui doit choisir entre l'entêtement stérile et l'engagement constructif. C'est Alger qui doit décider si elle préfère rester du mauvais côté de l'histoire ou saisir la main tendue d'une médiation américaine bienveillante. Et c'est la direction séparatiste qui devra expliquer, un jour, à ceux qu'elle prétend représenter, pourquoi elle a systématiquement choisi l'escalade plutôt que la table des négociations. L'heure des choix approche.

Mehdi Ouassat


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