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Où va le Liban ?

V- Le Hezbollah, un Etat dans l'Etat



Tout d’abord, sans ambages ni circonvolutions, la crise économique libanaise est liée directement aux sanctions américaines contre l’Iran. Le système de vases communicantsimpose sa loi : un pays très affecté au niveau de son économie comme l’Iran s’oblige de distribuer sa crise surses agentslocaux qui interviennent directement ou indirectement dansles affaires des gouvernements de leurs pays d’origine : Liban avec le HA, l’Irak avec toutesses milices pro-iraniennes, leYémen avec les Houtis et la Syrie avec l’escadron El Qods. Mais, cette crise est jugée par différents angles, il y a d’abord celui des pays de l’UE, etsurtout celui des payssignataires de l’accord nucléaire iranien (France, Royaume-Uni etAllemagne), qui amputent cette crise à toute la classe politique,sachant que celle-ci a perdu toute vulnérabilité depuis la descente de 2008, des chars et des milices du HA dans Beyrouth et les différentes métropoleslibanaises,semant la terreur parmi les populations. Le HAnégocie ses projets avec les armes sur la table, en gardant pour lui les postes ministériels de l’intérieur, de l’économie et des finances. Toute critique ouverte contre le HAsignifie liquidation immédiate par attentat à la voiture piégée ou assassinat. Les pays européens signataires de l’accord surle nucléaire iranien, avaient obtenu des contrats juteux avec Téhéran, qui ont été gelés suite aux pressions de l’administration Trump, et qu’ils espèrent récupérer avec la levée dessanctions parl’administration Biden. Le FMI a entamé des discussions avec le Liban, qui espère obtenir 10 milliards de dollars US, et pour les avoir, il faut mettre en place desréformes profondes. Selon un hautresponsable de l’institution, ‘’ilfautrestructurerla dette publique,renforcerle dispositif fiscal, renflouer les banques. Il faut réformerl’économie et en particulierles entreprises publiques et améliorer la gouvernance ainsi que la transparence ‘’. Selon un expert libanais, ‘’l’idée du FMI est juste parce que le Liban, pendant cestrente dernières années, a vécu un peu en quémandant de la communauté internationale. Ces aidessont venues aiderla corruption locale et aiderles quelques oligarqueslibanaissans véritablement profiter à la population libanaise’’. Quoi qu’il en soit, l’impasse absolue dans laquelle se trouve le Liban est due à l’influence qu’exerce l’Iran sur l’intérieur libanais comme c’est le cas en Irak, et qui entrave la mise en place des réformes réclamées par le FMI. Aussi bien en Irak qu’au Liban, les mêmestentatives d’intimidation visent les manifestants, et au lieu de répondre aux appels de ces manifestants, les autorités et milices mènent conjointement des campagnes de répression contre ceux qui critiquent légitimement les défaillances des gouvernements. Certains dirigeants n’hésiteront pas à jouer sur la peur des citoyens de voir les violences intercommunautaires resurgir, dans l’unique but de se maintenir au pouvoir. C’est une stratégie qui a moins de chance de tenir, car les moyens financiers des chefs communautairesse réduisent de jour en jour.Il est compliqué d’évaluer le chemin que va prendre le Liban, car tous ces éléments entrent en confrontation. Les accords de Taëf ont accordé au Hezbollah le statut de milice armée luttant contre l’occupation israélienne, et on ne peut que luireconnaître le rôle bien assumé dans la libération du Sud du Liban occupé par Israël jusqu’en 2000. On peut estimer que la guerre provoquée en 2006 a bien été gagnée, malgré les pertes colossales causées par l’aviation israélienne aux infrastructures libanaises. De même, les violations de l’espace aérien libanais étaient une pratique quotidienne, mais à partir de 2006, ces violations ne font plus partie de l’actualité. Mais en 2008, les armes destinées à lutter contre l’occupant ont malheureusement été dirigées contre les populations et les élites politiqueslibanaises alors qu’elles sont censées défendre et nom menacer. La commission internationale qui a enquêté sur l’assassinat de R. Hariri a accusé le HA de cet acte. Ils’avère alors que la guerre de 2006 n’était qu’un camouflage pour embrouillerl’atmosphère danslaquelle l’assassinat de Hariri a été commis. Depuis 2008, toutesles négociations politiques concernant l’intérieur libanaisse sont déroulées dansl’intimidation et la menace. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à consulter les différentes déclarations des représentants pro-Hariri, pro-Joumboulat ou encore pro-Geagea. Quand le Président français E. Macron s’est rendu pour la deuxième fois au Liban après les explosions dans le port de Beyrouth, il avait certainement lesrésultats d’un audit interne sur la situation économique du pays, et il a rencontré les représentants de tout le spectre politique libanais, auxquels il a annoncé la feuille de route à suivre, qui n’est pas différente de celle du FMI. Il est venu pour sauver un Liban qui est tombé dans le fossé de la pauvreté, de la paupérisation et de la déception. Et c’est pour cela qu’il a demandé à tout le monde de bouger de façon urgente, pour former un gouvernement d’union nationale constitué d’experts et non confessionnel. Et ce pour lui permettre de rassemblerles arguments nécessaires à présenter aux Etats et aux institutions qui auront à apporter de l’aide financière au Liban. Nous avonsla certitude que le langage du FMI et de Macron n’est pas celui du secrétaire général du HA, Hassan Nassr Allah (HNA) qui ne cesse de prononcer des discours menaçants, qui font du confessionnalisme une arme de guerre. Pour nous, Fayrouz est l’antithèse de HNA, car elle sème les grains d’amour dans la terre et dans le cœur des Libanais, parses mélodies etson esprit inventif. Son génie est digne d’être comparé à celui de J. K.Jabrane, dont lesœuvres continuent encore à occuper une place dans toutes les bibliothèques du monde, car les lecteurs ont trouvé dans ses œuvres la voie de l’honnêteté et du bien. Du Liban sont parties des élites qui ont dirigé et gouverné des pays dans le demi-continent américain. D’autres ont réalisé des projets gigantesques en Afrique et en Europe, où hommes d’affaires, médecins, ingénieurs et professeurs ont contribué au développement dans leur pays d’accueil. Après sa révolution, l’Iran a fait rentrer le Liban dans une autre phase de communautarisme, en créant cette nouvelle entité qui manifeste une radicalisation hors norme avec des ramifications dans plusieurs pays voisins. Après les explosions de Beyrouth, le Président Aoun a tenté l’impossible en chargeant H. Diab de former un gouvernement d’union nationale comme demandé par Macron, et à deux reprises, la tentative a fini par un échec. Ensuite, les regards sont tournés encore une fois vers Hariri à qui M. Aoun a demandé de former un gouvernement. S’agissant du dossier nucléaire iranien, Joe Biden entamera de nouvelles négociations, en vue de trouver une issue pacifique à ce dossier comme c’était le cas avec Obama.
Par Abdelkrim NOUGAOUI
Enseignant-chercheur à Oujda

Libé
Lundi 7 Décembre 2020

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