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Les moteurs de la croissance africaine




Plusieurs développements récents donnent à espérer que les relations Maroc-Afrique prennent le chemin d’un modèle de co-développement Sud-Sud, indique le CMC dans le n° 287 de sa publication mensuelle « Maroc Conjoncture » datée du mois de janvier dernier. Des multiples  visites du Chef de l’Etat, à la volonté du Maroc de réintégrer l’Union africaine, en passant par la consolidation de la présence du secteur privé marocain en Afrique et par les grands projets communs en perspective. Dès lors, il devient incontournable de s’interroger sur l’avenir de l’économie africaine et particulièrement sur les moteurs de sa croissance. Il ressort que l’agriculture, la mobilisation des infrastructures notamment dans le domaine de l’énergie et les services sont les secteurs à fort potentiel.

Contexte du boom
économique africain

Avec des taux de croissance annuelle dépassant parfois les 5%, la plupart des pays africains ont connu une croissance économique soutenue au cours des 15 dernières années. Ceci a suscité de l’optimisme quant au destin d’une région qui semblait destinée à l’échec.
Le contexte économique général connaît actuellement un tournant moins favorable, avec une croissance à la baisse. Selon les prévisions du FMI et de la Banque mondiale néanmoins, l’Afrique subsaharienne va continuer de figurer parmi les régions connaissant de fortes croissances, même si elle souffre des retombées négatives de la chute des prix des matières premières et d’un contexte financier mondial moins favorable. Dans ce contexte en évolution, il importe de prêter attention aux facteurs générateurs de croissance afin d’identifier ceux qui sont susceptibles de continuer de la soutenir.
L’importance relative des facteurs externes et internes est sujette à débat. L’Afrique a, en effet, tiré profit d’un contexte externe particulièrement favorable pour ses exportations et pour attirer des capitaux. Au niveau des facteurs internes, l’amélioration du climat macro-économique, tout comme la baisse du nombre de conflits et l’amélioration de la gouvernance politique et économique ont été les moteurs essentiels de cette croissance.
En 2050, l’Afrique subsaharienne disposera d’une population active plus nombreuse et plus jeune que la Chine ou l’Inde. Le dividende démographique pourrait être un des principaux moteurs de la croissance future.
Si le continent veut en tirer bénéfice, les services publics devraient s’adapter, le niveau d’instruction des jeunes doit augmenter et un nombre suffisant d’emplois doivent être créés, afin d’éviter un chômage de masse au sein de la population jeune et des troubles sociaux.
Les secteurs économiques et leur contribution à la croissance

Concernant l’agriculture, le CMC précise que  l’Afrique possède la moitié des superficies arables non cultivées dans le monde et le potentiel de croissance du secteur est énorme. La croissance du secteur agricole présente une importance vitale pour l’Afrique subsaharienne dont la majeure partie de la population travaille dans l’agriculture. Par ailleurs, selon la Banque mondiale, la croissance dans l’agriculture et dans les services y est plus efficace pour réduire la pauvreté que la croissance dans l’industrie.
Certains économistes estiment qu’il convient de continuer à faire reposer la croissance dans le secteur agricole sur les petites exploitations, étant donné que le secteur constitue une source de revenus vitale pour un grand nombre de ménages, en particulier les pauvres.
Une autre approche consiste à orienter la production agricole vers une production au niveau de grandes exploitations afin d’augmenter la productivité. Plusieurs gouvernements privilégient cette approche en confiant l’exploitation de terres à des multinationales agroalimentaires. Des obstacles notables freinent le développement du secteur, dont la question des droits de propriété sur les terres. Le manque de capitaux pour investir dans les semences, les engrais et les machines constitue un obstacle majeur à la croissance. Concernant l’investissement dans l’infrastructure, «Maroc Conjoncture» indique que la faiblesse des infrastructures en Afrique subsaharienne, constitue un frein majeur à la croissance  économique, à l’intégration commerciale et à la réduction de la pauvreté. En particulier, le mauvais état des infrastructures coûte 2% de croissance économique chaque année et réduit la productivité de 40% dans cette région selon une étude importante de la BM consacrée aux infrastructures africaines. Si nous assistons actuellement à plusieurs avancées majeures, la production d’électricité a, en revanche, stagné depuis 2000 et les transports ont connu un développement limité.
Les plus grands besoins infrastructurels de l’Afrique se retrouvent dans le secteur de l’énergie. Les équipements de production d’électricité sont dans un état particulièrement dégradé. L’Afrique subsaharienne avec ses 850 millions d’habitants produit à peine autant d’électricité que l’Espagne. La taille petite de plusieurs marchés africains de l’électricité constitue un handicap majeur ; les coûts d’exploitation par kwh sont triplés en comparaison avec les réseaux plus importants. En conséquence, le moyen le plus  efficace d’étendre la capacité de production consiste à faire appel au commerce régional qui permet de mutualiser les ressources énergétiques au-delà des frontières nationales. Cela passe par le développement de grands projets hydroélectriques inexploités en République démocratique du Congo, Ethiopie et Guinée et par la mise en place des interconnexions nécessaires pour permettre le transport de l’électricité. Le rendement financier de ces interconnexions peut aller jusqu’à 120% dans le pôle énergétique de l’Afrique australe et est en général de 20 à 30% dans les autres, selon la Banque mondiale.
Le coût global nécessaire à la construction, la réhabilitation, l’entretien et l’exploitation des infrastructures a été estimé par la BM à quelque 93 milliards de dollars par an de 2006 à 2015, soit 15% du PIB africain. Environ 40% du total concerne l’énergie. Le deuxième poste est lié à l’eau et l’assainissement (22 milliards de dollars) et le troisième concerne le secteur des transports.
La publication ajoute, par ailleurs, que c’est le secteur des services qui connaît la croissance la plus élevée dans la plupart des économies africaines, générant à lui seul deux tiers de la croissance du PIB par habitant en Afrique subsaharienne de 1995 à 2011. Les principaux domaines générateurs de croissance  économique sont les transports, les télécommunications, les services financiers et le tourisme. L’Organisation mondiale du tourisme prévoit un doublement des arrivées de touristes internationaux en Afrique à l’horizon 2030, bénéficiant principalement aux pays de l’Afrique subsaharienne. Les services financiers commencent également à se développer rapidement, souvent grâce à des modèles économiques novateurs tirant bénéfice de la pénétration accrue des technologies de communication. Le secteur du commerce de détail affiche un potentiel prometteur, favorisé par une croissance rapide de la classe moyenne  africaine. Les dépenses des consommateurs africains devraient, selon les prévisions, presque doubler au cours de la décennie à venir. L’implantation d’importantes chaînes de supermarchés est en pleine expansion sur de nouveaux marchés du continent.
Selon le CMC, l’exportation de matières premières a grandement contribué à la croissance économique du continent ces dernières années, aussi longtemps que le cycle d’essor a perduré. Le commerce intra-africain a également augmenté de manière non négligeable, mais il reste le plus faible au monde avec seulement 10% des exportations africaines. En comparaison, la part du commerce intra-régional est de 65% en Europe, 30% parmi les pays du Sud-est asiatique et 21% en Amérique latine.
Lancé en 2012, le projet de l’Union africaine visant à créer une zone de libre-échange panafricaine est prometteur. Si ce projet devait se concrétiser, il dynamiserait le commerce intra-africain, contribuerait à diversifier et transformer l’économie africaine et permettrait d’accroître la compétitivité des produits industriels grâce à l’exploitation du potentiel d’un marché du plus vaste, conclut « Maroc Conjoncture ».

Partenariat win-win

Depuis quelques années, à travers une forte implication des plus hautes autorités de l’Etat, le Maroc est en train de jeter les bases, de manière progressive, d’une « nouvelle diplomatie » africaine basée sur le développement économique et social mutuel à travers la mise en place de partenariat gagnant-gagnant entre les pays, a indiqué « Maroc Conjoncture » dans l’éditorial de son numéro de janvier  n°287. Cette « Nouvelle politique » s’illustre par l’implantation directe de grands groupes privés marocains dont l’objectif est de produire localement des biens et des services destinés à satisfaire les différentes demandes émanant des consommateurs locaux. Les économies africaines pourront tirer  profit des effets d’expérience grâce aux transferts de technologie effectués dans ces pays.
Aussi, dans un contexte d’ouverture grandissante de l’Afrique, de l’augmentation du pouvoir  d’achat de la classe moyenne notamment, le Maroc compte tirer bénéfice des immenses gisements d’opportunités que recèle ce continent tout en contribuant à son développement économique et social de manière responsable et durable. Cette nouvelle stratégie aurait des retombées certaines pour le Maroc en ce sens que son tissu productif pourrait monter en gamme, fabriquer des produits à fort contenu technologique destinés à l’export. Confortant ainsi, du reste, les nouvelles orientations de sa politique publique qui cherche à réduire le rôle de la demande intérieure au profit de la promotion des exportations.
Les chances de succès de ce nouveau modèle de croissance sont, cependant, largement tributaires des mesures et des outils d’accompagnement à mettre en œuvre dans le cadre de cette nouvelle diplomatie économique.
Dans cette perspective, le Maroc n’aurait-il pas intérêt à signer des traités de libre-échange avec certaines économies ou blocs de pays africains ? De telles initiatives consolideraient les échanges commerciaux entre les différentes parties prenantes tout en stimulant les flux d’investissements du Maroc en direction de certains pays cibles. Les retombées de ces nouveaux  accords de libre-échange viendraient renforcer les effets des accords déjà signés par le Maroc avec les grandes locomotives de l’économie mondiale que sont l’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique. L’objectif à travers ces traités de différentes générations est de faire du Maroc un hub économique qui soit basé sur des partenariats triangulaires impliquant notamment les trois blocs – Union européenne, Maroc et Afrique. Grâce à un tel modèle économique, le Maroc pourrait cibler l’implantation de grands constructeurs automobiles internationaux – européens, américains, asiatiques, etc. – sur son sol, dans l’espoir de favoriser l’émergence d’une filière automobile fortement intégrée. A la faveur de cette intégration industrielle, de nouveaux segments productifs versés dans la fabrication de la quasi-totalité des pièces nécessaires à la construction des véhicules et à leur assemblage dans des plateformes dédiées. Grâce à cette densification augmentée du tissu productif, une partie significative des quantités produites pourrait être écoulée sur certains marchés extérieurs africains en s’appuyant sur l’émergence d’une véritable classe moyenne dans ces pays. Ce partenariat tripartite « win-win » permettrait, in fine, l’émergence économique de l’ensemble des parties prenantes à cet échange, conclut la publication mensuelle du CMC.

Mardi 14 Février 2017

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