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Les eaux usées pourraient constituer un nouvel or noir

Rapport mondial des Nations unies sur une ressource inexploitée




Les eaux usées représentent une ressource précieuse, a estimé l'Organisation des Nations unies (ONU) dans un récent rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau, « Les eaux usées, une ressource inexploitée », et présenté mercredi à Durban, en Afrique du Sud.
Selon ce rapport, coordonné par le Programme mondial d'évaluation des ressources en eau de l’Unesco, le recours plus systématique au recyclage des eaux usées paraît inéluctable pour répondre à la hausse constante de la demande en eau à travers le monde.
Pour les Nations unies, l'eau recyclée représente une ressource encore largement sous-exploitée qui peut être réutilisée. Alternative à l’eau fraîche, les eaux usées constituent aussi un gisement potentiel de matières premières, soutiennent-elles.
Aussi, grâce à l’évolution des techniques de traitement on peut désormais récupérer certains nutriments, comme le phosphore et les nitrates, dans les eaux d’égouts ou les boues d’épuration. « On estime que 22% de la demande mondiale en phosphore pourrait être satisfaite grâce au traitement des urines et des excréments humains. Déjà, certains pays, comme la Suisse, imposent la récupération de certains nutriments comme le phosphore », a relevé le rapport.
Ce n’est pas tout. La production de biogaz est également envisageable à partir de l’énergie chimique contenue dans les substances organiques des eaux usées. « Si de telles technologies avancées sont hors de portée des pays en développement, des solutions de traitement à bas coût existent. Elles ne permettent pas d’obtenir une eau potable mais peuvent produire une ressource valable pour d’autres usages, comme l’irrigation. Par ailleurs, la vente des matières premières issues des eaux usées est un moyen de faire baisser davantage les coûts de traitement de l’eau.
Pour rappel, 2,4 milliards de personnes ne disposent pas d’accès à une installation sanitaire améliorée. Réduire ce nombre se traduira par le déversement de davantage d’eaux usées qui devront faire l’objet d’un traitement, estime le rapport soulignant que le mouvement paraît ainsi inéluctable.
Quoi qu’il en soit, le recours à une eau traitée comme alternative à l’eau fraîche gagne du terrain. C’est déjà le cas en Amérique latine où le traitement des eaux usées a pratiquement doublé depuis la fin des années 1990 et couvre désormais entre 20 et 30% des eaux usées collectées dans les réseaux urbains d’égout.
Pour autant, le rapport déplore qu’aujourd'hui encore, une bonne part des eaux usées soit rejetée dans la nature sans être ni collectée ni traitée. C'est particulièrement vrai dans les pays à faible revenu qui traitent en moyenne 8% des eaux usées, contre 70% dans les pays à haut revenu, note-t-il.
« De fait, dans de nombreuses régions, des eaux chargées de bactéries, de nitrates, de phosphore ou de solvants se déversent dans les cours d'eau, les lacs et pour finir, dans les océans, avec des conséquences graves pour l'environnement et la santé humaine », peut-on lire sur le portail officiel de l’Unesco.
Selon les auteurs du rapport, le volume des eaux à traiter devrait encore augmenter de manière significative dans les années à venir, notamment dans les villes à forte croissance démographique des pays en développement. C’est dire que « le traitement des eaux usées est l'un des plus grands défis associés au développement de l'habitat informel (bidonvilles) dans le monde en développement ».

Alain Bouithy
Vendredi 24 Mars 2017

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