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Les “ chaussures magiques ” de l'athlétisme face à la magie des Jeux


Les “ chaussures magiques ” de l'athlétisme face à la magie des Jeux
Après avoir révolutionné la course sur route, une nouvelle génération de chaussures bouleverse depuis deux ans les repères sur la piste en athlétisme. Les Jeux olympiques de Tokyo achèvent l'entrée dans cette nouvelle ère, qui soulève nombre de questions.

Les études ont validé un gain en efficacité d'environ 4% pour la nouvelle génération de chaussures sur route, utilisées depuis 2016. Pour les pointes (réservées à la piste) de demi-fond, apparues discrètement sous forme de prototypes en 2019, leur utilisation est trop récente, l'échantillon trop faible (la piste est une "niche" commerciale) et la bonne méthode scientifique pas encore définie pour réaliser des tests concluants.

Les chronos, eux, sont éloquents, avec la multiplication des temps stratosphériques (records du monde du 5.000 et 10.000 m battus chez les hommes et les femmes en moins d'un an), et une densité de performance inédite.

Peu d'athlètes nient le phénomène mais la plupart aiment rappeler que leurs progrès n'existeraient pas sans leur travail quotidien. "Il faut accepter les innovations des nouvelles compagnies, les technologies. Il s'agit de confort pour atteindre nos rêves", estime le recordman du monde des 5.000 et 10.000 m ougandais Joshua Cheptegei.

Pris de vitesse, World Athletics a fini par légiférer en définissant le terrain de jeu mais sans siffler la fin de la récréation: quasiment tous les modèles existant respectent les nouvelles règles, à savoir un talon qui ne doit pas dépasser 20 mm d'épaisseur (sprints et sauts, sauf le triple), 25 mm (fond et demi-fond, triple saut) ou 40 mm (route).

Dans la foulée de Nike, les autres grands équipementiers ont ainsi sorti leurs propres paires et se sont lancés dans la course aux chaussures "magiques", la plupart du temps en combinant une plaque rigide et une mousse dernière génération.

La bataille des marques reste difficile à suivre, même pour les initiés: 201 pointes (chaussures de pistes) sont inscrites sur la dernière liste de "conformité" de World Athletics, qui recense les modèles autorisés (commercialisés ou prototypes).

"C'est flou, c'est un truc quasiment mystique, on ne sait plus qui porte quoi, qu'est-ce qu'il y a dans la chaussure. On va vers une individualisation de la chaussure. Au départ, je pensais analyser la plupart des courses pour savoir qui portait quoi, j'ai laissé tomber, il y a trop de références, ça va trop vite", note Vincent Guyot, étudiant-chercheur à l'Insep spécialisé dans le domaine.

Après les courses de fond et demi-fond, les pointes nouvelle génération ont très récemment conquis les disciplines explosives.

"On remarque sur le terrain que ça permet de limiter la décélération en fin de course, c'est très intéressant sur 100, mais surtout sur 200 m", note l'entraîneur français Pierre-Jean Vazel.

"C'est de l'athlétisme avec des ressorts (...) je serais pour les interdire", s'est enflammé sur Twitter le sauteur en longueur espagnol Eusebio Caceres après des essais.

"Elles sont très difficiles à utiliser. Ma façon de courir et de sauter a changé pour pouvoir constater leur utilité, et je n'ai pas réussi à en profiter", analyse-t-il, rejoignant les rumeurs sur l'instabilité de ces nouveaux outils, qui peuvent pousser des sportifs à rester sur leurs paires traditionnelles avant leur objectif majeur.

L'avènement de cette nouvelle ère pourrait laisser craindre ou espérer une explosion des performances lors des JO, la compétition où tous les athlètes doivent être au meilleur de leur forme.

En demi-fond, des records peuvent toujours être battus mais l'approche "tactique" des courses de championnat et la multiplication des tours devraient limiter la folie chronométrique.

Le sprint féminin a commencé à frémir avec notamment les 10 sec 63 en juin de la Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce (4e performance de tous les temps), mais les hommes étant restés discrets, difficile de savoir s'ils vont exploser les chronos au Japon.
"Je ne sais pas de combien, mais c'est sûr que j'aurais couru beaucoup plus vite (avec les nouvelles chaussures), en dessous de 9 sec 50 sans aucun doute", a assuré au quotidien britannique The Guardian la légende de la piste Usain Bolt.

Nul doute que lui aurait su profiter de la scène olympique.
 

Libé
Lundi 26 Juillet 2021

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