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Le syndicalisme à la croisée des chemins au Maroc et à travers le monde




Faut-il le rappeler à l’approche de la Fête du 1er Mai : tant au Maroc qu’à travers le monde, le taux de syndicalisation des travailleurs est devenu exceptionnellement bas.
Selon la dernière note d'information du HCP relative à la qualité de l'emploi en 2016, 96,6% des actifs marocains occupés (10.282.000 personnes) ne sont pas affiliés à une organisation syndicale ou professionnelle, 94% en milieu urbain et 99% en milieu rural.
La situation était quasiment identique en 2015. Lors du second trimestre de celle-ci, seuls 3,2% des actifs occupés étaient, en effet, syndiqués, 5,7% en milieu urbain et moins de 1% en milieu rural. Elle le fut sans que personne ne s’en émeuve outre mesure depuis tellement longtemps que l’on ne peut que regretter le peu de cas qui en a été fait à tous les niveaux et dénoncer pareille situation où précarité et dénis de droits se sont conjugués pour saper à jamais toute velléité d’émancipation des travailleurs et entraver toute volonté de lutter de manière efficiente contre l’économie de la rente et l’informel via la mise des relations de travail au diapason de la modernité. Ceci d’autant plus que les nombreux écueils dressés devant l’action syndicale tant par les pouvoirs publics que le patronat, la balkanisation du champ syndical, l’importance de l’emploi agricole et l’apparition de nouvelles formes de travail et sa précarisation à outrance ne sont nullement favorables à une reprise en main par les travailleurs de leur propre destin.
Si les centrales syndicales les plus représentatives sont quatre depuis 2015, le nombre global des syndicats représentés par des délégués suite aux dernières élections professionnelles est de vingt-trois. Un chiffre trop élevé, de l’avis même de plusieurs dirigeants syndicalistes qui soulignent que le multi-syndicalisme est certes nécessaire, mais l’existence de plus d’une trentaine de syndicats au Maroc dont certains ne font leur apparition qu’au moment des élections professionnelles ne fait qu’affaiblir le syndicalisme au Maroc.
Cette situation impacte négativement la force de négociations des syndicats qui peinent à parler de la même voix.
Les employeurs sont aussi épinglés en la matière. A cet égard, les libertés syndicales figurent toujours sur le cahier revendicatif des syndicats qui déplorent, d’une part, la faiblesse du nombre des inspecteurs de travail pour pouvoir constater les entraves et d’autre part la non ratification de la Convention 87 portant sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.
En outre, si au Maroc le secteur informel continue à être un terreau fertile pour le non-droit et pour le viol des législations sociales, le travail atypique, dont l’intérim, progresse à pas de géant et avec lui une précarisation du monde du travail propice au détricotage plus poussé de ce qui reste de celles-ci. L’intérim, qui est une composante de ces nouvelles formes d’emploi, est désormais une réalité patente et le recours de plus en plus accru à l’externalisation des activités jugées non stratégiques commence à devenir la règle.
Cette situation n’est pas propre au seul Maroc. Au niveau mondial, le syndicalisme est, en effet,  en perte de vitesse. Les principaux facteurs explicatifs de ce déclin recensés dans la littérature des relations industrielles sont de type structurel, entre autres, la globalisation des marchés, les nouvelles technologies, les variations dans les types d’emploi, la venue de gouvernements néolibéraux au pouvoir et l’adoption subséquente de législations antisyndicales, et les stratégies d’entreprises (restructurations, délocalisations). Cependant, ces analyses du déclin du syndicalisme s’intéressent peu aux effets de transition des sociétés modernes vers des sociétés de la modernité avancée ou postmodernes.
Si plusieurs des propositions de relance du syndicalisme formulées sous d’autres cieux tournent autour de la création de coalitions, de syndicalisme de mouvement social (social movement unionism) ou de syndicalisme de mouvement local (community unionism), rapprochement de la mouvance altermondialiste, etc., nul débat ne semble encore avoir été entamé en la matière au Maroc, laissant à la praxis sociale le soin de porter l’étendard des revendications hors des structures d’intermédiation traditionnelle dont les syndicats sont l’une des composantes essentielles. Ce qui n’est pas sans danger pour la stabilité du pays et la pérennité de ses institutions consacrées par la Loi suprême.  

H.T
Samedi 28 Avril 2018

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