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Le oui mais de Transparency

Au Maroc, on corrompt moins mais on corrompt encore




Le Maroc a amélioré son classement dans l'indice 2018 de perception de la corruption (IPC) rendu public ce mardi par Transparency International.
Il y a gagné 3 points, passant de 40 sur 100 points en 2017 à 43 sur 100 en 2018.
Sur les 180 pays étudiés, le Royaume est passé de la 81ème place à la 73ème place durant l'année 2018.
L'indice l’a classé au premier rang à l'échelle du Maghreb aux côtés de la Tunisie classée à la 6ème place dans le monde arabe et à la 9ème en Afrique.
A cet effet, Transparency International a mis le focus sur une mesure importante prise par le gouvernement marocain. Il s’agit en l’occurrence de l’adoption de la loi sur le droit d’accès à l’information malgré «les critiques de la société civile en raison de ses lacunes et des limites qu’elle impose», a souligné le communiqué de Transaprency Maroc distribué au début de la conférence de presse que cette ONG a organisée à Rabat.
Selon le secrétaire général de Transparency Maroc, Ahmed Bernoussi, le score du Royaume en 2018 est dû principalement à l’adoption de cette loi qui a permis au Maroc de rejoindre le Partenariat pour un gouvernement ouvert (OGP) qui constitue «un réseau comprenant des gouvernements et des organisations de la société civile engagées dans la lutte contre la corruption. Lequel partenariat est une plateforme importante composée de plus de 70 pays travaillant pour promouvoir la transparence dans le monde».
Ce score ne semble néanmoins pas satisfaire les dirigeants de cette ONG.
Selon Azzedine Akesbi, membre dirigeant de Transparency Maroc, l’IPC qui a été adopté en 1999 est basé sur la perception de la corruption à travers des panels d’experts. Les 7 agences choisissent ces panels parmi les diplomates, les universitaires, les experts comptables, etc. Lesquels sont censés connaître la situation de la corruption et être habilités à porter un jugement sur son degré sur une échelle allant de 0 à 100.
Pour les dirigeants de Transparency Maroc, cette méthodologie a ses limites et ne permet pas d’appréhender la réalité de la corruption dans un pays.
«Comment se fait-il que l’Arabie Saoudite obtienne un score de 75 sur 100 en 2018 alors que nous savons tout ce qui s’est passé dans ce pays durant cette année ?», se sont-ils interrogés.
 «Le débat au sein du mouvement de lutte contre la corruption sur les méthodologies et leurs résultats ne date pas d’aujourd’hui», a souligné Azzedine Akesbi. Et d’ajouter : «Nous considérons néanmoins le baromètre mondial de la corruption comme un indicateur important pour mesurer la corruption dans un pays. Il est basé sur des échantillons de la population et des entreprises du pays concerné. Les questionnaires adressés à ces enquêtés concernent leur expérience face à la corruption. Nous avons toujours défendu cette méthodologie, car elle permet de mieux approcher la réalité de la corruption».
Selon lui, Transparency Maroc prend avec des pincettes les résultats de l’IPC, car «nous observons, a-t-il expliqué, ce qui se passe dans notre pays. Nous observons ce qui se passe au sein de la justice, dans les marchés publics..», a-t-il déclaré en précisant qu’il y a des types de corruption que les panels les plus experts n’arrivent pas à saisir.
"Le Maroc a amélioré sensiblement son score. Mais il l'avait déjà fait par le passé et cela avait été suivi par un recul", a-t-il tempéré, ajoutant qu’outre la "petite corruption", le Royaume souffre d'une autre "corruption difficile à saisir, avec des marchés conclus dans une légalité totale, avec des situations de monopole, des délits d'initiés, des choses qui relèvent de la grande corruption».
Pour sa part, Rachid Filali Meknassi a assuré que la responsabilité de la lutte contre la corruption incombe essentiellement à l’Etat et personne n’a le droit de demander à la société civile de se substituer aux pouvoirs publics. Le rôle de la société civile, selon ce membre dirigeant de Transparency Maroc, se limite à la sensibilisation et au plaidoyer.  
Par ailleurs, le rapport de Transparency International a mis l’accent sur quatre  conditions pour progresser réellement dans la lutte contre la corruption et consolider la démocratie dans le monde. En effet, cette ONG a exhorté les gouvernements à renforcer les institutions chargées de maintenir l’équilibre des pouvoirs et de faire contrepoids au pouvoir politique, à veiller à ce qu’elles puissent fonctionner sans subir de pressions, à combler les écarts au niveau de la mise en œuvre de la législation, des pratiques et de l’application des normes destinées à la lutte contre la corruption, à soutenir les organisations de la société civile qui sont un relais en matière politique et assurent un suivi des dépenses publiques en particulier au niveau local, à soutenir les médias libres et indépendants et à garantir la sécurité des journalistes de telle sorte qu’ils puissent travailler sans faire l’objet d’intimidations ni de harcèlement.
Selon Azzedine Akesbi, la spécificité du rapport de l’année 2018 est qu’il insiste sur le rapport entre l’IPC et d’autres indicateurs qui mesurent la démocratie, la liberté d’expression et de la presse, etc. Transparency International a  conclu qu’il y avait une corrélation positive entre l’IPC et la démocratie : plus le pays est démocratique, plus le niveau de corruption y est limité, mais il peut y avoir des exceptions.

Le Maroc affiche depuis quelques années sa volonté de lutter contre la corruption et s'est doté de différents cadres pour y parvenir, lancés à grand renfort de communication.
Un numéro vert anticorruption, mis en service en 2015, présente aujourd'hui un maigre bilan avec quelques dizaines de cas de poursuites judiciaires depuis son lancement, selon des chiffres officiels.
Prévue par la Constitution de 2011 avec des pouvoirs étendus, une Commission nationale contre la corruption a été créée en octobre 2017 mais ses membres ne se sont réunis qu'une seule fois.
Egalement prévue par la Constitution, l'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, a vu le jour en juillet 2015, mais elle n'est pas encore pleinement opérationnelle.

Mourad Tabet
Jeudi 31 Janvier 2019

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