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La croissance de l'Afrique du Nord devrait atteindre 4% en 2021 et 6% en 2022

A l’horizon 2025, les niveaux d’endettement avoisineront 100% du PIB en Algérie et en Tunisie, 77 à 78% en Egypte et au Maroc et 57,9% en Mauritanie


Libé
Mercredi 10 Novembre 2021

La croissance de l'Afrique du Nord devrait atteindre 4% en 2021 et 6% en 2022

L’Afrique du Nord pourrait rapidement retrouver son niveau d'avant-pandémie si les risques sanitaires et les incertitudes à l'échelle mondiale sont éliminés, souligne un nouveau rapport de la Banque africaine de développement (BAD) assurant que les perspectives de relance sont meilleures que dans les autres régions d’Afrique.

Selon Les Perspectives économiques en Afrique du Nord 2021 de l’institution financière panafricaine, « la croissance de la région devrait ainsi atteindre 4% en 2021 et 6% en 2022 ». Elle a été en moyenne négative en 2020, à -1,1% avec une baisse de -5,1 points de pourcentage par rapport à 2019.

Dans son rapport, la Banque africaine indique que la rapidité de la reprise devrait être, en partie, induite par le rebond des prix du pétrole en Algérie et en Libye et du tourisme en Egypte, au Maroc et en Tunisie.

Selon le document présenté mercredi dernier, « la reprise devrait être également soutenue par l'amélioration de la production, la distribution de vaccins et la reprise chez les partenaires commerciaux européens.

Mais à en croire les auteurs dudit rapport, le retour de la croissance devrait être accompagné d’une rapide augmentation de l’endettement des Etats.

La Banque africaine rappelle à ce propos qu’entre 2010 et 2020, la dette publique de l’Algérie a bondi de 10,5% à 53,1% de son PIB. Ce même ratio est passé de 69,6% à 90,2% en Egypte, 43,9% à 59,5% en Mauritanie, 49% à 76,1% au Maroc et 39,2% à 87,6% en Tunisie.

Comme on s’en doute, la crise sanitaire liée à la Covid-19 a provoqué la hausse des dépenses budgétaires imprévisibles au cours de l’année écoulée, rappelle également l’institution financière dans son rapport.

Cette augmentation visait à « limiter les multiples répercussions de la crise, la baisse des recettes fiscales résultant de l’arrêt des activités économiques et l’interruption des flux d’investissement étrangers », poursuit la Banque africaine.

Notons que les pays d’Afrique du Nord ont adopté des stratégies d’endettement différentes afin de couvrir leurs besoins de financement.

Il est ainsi ressorti que « certains, comme l’Algérie et la Libye, ont privilégié le recours à l’endettement intérieur alors que la Mauritanie et la Tunisie ont massivement opté pour l’endettement extérieur. L’Egypte et le Maroc se sont endettés des deux côtés », fait savoir la BAD.

Dans ses nouvelles perspectives économiques en Afrique du Nord, la Banque africaine relève deux changements majeurs dans la structure de la dette globale en Afrique du Nord.

Le premier changement fait état d’une forte augmentation de la dette en devises étrangères qui a bondi de 88% entre 2015 et 2020. Ce qui, évidemment, expose les pays à un risque de change plus important.

Le deuxième changement fait ressortir « un accroissement des créances privées, liées notamment aux émissions d’obligations souveraines sur les marchés internationaux avec des taux d’intérêt moyens plus élevés et des maturités moins longues », constate la BAD.

Qu’à cela ne tienne, et selon les prévisions des auteurs de ce rapport, les niveaux d’endettement régionaux devraient rester soutenables à court terme.
En revanche, « à l’horizon 2025, ils avoisineront 100% du PIB en Algérie et Tunisie, serait circonscrits dans une fourchette de 77-78% du PIB en Egypte et au Maroc et de 57,9% en Mauritanie », souligne le rapport de la Banque africaine.

Il est important de préciser que ces taux d’endettement ne tiennent pas compte des difficultés financières de bon nombre d’entreprises publiques nord-africaines, qui pourraient se transformer, à terme, en engagements budgétaires à travers des garanties de l’Etat, souligne le rapport de la BAD.

La situation sanitaire n’étant pas encore totalement maîtrisée, et dans la perspective de riposter à la crise et soutenir la relance, l’institution panafricaine estime à plus de 180 milliards dollars américains les besoins financiers de la région sur la période 2021-2023.

La situation actuelle étant ce qu’elle est, la Banque africaine estime, par ailleurs, capital d’optimiser l’efficacité de la dette publique et d’en maximiser l’impact sur les populations.

« Si les pays utilisent les fonds de manière transparente et efficace pour financer des investissements productifs dans les infrastructures ou pour relancer leur économie, ils pourront facilement rembourser leur dette », explique-t-elle.

Pour la BAD, les pays de la région devraient mobiliser davantage de ressources intérieures pour combler leur besoin de financement, restructurer les entreprises publiques déficitaires, favoriser les emprunts concessionnels aux maturités plus longues et lutter efficacement contre les flux financiers illicites.

En plus de ces actions, elle estime impératif d’investir dans l’économie numérique, de soutenir l’accès au financement et le renforcement des capacités des petites et moyennes entreprises et d’approfondir les marchés obligataires nationaux. Cela devrait stimuler la reprise économique à court terme, soutient l’institution panafricaine.

Outre ces recommandations, à long terme, la BAD exhorte les pays de la région à adopter « des réformes favorisant la diversification de l'économie et des marchés, l'innovation technologique et la création d'emplois à grande échelle ainsi que la diversification des exportations, l’investissement dans des infrastructures publiques pour atténuer les disparités régionales et soutenir une croissance inclusive », souligne ledit rapport qui préconise, par ailleurs,  l’approfondissement de l'intégration régionale dans le cadre de l'accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine.

Alain Bouithy



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