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Driss Lachguar: Si Abderrahmane a été un acteur influent sur tous les événements politiques ayant marqué le parti

Si Abderrahmane est un véritable symbole du peuple qui a marqué l’histoire marocaine pendant plus d’un demi-siècle




El Youssoufi a joué un rôle important dans la promotion de la culture des droits de l’Homme dans le monde arabe

Driss Lachguar: Si Abderrahmane a été un acteur influent sur tous les événements politiques ayant marqué le parti
Le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, a toujours considéré Si Abderrahmane El Youssoufi comme une vraie école en matière de gestion et de bonne gouvernance et estime qu’il avait une place spéciale dans le cœur de tous les Marocains, même ceux qui s’opposaient à lui et qui n’étaient pas d’accord avec ses choix, ses convictions et ses positions. Après sa disparition, il a tenu à lui rendre hommage dans toutes les interviews qu’il a accordées aux différents médias marocains et étrangers.  «Je m’informais régulièrement de son état de santé. Ses amis de l’étranger m’appelaient souvent pour demander de ses nouvelles. La dernière personne à m’avoir appelé à ce sujet est le secrétaire général de l’Internationale socialiste, Luis Ayala. Si Abderrahmane fait partie des figures remarquables de son époque», avait-il notamment souligné dans un entretien accordé à TelQuel. «Il a pu vivre des épisodes très importants de son pays. Il a connu Mohammed V, a participé à la guerre de libération au sein du mouvement national et dans toute l’Afrique du Nord. Il a ensuite accompagné Feu Hassan II et a mené, à ses côtés, le gouvernement d’alternance démocratique qui a permis d’initier une nouvelle phase marquée par l’intronisation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il a dû gérer des dossiers épineux durant l’alternance. Rien n’était facile pour Abderrahmane El Youssoufi», a-t-il fait savoir, avant de préciser dans une autre interview donnée à ChoufTV : «Si Abderrahmane a vécu avec beaucoup de dignité et est mort comme un symbole de la nation». «Il suffit de voir l’attention particulière que S.M le Roi Mohammed VI a toujours portée au défunt pour se rendre compte de la grandeur de l’homme qu’il était ; un résistant et nationaliste honnête, doublé d’un homme politique intègre», a-t-il expliqué. «Sans parler de son nom qui a été donné, de son vivant, à une grande avenue de Tanger. Ce qui constitue une première puisque personne avant lui n’a jamais eu cet honneur», a-t-il ajouté.  
Prenant la parole en direct surMedi1TV, Driss Lachguar a tenu à rappeler que la disparition de Si Abderrahmane est «une grande perte non seulement pour les Ittihadis, mais également pour le peuple marocain et le mouvement socialiste et des droits de l’Homme dans le monde entier». «Si Abderrahmane était un véritable symbole du peuple qui a marqué l’histoire marocaine pendant plus d’un demi-siècle. Même les peuples d’Afrique du Nord, en particulier l’Algérie, se souviennent des services rendus par le défunt dans la lutte contre le colonialisme et les peuples arabes se souviennent aussi de ses plaidoiries dans les forums internationaux pour défendre leurs justes causes, notamment la cause palestinienne», a-t-il noté.«Nous avons, à vrai dire, perdu un homme d’Etat exceptionnel. Nous avons perdu une grande école d’éthique dans l’action politique qui a toujours donné la priorité aux intérêts du pays. Nous avons perdu une école dans la gestion de la différence. On se rappelle tous que le succès de l’expérience du gouvernement de l’alternance est dû essentiellement à sa patience malgré les multiples obstacles et les résistances auxquels il a dû faire face. Mais il  a su les surmonter tous, essentiellement grâce à son sens d’écoute», a-t-il affirmé. 
Au micro de MedRadio, le dirigeant ittihadi a estimé que Si Abderrahmanea inspiré des générations de militants et surtout forcé l’admiration de tous. «J’entendais parler de ses brillantes plaidoiries et de sa défense de l’USFP à l’étranger. A l’époque, au début des années 70, j’étais membre de la Jeunesse Ittihadie et il y avait deux tendances au sein du parti, la première appelait à militer depuis les institutions, dans le cadre de la légitimité et de la responsabilité, la deuxième estimait que pour une réelle démocratie, il fallait lutter de l’extérieur des institutions, en affrontant la force par la force. Et Si Abderrahmane a toujours fait partie des militants très calmes qui préféraient les manières pacifiques pour un vrai développement démocratique dans notre pays», a-t-il précisé.
Concernant l’influence qu’avait Si Abderrahmane sur le parti à cette époque, le Premier secrétaire a expliqué que quand le défunt est rentré au Maroc, il a rapidement été mis à l’épreuve. «En effet, je me rappelle que lorsque le parti avait pris position sur la question du référendum concernant notre cause nationale, beaucoup de membres du Bureau politique, dont Si Abderrahim Bouabid, ont été arrêtés et le parti avait connu un certain vide au niveau de sa direction. A cette époque, j’étais responsable de la gestion du procès de notre frère Abderrahim Bouabid et je devais en faire écho au sein de l’opinion publique nationale. Alors en l’absence d’une grande partie des leaders de l’USFP qui étaient emprisonnés à Misour, en plus des lourdes conséquences du retrait du Groupe parlementaire socialiste du Parlement, on peut dire que le parti était en situation de crise et les militants se demandaient s’il fallait maintenir la décision du Groupe parlementaire ou y renoncer et retourner à la Coupole. Et tout le monde se souvient du discours musclé de Feu Hassan II au Parlement, à l’époque. Mais avec la sagesse d’un vrai leader et les qualités d’un homme d’exception, Si Abderrahmane qui n’était, à l’époque, ni Premier secrétaire de l’USFP, ni vice-Premier secrétaire, avait pris les choses en main et avait réussi à gérer parfaitement cette situation de crise en parvenant à mener le parti à bon port et les membres du Groupe socialiste avaient fini par regagner leurs sièges au sein du Parlement. Si Abderrahmane a, en effet, été un acteur influent sur tous les événements politiques phares ayant marqué le parti à cette époque», a-t-il fait savoir. Et d’ajouter : «Il n’y avait pas une grande communication entre nous lors de cette étape. Lui était un des leaders du parti à l’étranger et moi j’étais un jeune militant de la Jeunesse Ittihadie. Mais on s’est rapproché à l’époque du gouvernement d’alternance, puisque Si Abderrahmane dirigeait le gouvernement et moi j’étais à la tête du Groupe socialiste au Parlement. Et il était, pour moi, une vraie école».
Abordant la manière dont El Youssoufi a vécu l’expérience de l’alternance, le leader socialiste explique quemalgré l’unanimité qui existe aujourd’hui autour de Si Abderrahmane, ça n’a pas toujours été facile et il a beaucoup souffert, que ce soit au sein ou en dehors de son parti. «Lorsqu’on a intégré le gouvernement d’alternance, on a organisé notre 6èmeCongrès et rappelez-vous les positions prises par des syndicalistes au sein du parti, des membres de la Jeunesse Ittihadie ou encore par certains journaux qui le critiquaient sévèrement. Malgré cela, et avec ses qualités de leader, il a toujours su rester calme et n’a jamais eu un quelconque esprit de vengeance. Il était au contraire ouvert aux différentes opinions même les plus injustes d’entre elles», a-t-il noté, avant d’ajouter :«Je me souviens très bien lorsque l’opposition lui adressait des propos blessants, parfois injurieux, lors des séances parlementaires, il n’a jamais répondu. Il se contentait d’aller directement au vif du sujet et de concentrer ses réponses sur le fond des interrogations».  
Questionné sur ce qu’il estime avoir appris d’El Youssoufi, sachant qu’il l’a beaucoup fréquenté au temps du gouvernement d’alternance, Driss Lachguar explique qu’il a vécu des moments difficiles qui lui ont permis de beaucoup apprendre de l’école Abderrahmane El Youssoufi. «Lors de la nomination du gouvernement de Driss Jettou qui en quelque sorte ne respectait pas la méthodologie démocratique, j’étais président du Groupe parlementaire à la Chambre des représentants et disons que je n’étais pas d’accord avec ce qui se passait. Je devais prendre la parole au nom du Groupe parlementaire pour exprimer notre soutien au nouveau gouvernement mais j’avais catégoriquement refusé. J’avais dit à Si Abderrahmane qu’une personne non convaincue par quelque chose ne pourra évidemment pas la défendre. Mais avec son éloquence persuasive, son art de convaincre et son talent d’émouvoir, il a réussi à me dissuader et j’ai fini par prendre la parole. Il m’a ensuite appelé au téléphone pour me féliciter d’avoir assumé la responsabilité et d’avoir défendu la position du parti qui, à l’époque, était en contradiction avec ma propre position», raconte-t-il. «En toute honnêteté, je peux vous dire que j’ai beaucoup appris de l’engagement de cet homme sage qui adorait sa patrie. J’ai appris de lui comment on devient un véritable homme d’Etat, comment un homme politique doit rester au-dessus des calculs politiques étriqués et faire passer les intérêts du pays avant ceux de son parti», a-t-il ajouté. 
Pour ce qui est du rôle important que le défunt a joué dans plusieurs organisations aux niveaux régional et international, le Premier secrétaire a estimé que «Si Abderrahmane était un fervent défenseur des droits de l’Homme. Il a joué un rôle important dans la promotion de la culture des droits de l’Homme dans le monde arabe à un moment où ces droits étaient considérés comme relevant de l’idéologie bourgeoise». «Il ne faut pas oublier que le défunt était l’un des fondateurs de l’Organisation arabe des droits de l’Homme», a-t-il précisé. «En outre, a-t-il ajouté, Si Abderrahmane a noué de fortes relations avec les dirigeants socialistes dans le monde entier. Quand le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, était président de l’Internationale socialiste, Si Abderrahmane était vice-président de cette organisation internationale. Le secrétaire général du Front des forces socialistes, dont Si Abderrahmane, malgré son état de santé, avait tenu à assister aux funérailles de son leader historique, Hussein Ait Ahmed, mort il y a trois ans, m’a appelé pour exprimer au nom du peuple algérien et au nom du Front des forces socialistes la douleur qu’ils ressentent pour la perte de ce grand militant». «Force est de constater que Si Abderrahmane était considéré comme l’un des principaux contributeurs à la révolution algérienne. C’est pourquoi il était un ami de tous les dirigeants historiques de l’Algérie, dont la plupart sont aujourd’hui décédés», a-t-il conclu. 

M.O
Mercredi 8 Juillet 2020

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