L'USFP tient son cap entre exigence démocratique et ambition nationale
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La démocratie interne, un modèle revendiqué
C'est d'emblée sur la question des candidatures que Driss Lachguar a planté le décor, apportant l'éclairage le plus attendu de cette journée. Dans un paysage politique marocain où les validations des candidatures se négocient souvent dans l'opacité et les arrangements de coulisses, le Premier secrétaire a tenu à affirmer avec netteté la singularité de la démarche ittihadie : «Notre approche dans la gestion des candidatures est transparente, loin des atmosphères équivoques de la logique des couloirs et des coulisses». Une déclaration qui sonne comme une prise de position franche, presque provocatrice dans sa clarté, et qui fixe d'entrée le ton d'un discours ancré dans les principes.
Pour illustrer concrètement cette philosophie, Lachguar a évoqué le cas du parlementaire de Kelaat Sraghna, Noureddine Aït El Haj, qui avait choisi de ne pas se représenter. Le parti n'a accepté ce retrait qu'après que le parlementaire eut lui-même proposé une alternative approuvée à l'unanimité par l'organisation provinciale — un cas d'école en matière de renouvellement démocratique assumé. Il a également salué la désignation par consensus de Mohamed Mellal, membre du Bureau politique, dans la province d'Essaouira, soulignant que la direction nationale s'engage pleinement à honorer les décisions émanant de la base militante.
Nous avons contribué à désamorcer des tensions sociales sans jamais verser dans l'oppositionCette logique s'est traduite par une liste préliminaire de candidats pour plusieurs provinces de la région : Mohamed Mellal à Essaouira, Mohamed Ijdiya à Safi, Hamid El Akroud à Rehamna, Abdessamad Akdach à Chichaoua et Ahmed Taoumi à Kelaat Sraghna. Pour d'autres provinces, dont Marrakech, Al Haouz et Youssoufia, les discussions se poursuivront au sein des instances partisanes, avec une attention particulière portée à la représentation des femmes et des jeunes.
nihiliste
Un bilan parlementaire qui force le respect
Avant d'aborder les critiques envers le gouvernement, Driss Lachguar a tenu à rendre hommage au Groupe parlementaire de l'USFP, dont la performance contraste saisissement avec sa taille modeste. Fort de seulement trente-cinq membres, le Groupe socialiste-Opposition ittihadie se hisse pourtant au premier rang des formations parlementaires en matière de propositions de lois et d'exercice du contrôle et de la responsabilisation. Le Premier secrétaire a salué une «opposition responsable» qui a contribué à désamorcer des tensions sociales sans jamais verser dans «l'opposition nihiliste». Ces mots, choisis avec soin, dessinent la ligne de crête sur laquelle l'USFP entend avancer: critique sans démagogie, vigilance sans stérilité.
Dix engagements, zéro bilan complet
C'est sur le terrain de l'évaluation du bilan gouvernemental que le discours de Driss Lachguar a pris sa dimension la plus incisive. Avec la méthodologie rigoureuse d'un opposant qui sait manier les faits avec autant de précision que de conviction, le Premier secrétaire a passé au crible les dix engagements contractés par le gouvernement devant le Parlement, pour conclure sans ambages: «Il n'existe aucun engagement gouvernemental dont on peut dire qu'il a été pleinement réalisé». Sept d'entre eux n'ont connu aucune concrétisation formelle, trois ont été partiellement honorés — et encore, à la faveur des Hautes Orientations Royales plutôt que d'une action gouvernementale autonome.
Le tableau dressé est saisissant dans sa précision. Le taux d'activité des femmes, censé progresser, a, au contraire, reculé à 19%. Les inégalités territoriales, que le gouvernement s'était engagé à ramener sous le seuil de 39%, atteignent aujourd'hui 59,3% — un écart vertigineux qui illustre la distance abyssale entre les promesses et les réalités vécues. La réforme de l'enseignement piétine, l'officialisation effective de l'amazigh demeure au stade du projet, et la pression inflationniste continue de ronger le pouvoir d'achat d'une classe moyenne qui s'effrite. «Ce phénomène a même touché la classe moyenne, dont certaines franges commencent à reculer», a alerté Lachguar, pointant une régression sociale silencieuse mais profonde.
Nuançant néanmoins son propos avec la hauteur de vue qui caractérise la tradition ittihadie, le Premier secrétaire a reconnu certaines avancées réelles, notamment l'élargissement de la couverture médicale, la hausse de l'investissement public et les niveaux record d'investissements directs étrangers — des acquis qu'il attribue cependant aux Orientations Royales plutôt qu'à l'initiative gouvernementale. Ces succès, aussi réels soient-ils, «ne se reflètent pas dans le quotidien des citoyens», qui font face à la cherté des prix et aux défaillances persistantes des services de base.
Le monde en crise, le parti en éveil
Le Congrès n'aurait pas été fidèle à la vocation internationaliste de l'USFP s'il n'avait pas pris position sur les grandes crises qui secouent le monde. Driss Lachguar a condamné avec fermeté ce que subit le peuple palestinien, en tenant le gouvernement israélien d'extrême droite pour responsable de l'escalade. Mais au-delà de la condamnation de principe, c'est sur la question de la méthode — comment défendre efficacement la cause palestinienne— que le Premier secrétaire a livré une réflexion d'une lucidité remarquable, tranchant avec les postures habituellement convenues.
Son raisonnement est implacable dans sa logique : plaider pour la Palestine en interne n'a pas de sens, car les deux interlocuteurs naturels que sont S.M le Roi et le gouvernement ne constituent pas les bons destinataires de ce plaidoyer — et pour des raisons diamétralement opposées. Sa Majesté le Roi, a-t-il rappelé, est déjà l'un des plus ardents défenseurs de la cause palestinienne sur la scène internationale. Quant au gouvernement, Lachguar a pointé avec une ironie édifiante la contradiction de certains de ses membres qui, tout en brandissant aujourd'hui des slogans populistes sur la Palestine, n'ont pas toujours fait preuve de la même ardeur militante lorsque des décisions lourdes de sens ont été prises sur ce dossier par le passé. Plaider devant eux serait donc non seulement vain, mais relèverait d'une forme de naïveté politique inexcusable.
La réforme de l'enseignement piétine, l'officialisation effective de l'amazigh demeure au stade du projet et la pression inflationniste continue de ronger le pouvoirC'est pourquoi, a-t-il conclu, l'arène véritable du combat pour la Palestine se situe ailleurs: « Nous considérons que le plaidoyer pour la cause palestinienne est la responsabilité des partis, des syndicats et des associations de la société civile devant la communauté internationale». Une position qui ne traduit ni désengagement ni frilosité, mais au contraire une vision stratégique assumée : porter la voix de la Palestine là où elle peut réellement peser, c'est-à-dire sur la scène multilatérale mondiale, au sein des organisations internationales et des réseaux progressistes — précisément là où l'USFP a su, ces dernières années, conquérir une présence et une influence croissantes.
d'achat d'une classe moyenne qui s'effrite
Marrakech, ville-miroir d'un parti en mouvement
C'est dans ce cadre que les autres voix du congrès sont venues enrichir et compléter la vision tracée par le Premier secrétaire. Choisir Marrakech pour tenir ce congrès régional n'est pas un acte anodin. Capitale du Sud, carrefour de civilisations et symbole de la résilience marocaine — une région encore marquée par les cicatrices du séisme d'Al Haouz et des inondations de Safi —, la ville incarne à bien des égards les contradictions et les défis que l'USFP entend affronter de front. C'est dans ce contexte que le secrétaire régional du parti, Abdesslam Karim, a souligné que ce congrès se tient «dans une atmosphère de mobilisation et de responsabilité», avant d'évoquer avec gravité les inégalités territoriales persistantes et les conséquences dramatiques des catastrophes naturelles qui ont frappé la région. Il a également dénoncé l'effondrement du pouvoir d'achat, la progression du chômage et la propagation de la corruption comme autant de symptômes d'une gouvernance défaillante.
Abdelhak Andalib, président du comité préparatoire du congrès, a pour sa part rappelé que ce 3ème Congrès régional s'inscrit dans la dynamique organisationnelle enclenchée à l'issue du 12ème Congrès national, avec pour boussole le renforcement de l'identité partisane et la préparation rigoureuse aux batailles politiques à venir. Il a insisté sur la nécessité d'un surcroît de cohésion et de solidarité militantes face aux échéances qui se profilent.
La confiance renouvelée, le chemin tracé
La journée s'est conclue sur une note de continuité et de dynamisme. Le congrès a adopté les rapports moral et financier après discussion approfondie, entériné les documents de travail et renouvelé sa confiance en Abdesslam Karim pour un second mandat à la tête du secrétariat régional.
Mais le moment le plus chargé d'émotion a été celui de la cérémonie de reconnaissance, au cours de laquelle Driss Lachguar a remis personnellement des distinctions honorifiques à des militantes et militants de longue date issus des différentes provinces de la région — Saïda El Ouadi, Salah Belkadi, Moulay Ahmed Chebbayak, Noureddine Charqaoui, Abdelkabir Haddad, El Haj El Houssin Afnan et Mohamed El Mechrafi. Des noms qui incarnent des décennies de combat discret mais essentiel, et dont la reconnaissance publique dit quelque chose de fondamental sur ce que l'USFP veut être : un parti qui n'oublie pas les siens.
En refermant ce 3ème congrès régional, l'Union Socialiste des Forces Populaires envoie un message clair à l'opinion publique marocaine. Dans un contexte de désenchantement politique et de défiance envers les institutions, l’USFP revendique une identité singulière — celle d'un parti qui pense, qui critique, qui combat, mais qui ne cède jamais au nihilisme ni à la démagogie. Un parti qui, dans ses derniers mots aux congressistes, appelle par la voix de son Premier secrétaire les citoyens à assumer leur responsabilité et à s'engager dans «une véritable bataille de reddition des comptes». Le chemin est long. Mais Marrakech, ce samedi, a prouvé que la caravane ittihadie est toujours en marche.
Mehdi Ouassat








