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Un round décisif… ou un simple rituel de fin de mandat ?
Tous les médias convergent: cette session pourrait être la dernière avant les prochaines échéances électorales. Un timing qui n’est pas anodin.
D’un côté, le gouvernement cherche à consolider un bilan social marqué par un effort budgétaire important estimé à plus de 45 milliards de dirhams sur la période 2022-2026.
De l’autre, syndicats et patronat abordent ce round avec des attentes divergentes, voire opposées. Mais derrière cette apparente dynamique, une question s’impose: s’agit-il d’un véritable moment de négociation… ou d’un exercice politique de clôture de mandat ?
Pouvoir d’achat vs compétitivité : un conflit de modèles
Le cœur des tensions reste inchangé. Les syndicats placent au centre des revendications la hausse des salaires, la protection du pouvoir d’achat et l’application des accords précédents. Quant au patronat, à travers la CGEM, il insiste sur la compétitivité des entreprises et la soutenabilité économique dans un contexte international incertain.
Ce clivage ne relève pas d’un simple désaccord technique. Il traduit une opposition structurelle entre deux visions de l’économie: une logique sociale redistributive et une autre logique de croissance tirée par l’entreprise. ,Le dialogue social devient ainsi un espace de confrontation entre ces deux rationalités… sans véritable arbitrage clair.
Méfiance syndicale à juste titre
L’un des éléments les plus saillants mis en avant est le climat de méfiance. L’absence d’un ordre du jour clair, le report de réunions préparatoires ou encore les incertitudes sur les priorités alimentent un sentiment de flou. Ce déficit de lisibilité n’est pas anodin.
Il révèle une crise plus profonde: celle de la confiance dans la capacité de l’Etat à structurer un véritable compromis social. Dans ce contexte, le dialogue social risque de se transformer en simple espace de gestion des frustrations, plutôt qu’en lieu de décision.
Des réformes structurelles toujours en suspens
Malgré leur caractère central, plusieurs dossiers restent bloqués (réforme des retraites, refonte du Code du travail et généralisation de la protection sociale). Ces chantiers, régulièrement évoqués, peinent à aboutir.
Le problème n’est donc pas l’absence de sujets… mais l’incapacité à les trancher. Comme lors des précédents rounds, le dialogue social semble produire des annonces, des engagements mais peu de transformations structurelles concrètes.
Un dialogue social sous contrainte politique
Ce round d’avril intervient dans un contexte particulier, à savoir la fin du mandat gouvernemental, la pression inflationniste sur les ménages et la montée des attentes sociales.
Cette configuration crée une tension forte quant à répondre aux revendications sociales sans compromettre les équilibres économiques. Mais elle introduit surtout une logique politique implicite: éviter les décisions coûteuses ou impopulaires avant les élections. Le dialogue social devient alors un outil de stabilisation politique, plus qu’un levier de réforme.
Que faut-il attendre du prochain round de négociation ?
Pour être lucide dès le départ, attendre une transformation profonde de ce round serait probablement irréaliste. Le dialogue social au Maroc fonctionne rarement comme un espace de rupture; c’est plutôt un mécanisme d’ajustement progressif sous contrainte politique et budgétaire. Donc, au lieu d’attendre de “grandes réformes”, il est plus pertinent de définir des seuils réalistes d’évaluation — autrement dit, ce qui constituerait un minimum crédible… et ce qui signalerait un échec.
Seuil minimal (le plus probable : stabilisation sociale
C’est le scénario le plus réaliste. On peut s’attendre à quelques mesures sur le pouvoir d’achat (ajustement du SMIG/SMAG, primes sectorielles), des engagements réitérés sur la protection sociale et un discours de consensus sans décisions structurantes.
Ce seuil ne transforme rien en profondeur, mais il permet d’éviter une montée des tensions sociales et de donner un signal politique à l’approche des élections. C’est un dialogue de gestion, pas de transformation.
Seuil intermédiaire (crédible mais incertain) : compromis ciblé
Ici, on entre dans un scénario plus ambitieux mais encore plausible. Cela impliquerait un accord partiel sur la réforme des retraites (même limité), une feuille de route claire pour le Code du travail et des avancées concrètes sur la négociation collective. Ce qui engage une temporalité plus précise (calendrier, étapes) et une responsabilisation des acteurs.
Ce seuil marquerait un passage du symbolique vers l’opérationnel. Mais attention, historiquement, ce type d’engagement est souvent annoncé… puis reporté.
Seuil élevé (peu probable): refondation du contrat social
Ce serait un vrai tournant. Il supposerait une redéfinition claire du partage de la valeur (Etat /entreprises/salariés), une réforme assumée et structurée des retraites, une révision du Code du travail intégrant les mutations (informel, plateformes, etc.) et un mécanisme institutionnel durable de dialogue territorialisé.
Pourquoi c’est peu probable ? Vu le coût politique élevé, les contraintes budgétaires et la proximité des échéances électorales. Ce seuil nécessite une volonté politique forte, rarement observée dans ce type de séquence.
Seuil critique (échec): rupture de confiance
Il faut aussi envisager le scénario négatif. Les signes d’échec seraient l’absence d’accord concret, le durcissement du discours syndical, la multiplication des mouvements sociaux et la perception d’un dialogue “vide”.
Ce qui est en jeu ici ce n’est pas seulement un round raté, mais une érosion durable de la crédibilité du dialogue social.
En somme, le seuil réaliste à attendre est un compromis de stabilisation avec quelques concessions sociales visibles. Le vrai test: y a-t-il un calendrier précis? Y a-t-il des mécanismes de suivi? Et y a-t-il un partage clair des responsabilités ? Sans cela, même un accord “ambitieux” restera… symbolique.
Hassan Bentaleb










