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Covid ou pas. L'emprunt à l'international devenu sport national


19,3 milliards de dollars est le montant total de la dette extérieure du Maroc à fin août 2020, soit 178 milliards de DH. Un montant qui lui vaut la deuxième place au sein des pays du Moyen-Orient et d’Afrique les plus endettés auprès des institutions de la Banque mondiale. L’Egypte arrive en tête avec 23,4 milliards de dollars selon le classement établi par le magazine américain Forbes (édition du Moyen-Orient).

La Tunisie arrive en troisième place avec 10,8 milliards de dollars suivie de la Jordanie (7,5 MM$) et de l’Algérie (5.8 MM$). Au cinquième rang, il y a l’Irak suivi du Liban, de la Syrie et d’Oman. Au total, 10 pays de la région Mena ont emprunté près de 77,6 MM$.

Pour plusieurs observateurs marocains, le classement du Maroc à la 2ème place n’a rien de surprenant puisque l’emprunt à l’international est devenu la recette préférée du Royaume durant ces dernières années, avant même le contexte de crise lié au Covid-19, pour faire face à ses besoins en devises.

Selon Hicham Attouch, professeur d’économie à l’Université Mohammed V à Rabat, cette démarche à l’international est devenue récurrente, voire une quasi-habitude. La Cour des comptes a indiqué récemment que l'encours de la dette du Trésor a plus que doublé depuis 2009 passant de 345,177 milliards de dirhams (MMDH) à 747,996 MMDH en 2019, soit un taux annuel moyen de progression de 8% sur ladite période.

Par conséquent, le ratio de la dette s'est établi à 65,4% du Produit intérieur brut (PIB), en quasi-stabilité par rapport au niveau atteint en 2018, représentant un écart de 5,4 points par rapport à l'objectif gouvernemental d'atteindre un niveau d’endettement de l’ordre de 60% annoncé dans le cadre du programme gouvernemental 2017-2021 qui devient de plus en plus difficile à atteindre.

En 2019, la dette extérieure a atteint, pour sa part, 161,499 MMDH contre 147,983 MMDH une année auparavant, soit une augmentation de 13.516 MMDH (9,1%). Quant à la dette intérieure, elle est en progression de 2,1% par rapport à 2018. Elle s'est établie à 586,497 MMDH, soit 78,4% de l’encours de la dette.

Cette situation est due au fait que la gestion active de la dette a montré ses limites. En effet, le Maroc a été contraint de s’appuyer sur l’international pour résoudre ses problèmes de dette puisque le marché intérieur n’a pas été la solution idéale vu son incapacité à réponde aux besoins en devises.

Du coup, l’endettement extérieur a pris son envol et continue à alourdir le budget de l’Etat d’autant que ces dettes ne sont pas destinées à l’investissement. En conséquence, le Maroc vit à présent une situation de surendettement et il cherche encore à s’endetter davantage. Hicham Attouch va plus loin. Il estime que notre pays ressemble à une personne qui s’est auto-étranglée vu le niveau de l’endettement qui demeure colossal dans une conjoncture internationale marquée par des aléas. « Un pays en bonne santé fiscale comme la Grèce s’est trouvé, du jour au lendemain, dans une situation de quasifaillite alors qu’il avait l’appui de l’UE. Il ne faut pas sous-estimer la question de l’endettement d’autant qu’il a atteint un taux très élevé au Maroc.

Il faut également penser à orienter les investissements vers le social (santé, éduction...) puisque ces derniers se font davantage dans l’infrastructure alors que ces secteurs sociaux font la différence», nous avait-il déclaré dans une précédente édition. Le contexte de crise lié au Covid-19 a complexifié davantage la situation avec un déficit budgétaire de 43,5 milliards de dirhams à fin août 2020, contre 33,8 milliards de dirhams au cours de la même période un an auparavant, selon la Trésorerie Générale du Royaume (TGR).

En effet, les recettes ordinaires brutes ont baissé de 0,1%, à 160,5 milliards de dirhams, contre une hausse des dépenses ordinaires émises de 2,3% à 163 milliards de dirhams, soit un solde ordinaire négatif de 2,5 milliards de dirhams. Le repli des recettes s’explique par la baisse des impôts directs de 3,8%, des droits de douane (5,3%), des impôts indirects (9,3%) et des droits d’enregistrement et de timbre (21,3%), conjuguée à l’augmentation des recettes non fiscales (56,1%).

Aujourd’hui, nombreux sont les experts qui tirent la sonnette d’alarme et appellent à la réduction de la dette du Trésor à moins de 60% du PIB d’ici 2021 et au désendettement vis-à-vis des institutions internationales publiques et privées afin de préserver la souveraineté économique du pays.

Dans ce sens, ils exigent l’efficacité des dépenses publiques et le renoncement aux dépenses sans effets ou résultats macroéconomiques. Ils recommandent également la régulation de l’investissement à travers le choix des investissements publics rentables et l’orientation des investissements des Marocains ou des IDE vers les secteurs productifs.

Hassan Bentaleb

​Hassan Bentaleb
Dimanche 4 Octobre 2020

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