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Prenant la parole, après l'intervention introductive de l'ancien président Issoufou, Khaoula Lachguar a centré son propos sur le financement du développement et les réformes nécessaires de l'architecture financière internationale.
Un diagnostic ancré dans les faits
Mme Lachguar a entamé son intervention par un constat chiffré : pour chaque dollar reçu en aide au développement, deux dollars quittent le continent africain — en flux financiers licites ou illicites (évasion fiscale, rapatriements de profits, etc.). "Ce n'est pas un problème d'aide", a-t-elle dit. "C'est un problème de système."
Elle a rappelé que l'Afrique fait face à un déficit de financement colossal pour son développement. Pour elle, c'est bien là le paradoxe : "Alors que nous cherchons des capitaux à l'extérieur, notre épargne intérieure est immense. Nous disposons d'une épargne domestique qui ne demande qu'à être mobilisée. Mais aujourd'hui, cette épargne peine à être canalisée vers l'investissement productif sur le continent. Nous finançons le développement des autres alors que nos propres projets manquent de ressources. "
Elle a évoqué à ce titre la nouvelle architecture financière africaine, qui vise à transformer les risques et réduire la dépendance structurelle à l'égard de la perception extérieure. Car aujourd'hui, l'injustice est double. Non seulement l'Afrique peine à mobiliser ses propres ressources, mais elle subit une "taxe de perception" quand elle emprunte sur les marchés mondiaux. En effet, trois agences de notation décident du risque africain selon leurs propres biais.
La vice-présidente de l’IS a illustré son propos par un exemple concret : en 2024, le Kenya a emprunté sur les marchés internationaux à un taux de 9,75%, quand l'Allemagne empruntait simultanément à 2,5%. Un écart qui ne reflète pas nécessairement une différence de gestion économique, mais largement la perception du risque africain telle que la construisent trois agences de notation américaines. "C'est comme si votre banquier fixait le taux de votre prêt non pas selon votre situation réelle, mais selon le quartier dans lequel vous habitez."
Elle a rappelé qu'au Kenya, en 2023, le service de la dette a dépassé les dépenses de santé — illustration concrète des arbitrages impossibles auxquels sont confrontés les Etats africains.
Une interpellation directe à la famille progressiste
La partie la plus remarquée de son intervention a consisté à interpeller directement l'auditoire du GPM sur la cohérence de ses propres engagements.
Khaoula Lachguar a relevé que le même jour, à Barcelone, des sessions du GPM étaient consacrées à la taxation des super-riches, avec la participation de Stefan Löfven, président du PES, ou de Gabriel Zucman, spécialiste de la fiscalité internationale. D'autres appelaient à augmenter les salaires, renforcer les services publics, stopper la spéculation. "Ce sont nos valeurs. Ce sont nos combats. Et nous avons raison de les mener."
Ensuite elle a soulevé des questions centrales : "Ces combats s'arrêtent-ils aux frontières de l'Europe?" Quand les progressistes défendent la taxation des multinationales, pensent-ils aussi à celles qui extraient les ressources africaines et rapatrient leurs profits ailleurs ? Quand ils défendent le pouvoir d'achat, pensent-ils aux travailleurs de Dakar ou Nairobi, dont les Etats sont contraints d'arbitrer entre remboursement de la dette et financement des services publics ? Quand ils invoquent la justice distributive, l'appliquent-ils aussi aux institutions qui gouvernent l'économie mondiale ?
"Si les réponses sont négatives, alors nous ne défendons pas la justice. Nous défendons notre confort."
Trois exigences concrètes
Mme Lachguar a formulé trois exigences, présentées comme des applications cohérentes des valeurs progressistes à l'échelle mondiale :
La Justice fiscale sans frontières : les recettes de la taxation internationale des multinationales doivent bénéficier aussi aux pays où les ressources sont extraites, et non exclusivement aux économies avancées.
Le droit au développement comme droit social universel : réformer les agences de notation, créer un mécanisme multilatéral de restructuration de la dette, et réallouer réellement les droits de tirage spéciaux, dont moins de 5% ont bénéficié à l'Afrique subsaharienne lors de l'allocation de 650 milliards de dollars décidée en 2021.
La réforme de la gouvernance financière mondiale : l'Afrique représente 17% de la population mondiale et moins de 5% des droits de vote au FMI. "Nous défendons la démocratie partout dans le monde. Elle doit aussi valoir dans les institutions qui gouvernent l'économie mondiale."
Khaoula Lachguar a conclu son intervention par cette formule : “On ne peut pas être progressiste à domicile et conservateur à l'international. L'Afrique n'a pas besoin de charité. Elle a besoin de cohérence."
Par la précision de son argumentation et la clarté de ses exigences, la représentante de l'USFP a contribué à ancrer ce panel dans les débats de fond qui ont traversé l'ensemble du GPM 2026.










