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Amine Mernissi : Les détenteurs de crédits immobiliers concernés par la variabilité du taux d’intérêt doivent s ’ attendre à une hausse prochaine de leur traite


Alain Bouithy
Jeudi 6 Octobre 2022

L'année 2023 amorcera une nouvelle page pour le secteur immobilier national

Amine Mernissi : Les détenteurs de crédits immobiliers concernés par la variabilité du taux d’intérêt doivent s ’ attendre à une hausse prochaine de leur traite
Suite à la décision prise par Bank Al-Maghrib de relever son taux directeur à 2%, les détenteurs de crédits immobiliers en cours et qui ont choisi un taux d’intérêt variable doivent s’attendre à une hausse prochaine de leur traite, selon l'expert en immobilier Amine Mernissi. « La décision de Bank AlMaghrib de relever son taux directeur à 2% aura pour première conséquence sur les détenteurs de crédits immobiliers en cours et ayant choisi un taux d’intérêt variable, de s’attendre à une hausse prochaine de leur traite », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à la MAP rappelant que c’est le principe même du choix du taux variable et que « s’il est plus bas que le taux fixe, c’est en raison de la prime de risque ». Comme cela a été vu par le passé, « lorsque le taux directeur de la Banque centrale évolue à la hausse ou à la baisse, cela se traduit par une hausse ou une baisse des taux d’intérêt appliqués aux emprunteurs qui avaient opté pour la variabilité », a expliqué l’auteur du guide "Répons’IMMO". « A la différence du taux fixe qui, comme son nom l’indique, n’est pas concerné par les variations du taux directeur et reste constant sur toute la durée du crédit », a-t-il ajouté précisant qu’il est permis de changer une fois de type de taux dans la vie de son crédit. Pour mieux comprendre l’impact de la décision de Bank Al-Maghrib sur ce secteur, Amine Mernissi rappelle qu’on augmente le taux d’intérêt pour faire pression sur l’inflation et que « lorsque les taux directeurs augmentent, moins de liquidités sont octroyées à l’économie et in fine au secteur immobilier ». Sachant que les banques commerciales empruntent directement de l’argent auprès de la Banque centrale pour couvrir leurs besoins financiers les plus immédiats, « si la Banque centrale leur impose des taux plus élevés, elles augmentent à leur tour les taux qu’elles proposent aux ménages qui ont besoin d’emprunter pour investir dans un bien immobilier, par exemple », a-t-il souligné lors de cet entretien. En conséquence de tout cela : « Tout nouveau crédit immobilier octroyé devrait subir une hausse relative de son taux d’intérêt suite à cette décision », a fait savoir l’expert. Considérant le pouvoir d’achat des ménages marocains déjà bien entamé, Amine Mernissi a estimé qu’« une hausse des taux d’intérêt des crédits immobiliers n’est pas de nature à favoriser un climat propice à l’investissement et donc au redémarrage du marché ». Ce n’est pas tout. Ce dernier craint en outre que « cette situation difficile générée par une hausse attendue du montant de la traite pour ceux qui sont concernés par la variabilité du taux, puisse dans le contexte difficile que nous vivons, conduire les plus vulnérables économiquement à mettre en vente leur bien immobilier plutôt que se retrouver en défaut de paiement et toutes les conséquences que cela pourrait engendrer ». Sur l’état de santé actuel du marché immobilier national, Amine Mernissi constate que l’un des derniers indicateurs trimestriels de BAM et de l’ANCFCC au titre du deuxième trimestre 2022 « montre clairement une régression à deux chiffres des transactions sur une année glissante pour les actifs résidentiels (-20,4%) et les terrains (-37,7%) ». S’il est encore tôt pour se prononcer sur l’éventuel retrait des acquéreurs du marché, l’expert estime que « l'ampleur de la baisse est telle qu’elle mérite d’être soulignée ». Aussi, « après un sursaut post-Covid en 2021, et à la faveur d’un effet de rattrapage naturel et de mesures fiscales incitatives qui sont désormais derrière nous, le marché de l’immobilier se retrouve en 2022 face à sa propre réalité. Une réalité marquée par des problèmes endogènes depuis des années et à laquelle est venue s’ajouter une autre réalité cette fois-ci exogène, celle de la crise ukrainienne et tous ses soubassements économiques mondiaux », a-t-il fait remarquer. Amine Mernissi s’inquiète aussi de la généralisation et de la montée du phénomène inflationniste à l’ensemble des pans de l’économie nationale et sa conséquence le pouvoir d’achat des ménages, de « la hausse des prix des matériaux de construction dans leur majorité qui fatalement impacteront directement le prix des actifs immobiliers nouvellement construits ». Sur l’évolution à venir du marché immobilier au Maroc, Amine Mernissi se veut rassurant : «Moi, je voudrais me rattacher malgré les signaux négatifs à ce qui est positif », a-t-il confié. Pour l'expert en immobilier, il ne fait aucun doute que les choses sont en train de bouger dans le bon sens. « L'année 2023 sera décisive. Car elle amorcera une nouvelle page pour le secteur immobilier national », a-t-il prédit. Quoi qu’il en soit, « la nécessité de se projeter dans l’avenir avec une vision et un projet neuf que tout le monde réclamait se dessine pour le secteur », a-t-il conclu. 


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