Alexandre de Moraes. Le puissant juge brésilien honni par Musk


Libé
Mercredi 17 Avril 2024

Alexandre de Moraes. Le puissant juge brésilien honni par Musk
Puissant, clivant et implacable, Alexandre de Moraes mène depuis la Cour suprême du Brésil une croisade contre la désinformation qui l'a mis aux prises avec l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro et, depuis peu, le magnat Elon Musk.
Une source proche du magistrat assure que M.Moraes a "encore des ambitions politiques". Et pourquoi pas "devenir président", même si l'intéressé ne l'a jamais évoqué publiquement
Chauve au crâne lisse qui brille sous les projecteurs, sourcils épais, regard sévère: son physique contribue à son image de juge à poigne. Mais en coulisses, ce magistrat de 55 ans qui préside également le Tribunal supérieur électoral (TSE) est décrit comme un homme plein d'humour.

Pour Elon Musk, c'est un "dictateur" qui muselle la liberté d'expression. Depuis le 6 avril, le patron de Tesla et SpaceX multiplie les attaques contre lui sur sa plateforme X (anciennement Twitter). Il a menacé de ne plus respecter ses ordres judiciaires.

"Xandao", comme il est surnommé au Brésil, a réagi en ordonnant l'ouverture d'une enquête contre lui, évoquant une supposée "instrumentalisation criminelle de X".
Dans un pays très polarisé, certains accusent ce juge de censure et d'abus de pouvoir, tandis que d'autres louent sa défense intraitable de la démocratie, face aux attaques répétées de Jair Bolsonaro et ses partisans contre les institutions.

Pourtant, rien ne semblait prédestiner ce spécialiste de droit constitutionnel à devenir la bête noire de l'extrême droite brésilienne.
Alexandre de Moraes a été nommé à la Cour suprême en 2017 par l'ex-président de centre-droit Michel Temer (2016-2018), dont il a été ministre de la Justice.

Et lors de son passage en tant que secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Sao Paulo, entre 2015 et 2016, il était critiqué par la gauche, qui l'accusait de réprimer les mouvements sociaux.
"C'est un animal politique", dit à l'AFP Antonio Carlos de Freitas, expert en droit constitutionnel, qui décrit une "ascension météorique" jusqu'à la plus haute juridiction du pays.

"Il a de bonnes relations dans plusieurs sphères, y compris avec les militaires", confie une source au sein du TSE.
En juin 2023, la justice électorale présidée par Alexandre de Moraes a déclaré Jair Bolsonaro inéligible pour huit ans pour avoir propagé de fausses informations sur le système électoral brésilien.

Aujourd'hui, il reste en charge des enquêtes les plus sensibles visant l'ancien chef d'Etat (2019-2022).
L'une d'entre elles porte sur un supposé projet de coup d'Etat fomenté pour éviter le retour au pouvoir de Luiz Inacio Lula da Silva, qui l'a battu lors du scrutin d'octobre 2022.
Ce plan prévoyait, selon les enquêteurs, l'arrestation d'Alexandre de Moraes.

Une autre enquête sous la responsabilité de ce magistrat tente d'établir si l'ex-président a été l'instigateur des émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia, quand des milliers de ses sympathisants, refusant d'accepter la victoire de Lula, ont saccagé les lieux de pouvoir.

Le juge Moraes avait déjà ordonné l'ouverture d'enquêtes contre M. Bolsonaro et ses proches quand celui-ci était président, ce qui lui a valu d'être traité de "canaille" par l'intéressé en 2021.
"Il est devenu l'ennemi des bolsonaristes (...) en s'attaquant à la désinformation", estime Antonio Carlos de Freitas.
Au nom de la lutte contre l'infox, le magistrat a ordonné le blocage de comptes de figures influentes des mouvements ultra-conservateurs brésiliens sur les réseaux sociaux.

Elon Musk a insinué récemment qu'il allait les débloquer. Mais il n'est pas, pour l'heure, passé à l'acte. Mieux: les représentants de X au Brésil ont fait savoir au juge Moraes qu'ils se plieraient aux décisions de la justice brésilienne, dans une lettre datée du 13 avril et consultée mardi par l'AFP.

Le bras de fer a inspiré des plaisanteries d'internautes espérant qu'il se transforme en véritable combat sur un ring, comme celui qui était censé opposer M. Musk au patron de Meta, Mark Zuckerberg, mais n'a finalement jamais vu le jour.
Le juge Moraes aurait des arguments à faire valoir: il est pratiquant assidu de muay-thaï.

Avare en commentaires dans la presse ou sur son compte X intitulé "@Alexandre", qui dénombre un million d'abonnés, le magistrat préfère s'exprimer lors de séances de la Cour suprême.
"La liberté d'expression n'est pas une liberté d'agression", a-t-il tonné la semaine dernière.


Lu 621 fois


Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.











Inscription à la newsletter



services