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Abdellatif Reffoua, président de l'Observatoire marocain des prisons

La DGAPR a agi avec diligence pour limiter la propagation du virus au sein des établissements pénitentiaires




Abdellatif Reffoua, président de l'Observatoire marocain des prisons
Le premier foyer de contamination en milieu carcéral qu'a connu le pénitentier d'Ouarzazate n'a pas été sans interpeller suscitant une grosse frayeur.
Fort heureusement le mal aura été pratiquement
circonscrit d'autant qu'une large campagne de dépistage a concerné tous les autres établissements  pénitenciaires du pays. Qu'en pense Abdellatif Abdellatif Reffoua,
président de l'Observatoire marocain des prisons (OMP) ? Et quelles sont les propositions dont cette ONG a fait part depuis le début  de cette crise  sanitaire ? Entretien


Libé : La prison locale de Ouarzazate est devenue le premier foyer de propagation du Covid-19 en milieu carcéral, comment réagissez-vous à ce que s’est passé dans cet établissement pénitentiaire ?
Abdellatif Reffoua : Tout d'abord, ce qui s'est passé dans la prison de Ouarzazate est fort préoccupant. Mais vu que ce virus  se propage d'une manière rapide à travers le Royaume, il était inéluctable que les établissements pénitentiaires soient touchés par cette pandémie. Pour cela, nous avons, dès le début, tiré la sonnette d’alarme pour murer ces établissements contre le Covid-19. Et malgré les importantes  mesures de prévention prises par la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), le virus a pu s’infiltrer et se développer dans la prison de Ouarzazate infectant à peu près, selon le bilan annoncé, 120 détenus et 60 fonctionnaires y compris le directeur de la prison. Ce que nous souhaitons, en ce moment difficile, c’est que tous les infectés par le virus se rétablissent rapidement. La DGAPR a agi avec diligence pour limiter la propagation du virus et assurer la continuité du service public. Elle a ainsi nommé un nouveau directeur et soumis l’ensemble du personnel ainsi que la population carcérale de cette prison au test de dépistage du coronavirus et toutes les personnes testées positives suivront le protocole de traitement adopté par les autorités sanitaires, alors que les fonctionnaires non contaminés ont été placés en isolement.

Comment expliquez-vous le nombre important de personnes infectées par le Covid-19 dans cet établissement pénitentiaire ?
A ce stade, nous ne disposons pas d’assez d'informations pour évaluer ce qui s'est passé réellement dans la prison de Ouarzazate. Toutes les informations qu’on a à ce propos proviennent des communiqués de la DGAPR, et nous souhaitons que les choses soient plus claires dans les prochains jours. Ce que nous savons, c’est que le virus est apparu tout d’abord chez le directeur et un employé, et par la suite le virus s’est propagé chez le reste du personnel et les détenus de cette prison. J’aimerais bien mettre l’accent sur un point essentiel. La DGAPR ne peut, à elle seule, lutter contre le Covid-19. Elle doit être soutenue durant cette conjoncture difficile par tous les acteurs concernés : ministère de la Santé, les autorités locales, les conseils municipaux et les organisations de la société civile.
Vous avez pourtant tiré la sonnette d’alarme dès le début de l’épidémie pour éviter que les établissements pénitentiaires ne soient  touchés par le Covid-19
Effectivement, dès le début de cette crise sanitaire, l'OMP a rendu publics des communiqués dans lesquels il a appelé les autorités compétentes à prendre des mesures urgentes pour préserver la santé et la sécurité non  seulement des détenus, mais aussi des fonctionnaires. A ce propos, nous avons fait des propositions pratiques et réalisables. Nous avons proposé de réduire la surpopulation carcérale, en libérant à titre d’exemple les personnes âgées de plus de 65 ans et souffrant de maladies chroniques et demandé que les prisonniers dont la peine expirera prochainement soient libérés. Nous avons également appelé à la libération des personnes en détention provisoire dont le nombre avoisine actuellement 33.000. En plus, l’Observatoire a appelé à la libération des détenus du Hirak du Rif et  des manifestations pacifiques, car nous estimons que ce geste en ces moments difficiles constitue une sorte de solidarité et de réconciliation entre tous les membres de la Nation afin de s’unir pour faire face à cette pandémie.

Que pensez-vous des réponses apportées par les autorités compétentes à vos demandes et revendications ?  
Les autorités marocaines ont pris des initiatives importantes pour alléger la surpopulation dans les établissements pénitentiaires. En effet, la présidence du Ministère public a procédé à la libération de plusieurs mineurs délinquants. Il faut également saluer la grâce accordée par S.M le Roi Mohammed VI à 5564 détenus. Que je sache, c’est la première fois qu’un nombre aussi important est libéré dans le cadre d'une grâce Royale. L’on sait que l’une des recommandations du ministère de la Santé pour lutter contre le Covid-19 est la distanciation sociale. Comment peut-on appliquer cette mesure dans des établissements pénitentiaires surpeuplés comme par exemple la prison locale de Bourkaiz à Fès ? La capacité d’accueil de cette prison est de 1200 personnes, alors que le nombre de détenus y dépasse 2000.

Plusieurs personnes ont été arrêtées pour infraction aux consignes de confinement et de l’état d’urgence sanitaire, quelles propositions faites-vous pour que les prisons ne soient pas engorgées durant cette conjoncture exceptionnelle marquée par la propagation rapide du virus ?
Effectivement, plusieurs personnes ont été interpelées pour violation de l’état d’urgence sanitaire décrété par les autorités pour lutter contre le Covid-19. Le nombre important de ces interpellations constitue un danger pour la population carcérale dans les établissements pénitentiaires qui sont déjà surpeuplés comme on l’a déjà souligné. Pour cette raison, nous avons demandé à ce que les personnes arrêtées pour violation de l’état d’urgence soient mises en quarantaine dans des endroits spéciaux à l'intérieur de l’établissement pénitencier avant de les transférer dans les cellules où se trouvent les autres détenus. Nous avons également exhorté le Ministère public à appliquer des peines alternatives à la détention provisoire à l’égard de ces personnes et la justice à infliger des amendes aux contrevenants au lieu d’une peine privative de liberté.
J’aimerais bien avant de terminer mettre l’accent sur un point important. L’OMP ne s’est pas contenté de rendre publics des communiqués et de présenter des propositions, il a également présenté des aides en nature aux établissements pénitentiaires : des bavettes, des gants pour les fonctionnaires, des gels hydro-alcooliques,etc. Ces aides concernent la délégation régionale de Casablanca et  celle de Fès-Meknès. Nous recherchons avec nos partenaires d’autres moyens financiers afin de fournir des aides à d'autres établissements pénitentiaires du Royaume.

Entretien réalisé par Mourad Tabet
Lundi 27 Avril 2020

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