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​Spécial 40ème jour du décès d'Abderrahmane El Youssoufi : Document pour la paix au Moyen-Orient




​Spécial 40ème jour du décès d'Abderrahmane El Youssoufi : Document pour la paix au Moyen-Orient

Conseil général de l’Internationale socialiste, 22 janvier 1997

Monsieur le Président,

Chers collègues

Lorsque les membres de ce conseil ont reçu le projet de l’ordre du jour il y a quelques semaines, le sort du processus de paix au Moyen-Orient suscitait de sérieuses inquiétudes parmi les militants de mon parti et l’opinion de mon pays.

Bien que les camarades et mes compatriotes soient actuellement mobilisés dans la perspective d’élections locales professionnelles et nationales qui pourraient aboutir à la première alternance démocratique dans l’histoire du Maroc, leurs préoccupations par la situation dramatique qui prévalait en Palestine sont restées prioritaires.

Il y a quelques jours, le quotidien « The international Herald Tribune » publiait un article important sous la signature de l’experte américaine Jeane kirkpatrick, annonçant que pour 1997 les deux régions à troubles seront le Moyen-Orient et l’Afrique centrale.

Le document signé récemment par les parties israélienne et palestinienne, en présence du médiateur américain et qui concerne le retrait partiel de l’armée israélienne de l’avant-dernière grande ville palestinienne Al Khalil, est-il de nature à modifier les prévisions pessimistes de Mme kirkpatrick ? Bien que son analyse englobe d’autres sources de conflit dans la région, il n’en demeure pas moins que l’appréhension concernant le devenir du processus de paix reste réelle.

S’il est acquis qu’un engagement a été pris par le gouvernement Netanyahu pour procéder d’ici août 1998 à trois redéploiements, aucune garantie sur l’étendue territoriale des territoires libérés n’a été souscrite. Et si les Palestiniens espèrent recouvrer 95 % de leurs territoires, les assurances distillées par le Premier ministre israélien auprès des colons se situent entre 30 et 50 %.

Tout ce à quoi s’est engagé le gouvernement israélien, c’est de négocier, négocier l’examen de certains problèmes tels que le passage protégé entre Gaza et la Cisjordanie, l’ouverture de l’aéroport de Rafa et du port de Gaza, le statut définitif des territoires dont celui de Jérusalem ainsi que le sort des réfugiés. Il est évident qu’il ne s’agit là que « d’engagement à négocier » sans aucune obligation de résultat. Bien au contraire, les dirigeants israéliens laissent entendre qu’ils seront les seuls juges pour apprécier ce qui sera ou ne sera pas nécessaire aux impératifs de leur sécurité. Par contre, la partie palestinienne est engagée à rédiger une nouvelle charte qui spécifierait la reconnaissance de l’Etat d’Israël et à lutter contre les organisations terroristes.

La clé de voûte du protocole paraphé par les deux chefs de délégation est constituée par la lettre d’accompagnement du secrétaire d’Etat américain. Elle n’est pas une lettre formelle de garantie, mais un document comportant un certain nombre d’assurances destinées aux deux parties. Sa mise en œuvre, en cas de crise, n’est pas évidente.

M. Netanyahu est décidé à exploiter les nouveaux délais obtenus par ce nouvel accord pour réaliser ses propres objectifs avoués :

° Dépalestiner Jérusalem-est.

° Remodeler la carte d’Israël.

° Etendre et intensifier les établissements israéliens dans les territoires occupés.

° Empêcher la construction d’un Etat palestinien.

Nul doute que l’orientation de cette politique s’inscrit contre le courant de l’histoire, contrecarre la dynamique déclenchée par les accords d’Oslo et s’oppose à la volonté majoritaire du peuple israélien éclairé par les forces de gauche et les mouvements pour la paix israéliens dont je salue l’un des prestigieux leaders ici présent, le vice-président de l’Internationale socialiste Shimon Pérès. Cette politique risque de favoriser le développement des mouvements radicaux et intégristes dans les deux camps et risque de provoquer des affrontements préjudiciables à la stabilité de la région.

Les conditions d’existence des masses palestiniennes n’ont cessé de se dégrader depuis la signature de la déclaration de principes le 13 septembre 1993 alors que le niveau de vie du citoyen israélien moyen ne cesse de progresser. On estime que le revenu moyen du Palestinien constitue le 1/6 de celui de son voisin israélien, tandis que le taux de chômage serait de 45 % à Gaza, de 35 % en Cisjordanie et de 7 % en Israël.

Le gel des négociations de paix tant avec les Syriens qu’avec les Libanais ainsi que l’escalade cyclique des opérations militaires au Sud-Liban stérilisent les retombées du laborieux processus de paix en cours avec les Palestiniens et rejaillissent sur le climat politique de l’ensemble du monde. Les dernières réactions du Premier ministre d’Israël au sujet du Golan nous ramènent à des périodes de tension et d’échanges belliqueux que l’on croyait révolues.

L’attitude des Etats-Unis étrangement complaisante devant le développement illégal des établissements israéliens dans les territoires occupés, pose le problème de l’objectivité et de l’impartialité du principe de parrain du processus de paix.

Monsieur le président, chers camarades,

Ces quelques remarques sont loin d’être exhaustives. Le processus de paix qui vient d’être remis en marche grâce à plusieurs acteurs de bonne volonté, parmi lesquels d’éminents membres de l’Internationale socialiste, a besoin d’être sauvegardé, renforcé et accompagné d’initiatives efficientes non seulement en direction du gouvernement israélien mais aussi vers les Etats-Unis… Seul l’établissement d’une paix juste et durable au Moyen-Orient permettra aux peuples concernés de se consacrer enfin à la démocratisation de leurs Etats et de leurs sociétés, condition sine qua non pour la mise en œuvre de leur développement réel dans le cadre d’une coopération mutuelle bénéfique entre les pays de l’espace euro-méditerranéen.

 


Mercredi 8 Juillet 2020

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