Thomas Coville. A l'échelle du monde


Libé
Dimanche 25 Janvier 2026

Thomas Coville, vainqueur dimanche du prestigieux Trophée Jules Verne à bord de Sodebo Ultim 3, est un navigateur infatigable, philosophe et habité par la même obsession depuis plus de trente ans : boucler des tours du monde à la voile.

Certains marins rêvent de transatlantiques enlevées, d'autres de combats technologiques en régates, lui ne jure que par les voyages extrêmes au temps long, l'inconfort terrible et les levers de soleil parfaits qui les accompagnent ponctuellement.
J'aime m'élancer sans tout savoir. En mer, la nature finit toujours par décider sur le marin. Notre mission consiste juste à s'adapter. Mais plus le périple dure plus la conversation devient enrichissante, dixit Thomas Coville
"Je pense que c'est un peu comme les himalayistes qui tombent nez à nez avec le sommet d'une montagne. Ils reviennent différents à chaque fois", expliquait le marin à l'AFP début 2024, à la veille de son neuvième tour du monde sur l'Ultim Challenge.

Né en 1968 et désormais âgé de 57 ans, Thomas Coville n'est pourtant pas destiné à la navigation. Après des études d'ingénieur, ce natif de Rennes part pour une carrière de cadre, mais comprend vite que le monde des bureaux ne lui ressemble pas.

"J'aime m'élancer sans tout savoir. En mer, la nature finit toujours par décider sur le marin. Notre mission consiste juste à s'adapter. Mais plus le périple dure plus la conversation devient enrichissante", apprécie ce passionné de lecture et de philosophie.

Au nom du père 

Après deux tours de France à la voile au début des années 1990, il s'imagine déjà aller plus loin. Pas forcément pour lui : "Mon père, qui pouvait être quelqu'un d'assez austère, était très ému en écoutant à la radio le départ de la Whitbread en 1977".

"Je pense que lui aussi a rêvé de faire le tour du monde. C'est un peu son imaginaire qui m'a emmené à réaliser toutes ces aventures", estime aujourd'hui celui qui a aussi donné le virus du large à l'un de ses deux enfants, Elliot, figariste en herbe.

A 29 ans, Thomas Coville est de l'aventure lors du Trophée Jules-Verne de De Kersauson en 1997. "Cela a été extrêmement initiatique", juge-t-il. "L'ambiance était tendue (...) Mais à l'arrivée je suis choqué et abasourdi. Je n'ai qu'une envie : y retourner".

Il gagne la Route du Rhum en 1998 en monocoque, puis rencontre un partenaire qui va changer à tout jamais sa carrière en lui donnant les moyens de ses ambitions pour ses circumnavigations d'envergure : l'entreprise alimentaire Sodebo.
 
"J'ai toujours été frappée par son courage. Quand on a commencé ensemble, il parlait déjà de Vendée Globe. Petit à petit, les bateaux ont grandi, mais l'objectif du tour du monde était clair", explique Patricia Brochard, co-présidente de la société vendéenne.

"On fera le tour" 

Ensemble, les deux parties montent un projet Imoca pour l'Everest des mers (6e en 2000/2001), puis tentent l'aventure ORMA, avant de faire partie des pionniers à imaginer le futur du large: des trimarans géants de 32 m de long et 23 de large.

A la barre de son premier maxi, il s'empare enfin, en 2016, du record tour du monde en solitaire sans escale (49 jours 3 heures), à la cinquième tentative, après deux tours du monde sans record (2008-2009 et 2011) et deux abandons (en 2007-2008 et en 2014).

Il est logiquement élu marin de l'année en 2017, ses pairs louant un sens de la navigation hors du commun et une ténacité à toute épreuve, parfaitement adaptée à des périples type tour du monde.

"Thomas ce n'est pas forcément l'homme le plus rapide de l'ouest, mais il n'a jamais mis un bateau à l'envers en quarante ans de carrière", affirme François Duguet, responsable du Sodebo Ultim 3 depuis sa mise à l'eau en 2019.

Dans une logique de transmission, Coville se tourne enfin vers le record autour du monde en équipage avec une nouvelle génération de marins. Les trois premiers essais, entre 2020 et 2025, échouent sur avaries.

Grand fidèle, il s'entête avec les mêmes garçons pendant deux ans. "Je ne serai pas reparti sans eux. Les échecs nous ont forgé un lien unique. On fera le tour", assure le marin, toujours très spirituel, juste avant de partir cet hiver.

Début janvier, aucun des six n'avait encore passé le cap Horn. Dimanche, ils ont terminé leur première visite du jardin de Thomas Coville.
 


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