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Héros et martyr des indépendances africaines, Patrice Emery Lumumba est autant célèbre pour son combat contre la colonisation que pour sa fin tragique pour laquelle sa famille réclame l'ouverture d'un procès en Belgique, plus de 65 ans après son assassinat.
"Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité", a déclaré à l'AFP Roland Lumumba, un des fils de Lumumba, qui a fait le voyage depuis Kinshasa pour l'audience qui a eu lieu mardi devant la justice à Bruxelles qui doit statuer sur cette demande.
Son corps dissous dans de l'acide n'a jamais été retrouvé, mais sa figure continue d'inspirer la jeunesse en RDC et dans le monde.
Regard fixant le ciel, le bras droit levé, le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga a ainsi marqué la 35e édition de la Coupe d'Afrique au Maroc en imitant la statue de Lumumba, installée sur son mausolée de béton et de verre à Kinshasa, capitale de la RDC.
Patrice Lumumba est né le 2 juillet 1925 à Onalua, dans la province du Sankuru, de parents de l'ethnie minoritaire Tetela.
Il entreprend d'abord des études d'infirmier, puis intègre l'école coloniale des postes, téléphones et télécommunications d'où il sort comptable aux chèques postaux à Stanleyville (future Kisangani, dans le nord-est).
Lutte pour l'indépendance
Accusé de détournement de fonds en 1956, il est condamné à plusieurs mois d'emprisonnement. Une phrase lui sera par la suite prêtée: "Qu'ai-je fait d'autre que de reprendre un peu d'argent que les Belges avaient volé au Congo?", se serait-il justifié.
"Il n'a jamais nié avoir détourné de l'argent", analyse le philosophe congolais Emmanuel Kabongo, professeur à l'Université pédagogique nationale (UPN) de Kinshasa et auteur de plusieurs publications sur Lumumba.
A sa sortie de prison, "grâce à ses relations avec des libéraux belges", il est engagé comme directeur commercial de la célèbre "Brasserie de Léo et du Bas-Congo", qui tenait à développer les ventes de sa bière Polar à Kinshasa et ses environs, explique M. Kabongo.
A La Poste, il avait un salaire de 3.000 francs belges de cette époque et, "comme directeur commercial de Polar, il gagnait 25.000 francs belges", selon le professeur Kabongo.
En 1958, il crée le Mouvement national congolais (MNC), qui prône l'unitarisme, la laïcité de l'Etat congolais et qui s'inscrit directement dans la lutte pour l'indépendance. Il est tout de suite accusé d'être "communiste" par ses détracteurs.
"Communiste, il ne l'était pas. Il a répété plusieurs fois qu'il était nationaliste et non communiste", assure l'universitaire congolais Jean Omasombo.
Mais Lumumba n'hésite pas à proclamer son rêve d'un Congo libéré des tutelles étrangères et se fait des ennemis, notamment au sein de l'élite coloniale.
Homme à abattre
Du 20 janvier au 20 février 1960, il participe, avec d'autres leaders politiques congolais de cette époque et des chefs coutumiers, aux travaux de la table ronde de Bruxelles qui décidera de l'indépendance du Congo-Belge le 30 juin 1960.
Son regroupement politique ayant gagné la majorité au Parlement, il est désigné Premier ministre et forme le premier gouvernement du Congo indépendant composé de 31 membres.
C'est le 30 juin 1960, jour de la déclaration d'indépendance, que Patrice Lumumba entre finalement dans la légende, quand le roi des Belges Baudouin, venu participer à la cérémonie officielle marquant la naissance de la République démocratique du Congo (RDC) salue l'oeuvre "civilisatrice" de son ancêtre Léopold II.
Lumumba lui répond par un discours dénonçant vivement le racisme des colons.
"Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres", déclare-t-il à Kinshasa lors de la cérémonie officielle marquant la naissance de la République démocratique du Congo.
Ce discours en fait un héros des indépendances africaines, et suscite l'ire des anciens maîtres du pays.
Devenu l'homme à abattre, Lumumba "n'a été chef du gouvernement du nouvel Etat que pendant deux mois et treize jours", du 30 juin au 12 septembre 1960, rappelle le professeur Kabongo.
Exécution
Après 75 jours aux commandes, le gouvernement Lumumba est neutralisé par le président Joseph Kasa-Vubu et le chef de l'armée Joseph-Désiré Mobutu, soutenus par la Belgique et les Etats unis, qui installent une équipe gouvernementale intérimaire constituée essentiellement d'étudiants et des rares universitaires congolais, baptisée "Gouvernement des Commissaires généraux".
Arrêté, déchu, humilié, torturé, le martyr de l'indépendance du Congo est exécuté le 17 janvier en pleine brousse à 50 km d'Elisabethville (actuelle Lubumbashi, sud-est) par des séparatistes katangais et leurs hommes de main belges. Il avait 35 ans.
Ce discours "avait certes scellé son sort, mais il faut aussi noter que son nationalisme et sa proximité avec des icônes du panafricanisme comme l'ancien président ghanéen Kwame Nkrumah ou encore le Tunisien Habib Bourguiba, avaient dérangé des intérêts américains au Congo", conclut le philosophe Kabongo.
En 2022, une dent appartenant à Lumumba avait été restituée par la Belgique et ramenée en RDC lors d'une cérémonie menée en grande pompe en présence du président Félix Tshisekedi. Un deuil national de trois jours avait été déclaré.
"Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité", a déclaré à l'AFP Roland Lumumba, un des fils de Lumumba, qui a fait le voyage depuis Kinshasa pour l'audience qui a eu lieu mardi devant la justice à Bruxelles qui doit statuer sur cette demande.
Son corps dissous dans de l'acide n'a jamais été retrouvé, mais sa figure continue d'inspirer la jeunesse en RDC et dans le monde.
Regard fixant le ciel, le bras droit levé, le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga a ainsi marqué la 35e édition de la Coupe d'Afrique au Maroc en imitant la statue de Lumumba, installée sur son mausolée de béton et de verre à Kinshasa, capitale de la RDC.
Patrice Lumumba est né le 2 juillet 1925 à Onalua, dans la province du Sankuru, de parents de l'ethnie minoritaire Tetela.
Il entreprend d'abord des études d'infirmier, puis intègre l'école coloniale des postes, téléphones et télécommunications d'où il sort comptable aux chèques postaux à Stanleyville (future Kisangani, dans le nord-est).
Lutte pour l'indépendance
Accusé de détournement de fonds en 1956, il est condamné à plusieurs mois d'emprisonnement. Une phrase lui sera par la suite prêtée: "Qu'ai-je fait d'autre que de reprendre un peu d'argent que les Belges avaient volé au Congo?", se serait-il justifié.
"Il n'a jamais nié avoir détourné de l'argent", analyse le philosophe congolais Emmanuel Kabongo, professeur à l'Université pédagogique nationale (UPN) de Kinshasa et auteur de plusieurs publications sur Lumumba.
A sa sortie de prison, "grâce à ses relations avec des libéraux belges", il est engagé comme directeur commercial de la célèbre "Brasserie de Léo et du Bas-Congo", qui tenait à développer les ventes de sa bière Polar à Kinshasa et ses environs, explique M. Kabongo.
A La Poste, il avait un salaire de 3.000 francs belges de cette époque et, "comme directeur commercial de Polar, il gagnait 25.000 francs belges", selon le professeur Kabongo.
En 1958, il crée le Mouvement national congolais (MNC), qui prône l'unitarisme, la laïcité de l'Etat congolais et qui s'inscrit directement dans la lutte pour l'indépendance. Il est tout de suite accusé d'être "communiste" par ses détracteurs.
"Communiste, il ne l'était pas. Il a répété plusieurs fois qu'il était nationaliste et non communiste", assure l'universitaire congolais Jean Omasombo.
Mais Lumumba n'hésite pas à proclamer son rêve d'un Congo libéré des tutelles étrangères et se fait des ennemis, notamment au sein de l'élite coloniale.
Homme à abattre
Du 20 janvier au 20 février 1960, il participe, avec d'autres leaders politiques congolais de cette époque et des chefs coutumiers, aux travaux de la table ronde de Bruxelles qui décidera de l'indépendance du Congo-Belge le 30 juin 1960.
Son regroupement politique ayant gagné la majorité au Parlement, il est désigné Premier ministre et forme le premier gouvernement du Congo indépendant composé de 31 membres.
C'est le 30 juin 1960, jour de la déclaration d'indépendance, que Patrice Lumumba entre finalement dans la légende, quand le roi des Belges Baudouin, venu participer à la cérémonie officielle marquant la naissance de la République démocratique du Congo (RDC) salue l'oeuvre "civilisatrice" de son ancêtre Léopold II.
Lumumba lui répond par un discours dénonçant vivement le racisme des colons.
"Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres", déclare-t-il à Kinshasa lors de la cérémonie officielle marquant la naissance de la République démocratique du Congo.
Ce discours en fait un héros des indépendances africaines, et suscite l'ire des anciens maîtres du pays.
Devenu l'homme à abattre, Lumumba "n'a été chef du gouvernement du nouvel Etat que pendant deux mois et treize jours", du 30 juin au 12 septembre 1960, rappelle le professeur Kabongo.
Exécution
Après 75 jours aux commandes, le gouvernement Lumumba est neutralisé par le président Joseph Kasa-Vubu et le chef de l'armée Joseph-Désiré Mobutu, soutenus par la Belgique et les Etats unis, qui installent une équipe gouvernementale intérimaire constituée essentiellement d'étudiants et des rares universitaires congolais, baptisée "Gouvernement des Commissaires généraux".
Arrêté, déchu, humilié, torturé, le martyr de l'indépendance du Congo est exécuté le 17 janvier en pleine brousse à 50 km d'Elisabethville (actuelle Lubumbashi, sud-est) par des séparatistes katangais et leurs hommes de main belges. Il avait 35 ans.
Ce discours "avait certes scellé son sort, mais il faut aussi noter que son nationalisme et sa proximité avec des icônes du panafricanisme comme l'ancien président ghanéen Kwame Nkrumah ou encore le Tunisien Habib Bourguiba, avaient dérangé des intérêts américains au Congo", conclut le philosophe Kabongo.
En 2022, une dent appartenant à Lumumba avait été restituée par la Belgique et ramenée en RDC lors d'une cérémonie menée en grande pompe en présence du président Félix Tshisekedi. Un deuil national de trois jours avait été déclaré.
La famille de Lumumba veut « justice et vérité »
La famille de l'ex-Premier ministre congolais assassiné Patrice Lumumba a dit mardi son espoir qu'un procès puisse se tenir pour obtenir enfin "justice et vérité", à l'occasion d'une audience judiciaire à Bruxelles, soixante-cinq ans après les faits.
"Nous ne pouvons pas remonter le temps (...), mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l'histoire", a déclaré à l'AFP Yema Lumumba, 33 ans, une petite-fille de Patrice Lumumba.
Elle s'exprimait en marge d'une audience à huis clos lors de laquelle a été examinée la demande de renvoi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles d'un unique suspect encore en vie.
Cette demande a été formulée en 2025 par le parquet fédéral belge. Les différentes parties impliquées ont défendu leurs arguments mardi matin, devant une juridiction qui a acté la fin de l'instruction. La décision sera rendue le 17 mars, selon le parquet.
Aujourd'hui un seul homme en Belgique peut encore répondre d'une éventuelle responsabilité pénale, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges qui étaient visés initialement dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.
Il s'agit de l'homme d'affaires Etienne Davignon, 93 ans, ex-commissaire européen, qui était stagiaire diplomate pour la Belgique au moment de l'indépendance du Congo (l'actuelle RDC).
Les avocats de la famille Lumumba le soupçonnent d'avoir été aux premières loges quand a été évoqué par diverses autorités belges ce projet d'arrestation du héros de l'indépendance, qui était vu comme une menace pour les intérêts occidentaux au Congo.
Etienne Davignon a été "un maillon" d'"une funeste entreprise criminelle étatique", a affirmé devant la presse l'un de ces conseils, Me Christophe Marchand.
Selon le parquet fédéral, il est soupçonné de "participation à des crimes de guerre" pour avoir pris part à "la détention ou au transfert illicite" de Patrice Lumumba. La demande de procès pointe aussi de présumés "traitements humiliants et dégradants" à l'égard de la victime.
Sollicité par l'AFP, Me Johan Verbist, qui défend M. Davignon, a refusé de s'exprimer.
La famille de l'ex-Premier ministre congolais assassiné Patrice Lumumba a dit mardi son espoir qu'un procès puisse se tenir pour obtenir enfin "justice et vérité", à l'occasion d'une audience judiciaire à Bruxelles, soixante-cinq ans après les faits.
"Nous ne pouvons pas remonter le temps (...), mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l'histoire", a déclaré à l'AFP Yema Lumumba, 33 ans, une petite-fille de Patrice Lumumba.
Elle s'exprimait en marge d'une audience à huis clos lors de laquelle a été examinée la demande de renvoi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles d'un unique suspect encore en vie.
Cette demande a été formulée en 2025 par le parquet fédéral belge. Les différentes parties impliquées ont défendu leurs arguments mardi matin, devant une juridiction qui a acté la fin de l'instruction. La décision sera rendue le 17 mars, selon le parquet.
Aujourd'hui un seul homme en Belgique peut encore répondre d'une éventuelle responsabilité pénale, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges qui étaient visés initialement dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.
Il s'agit de l'homme d'affaires Etienne Davignon, 93 ans, ex-commissaire européen, qui était stagiaire diplomate pour la Belgique au moment de l'indépendance du Congo (l'actuelle RDC).
Les avocats de la famille Lumumba le soupçonnent d'avoir été aux premières loges quand a été évoqué par diverses autorités belges ce projet d'arrestation du héros de l'indépendance, qui était vu comme une menace pour les intérêts occidentaux au Congo.
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Selon le parquet fédéral, il est soupçonné de "participation à des crimes de guerre" pour avoir pris part à "la détention ou au transfert illicite" de Patrice Lumumba. La demande de procès pointe aussi de présumés "traitements humiliants et dégradants" à l'égard de la victime.
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