Libération

Sans équivoque, l’UE confirme depuis Rabat son soutien au plan d’autonomie marocain : Trêve d’ambiguïté

L'UE confirme depuis Rabat son soutien au plan d'autonomie marocain


Mehdi Ouassat
Vendredi 17 Avril 2026

Nasser Bourita accueillant Kaja Kallas, haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et vice-présidente de la Commission européenne
Nasser Bourita accueillant Kaja Kallas, haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et vice-présidente de la Commission européenne
Jeudi 17 avril, Rabat a accueilli Kaja Kallas, haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et vice-présidente de la Commission européenne, pour sa première visite au Royaume depuis sa prise de fonctions.

Reçue par le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, la cheffe de la diplomatie européenne est venue réaffirmer, avec une clarté que Bruxelles s'autorise rarement, la position commune des vingt-sept Etats membres sur le dossier du Sahara marocain: l'Union européenne appelle toutes les parties à négocier «sans conditions préalables et sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc». Une formule sobre, mais dont le poids diplomatique, à quelques jours d'une réunion importante du Conseil de sécurité des Nations unies, ne saurait être sous-estimé.
 
La voix des vingt-sept, sans équivoque
 
Ce qui frappe dans la déclaration de Kallas, c'est d'abord son caractère collectif et irréfutable. Cette position n'est pas celle d'un Etat membre isolé, ni la vision personnelle d'une diplomate en visite. Elle a été approuvée à l'unanimité par les vingt-sept nations qui composent l'Union européenne, consignée noir sur blanc dans un communiqué conjoint signé aux côtés de Bourita, et présentée à Rabat avec toute l'autorité institutionnelle que confère la plus grande organisation d'intégration régionale du monde.

Dans ce même communiqué, l'Union européenne a franchi un pas supplémentaire, souvent passé sous silence dans les analyses superficielles du dossier. Bruxelles s'est en effet «félicitée» de la volonté du Maroc «d'expliciter comment une autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine se déclinerait». Cette formulation, d'une densité diplomatique remarquable, est une invitation explicite adressée au Royaume à détailler les contours concrets de son plan, une invitation qui présuppose que ce plan est non seulement crédible, mais qu'il constitue bien la matrice du règlement à venir.
 
Le calendrier d'une conversion méticuleuse
 
Pour mesurer la portée de ce moment, il faut en retracer la généalogie avec rigueur. Pendant des décennies, l'Union européenne s'était réfugiée derrière une posture d'équidistance confortable, soutenant verbalement les efforts onusiens sans jamais prendre parti. Cette prudence institutionnelle, compréhensible dans un contexte où les sensibilités des Etats membres divergeaient, avait fini par ressembler à une forme d'immobilisme diplomatique.

La rupture est venue de l'ouest. En décembre 2020, Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara, lançant une onde de choc dont les répliques continuent de se faire sentir. L'Espagne a suivi en mars 2022, Pedro Sánchez qualifiant l'initiative marocaine de «base la plus sérieuse, réaliste et crédible». L'Allemagne et les Pays-Bas ont emboîté le pas. Puis, en juillet 2024, Emmanuel Macron a adressé à S.M le Roi Mohammed VI une lettre historique qui a définitivement ancré Paris dans le camp du réalisme. La dynamique était lancée, irréversible.

Au niveau communautaire, le basculement s'est matérialisé le 29 janvier dernier, lors de la huitième session du Conseil d'association UE-Maroc à Bruxelles. Ce jour-là, Kallas avait présenté pour la première fois «officiellement la nouvelle position de l'UE sur le Sahara». La visite de jeudi à Rabat ne constituait donc pas un tournant en soi, mais sa confirmation solennelle, sur le sol même du Royaume, à quelques jours d'une réunion cruciale du Conseil de sécurité. Le timing est d'une précision chirurgicale.
 
La vision Royale, moteur d'une dynamique mondiale
 
Ce consensus des vingt-sept ne s'est pas construit dans le vide. Il est le fruit d'une diplomatie Royale patiente, méthodique et visionnaire, impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI depuis la présentation du plan d'autonomie en 2007. Ce que l'on observe aujourd'hui n'est pas le résultat d'un hasard géopolitique, mais l'aboutissement d'une stratégie diplomatique qui a su, année après année, convaincre les partenaires les plus exigeants du monde de la solidité et de la légitimité de la position marocaine.

Le Maroc n'a pas attendu que le vent tourne pour proposer des solutions. Il les a formulées, défendues, étayées, avec une constance qui force le respect. Aujourd'hui, cette persévérance porte ses fruits les plus visibles : un continent européen uni derrière le plan d'autonomie, une résolution onusienne qui en fait la base des négociations, et une haute représentante européenne qui traverse la Méditerranée pour le dire en face, à Rabat, devant les caméras du monde entier.
 
Un partenariat à la hauteur d'un demi-siècle d'histoire
 
La visite de Kallas débordait naturellement du seul dossier du Sahara marocain. La cheffe de la diplomatie européenne a qualifié le partenariat entre l'UE et le Maroc de «riche, multidimensionnel et privilégié», une relation «forgée depuis plus d'un demi-siècle de coopération étroite et de confiance mutuelle». Ces mots ne sont pas de la rhétorique diplomatique ordinaire. Ils reflètent une réalité économique, humaine et géopolitique qui place le Maroc au rang de partenaire véritablement stratégique pour l'Europe.

Les deux parties ont convenu de finaliser prochainement un «partenariat stratégique et global» destiné à porter leurs relations à un niveau supérieur, et ont décidé de renforcer le cycle des réunions institutionnelles dans le cadre de l'accord d'association pour assurer continuité et prévisibilité à leur coopération. Cette ambition commune, formulée dans le cadre du trentième anniversaire de l'Accord d'association, témoigne d'une volonté partagée de bâtir non seulement une relation de voisinage, mais une «relation stratégique entre égaux», selon les termes mêmes du communiqué conjoint.

Les échanges ont également embrassé les grandes fractures de l'heure : la guerre en Iran, la situation à Gaza, la tragédie ukrainienne, les turbulences au Sahel. Sur chacun de ces fronts, Rabat et Bruxelles ont réaffirmé leur attachement commun à un ordre international fondé sur le multilatéralisme. Ce faisant, ils ont dessiné les contours d'une relation qui dépasse la géographie pour embrasser une vision commune du monde.

Nasser Bourita a rappelé que ce partenariat revêt un caractère «central et stratégique» dans la vision Royale, une formule qui résume avec élégance ce que cette visite aura confirmé : le Maroc n'est plus simplement perçu comme un voisin méridional de l'Europe. Il en est un pilier, un interlocuteur indispensable, un acteur dont la stabilité et la vision irriguent les équilibres régionaux sur lesquels repose la sécurité collective.
 
Le compte à rebours de New York
 
Le vrai test de cette convergence affichée se jouera dans les prochains jours à New York. Le 24 avril, sous présidence bahreïnie du Conseil de sécurité, l'Envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, présentera les conclusions de ses dernières tournées régionales. Le 30 avril, une seconde séance sera consacrée à la révision stratégique du mandat de la Minurso, conformément à la résolution 2797.

C'est à cette aune que se mesurera la réelle portée de ce que Kallas a dit jeudi à Rabat. L'Europe a parlé. Elle a parlé avec clarté, avec l'autorité des vingt-sept, et elle l'a dit sur le sol du Royaume. Pour le Polisario et ses soutiens algériens, le silence qui a suivi cette déclaration en dit plus long que n'importe quel communiqué de protestation : le vent a définitivement tourné, et cette fois, il ne reviendra pas en arrière.

Le Maroc, lui, peut lire dans cette séquence la confirmation éclatante d'une vérité qu'il porte depuis près de deux décennies. Son plan d'autonomie n'est pas une position de repli, c'est une vision d'avenir. Et l'Europe, enfin, le reconnaît.

Mehdi Ouassat

Mehdi Ouassat
Vendredi 17 Avril 2026

Lu 165 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Dossiers du weekend | Actualité | Spécial élections | Les cancres de la campagne | Libé + Eté | Spécial Eté | Rétrospective 2010 | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | USFP | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Chronique | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif | RETROSPECTIVE 2020 | RETROSPECTIVE ECO 2020 | RETROSPECTIVE USFP 2020 | RETROSPECTIVE SPORT 2020 | RETROSPECTIVE CULTURE 2020 | RETROSPECTIVE SOCIETE 2020 | RETROSPECTIVE MONDE 2020 | Videos USFP | Economie_Zoom | TVLibe



Flux RSS