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SOS-Méditerranée et MSF repartent en campagne au large de la Libye




Les organisations SOS-Méditerranée et Médecins Sans Frontières s'apprêtent à reprendre la mer pour secourir les migrants naufragés en Méditerranée centrale, malgré le refus des ports européens d'accueillir les bateaux humanitaires.
L'Ocean Viking, battant pavillon norvégien, se dirige "vers la Méditerranée pour mener une nouvelle campagne de recherches et de secours en Méditerranée centrale" -devenue la route migratoire maritime la plus meurtrière au monde-, a indiqué SOS-Méditerranée dans un communiqué publié à Paris.
"Le bateau va patrouiller en Méditerranée centrale, de là d'où provient le plus grand nombre d'appels de détresse, mais sans jamais entrer dans les eaux territoriales libyennes", a précisé à l'AFP Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS-Méditerranée.
"Notre présence en mer c'est pour sauver des vies, on espère que les Etats vont nous comprendre et se joindre à nous, car il n'y a pas d'autre solution en Méditerranée centrale" insiste M. Penard. "Dire que ce sont les navires de secours qui encouragent les traversées, c'est faux. Même sans bateaux, les départs continuent et énormément de naufrages sont rapportés".
Au moins 426 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée depuis le début de l'année, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale des migrations (OIM). Le dernier naufrage connu, celui d'une barque au large de la Tunisie, a fait au moins 60 morts.
Au terme de près de trois ans en mer, l'Aquarius, précédent bâtiment de SOS-Méditerranée qui a secouru 30.000 migrants naufragés, avait été contraint de cesser ses activités en décembre 2018, successivement privé de son pavillon de Gibraltar puis de Panama.
La nouvelle campagne démarrera environ un mois après l'arrestation du Sea-Watch 3, bâtiment affrété par l'ONG allemande Sea-Watch, et de sa capitaine Carola Rackete en Sicile, véritable avertissement des autorités italiennes aux humanitaires qu'elles accusent d'encourager les départs vers l'Europe.
Carola Rackete, qui a pu regagner l'Allemagne samedi, avait accosté de force le 29 juin dans l'île italienne de Lampedusa pour faire débarquer 40 migrants secourus par son bateau et qui se trouvaient à bord depuis six-sept jours.
L'absence de "partage du fardeau" concernant l'accueil des migrants au sein de l'UE est l'un des principaux arguments de l'Italie pour expliquer la fermeture de ses ports. L'Europe s'avère incapable jusqu'à présent de s'entendre sur un "mécanisme de solidarité" pour mettre fin à l'errance des bateaux de secours.
Les ministres de l'Intérieur européens réunis jeudi à Helsinki n'y sont pas parvenus et une nouvelle réunion doit avoir lieu lundi à Paris, entre ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur d'une "quinzaine de pays".
 Depuis que "la coordination des secours en mer a été confiée par l'Union européenne aux autorités libyennes, qui n'ont pas tous les moyens de le faire, cette coordination est chaotique, les appels ne sont pas relayés. L'enjeu pour nous était d'avoir une vraie capacité de recherches car on sait que les alertes tombent moins des centres officiels", a expliqué Frédéric Penard, précisant que l'organisation cherchait un nouveau navire "depuis sept mois".
Pour Sam Turner, chef de mission pour les opérations de MSF en mer et en Libye, les responsables européens "ferment sciemment les yeux sur la crise humanitaire que ces politiques perpétuent en Libye et en mer".
La situation dans les camps de rétention en Libye, en proie au conflit, est également dénoncée par les organisations humanitaires. Une attaque sur l'un de ces camps le mois dernier près de Tripoli a fait près de 60 morts. Les candidats au départ y sont par ailleurs victimes de mauvais traitements - tortures, travail forcé, exploitation sexuelle...
Pour MSF, "les gouvernements européens violent leurs obligations légales et les principes humanitaires auxquels ils se sont engagés en accroissant leur support aux garde-côtes libyens pour renvoyer de force les personnes vulnérables en Libye".
L'Ocean Viking, long de 69 m sur 15 m de large, a été construit en 1986 pour l'assistance aux plates-formes pétrolières en Mer du Nord. Il dispose d'un équipage de neuf membres, plus une équipe de recherches et secours et du personnel médical et d'assistance, soit plus de trente personnes à bord au total.
Chaque journée de mer coûte 14.000 euros, rappelle SOS-Méditerranée qui appelle aux dons.

Libé
Lundi 22 Juillet 2019

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