Privés de chauffage, des habitants de Kiev tremblent mais n'abdiquent pas


Libé
Lundi 12 Janvier 2026

Au printemps 2022, Natalia fabriquait des cocktails Molotov pour défendre Kiev face à l'armée russe qui approchait. Aujourd'hui, elle n'a plus de chauffage à cause des bombardements, se réchauffe dans une tente, mais ne prévoit toujours pas de partir.

"Je n'ai pas quitté Kiev une seule seconde depuis l'invasion à grande échelle. Quand ça a commencé, on a déménagé un peu plus loin (...) à un étage moins élevé. Ça me convient mieux, ça fait moins peur quand les missiles passent", raconte Natalia à l'AFP.

"Et qu'est-ce qu'on faisait alors? On fabriquait des cocktails Molotov. Donc je ne partirai pas d'ici. Il y aurait qui d'autre à part nous? J'ai ma maison ici, j'ai mon travail ici et j'aime ma ville", dit cette manager de 45 ans ne donnant pas son nom de famille.

L'AFP l'a rencontrée, dans le quartier de Desniansky, dans l'une des tentes installées par les services de secours où les habitants peuvent se réchauffer, se connecter à internet, et manger.

Des frappes russes massives ont fait vendredi au moins quatre morts et privé de chauffage 6.000 immeubles résidentiels de Kiev, soit la moitié de ceux de la ville, poussant le maire, Vitaly Klitschko, à appeler la population à évacuer "temporairement".

Le maire a affirmé dimanche matin que plus de 1.000 immeubles restaient sans chauffage et que l'approvisionnement en énergie demeurait dans la capitale "très difficile".
L'alimentation en chaleur dépend de celle d'électricité qui est également fortement perturbée à cause des frappes russes qui dévastent, depuis 2022, le réseau énergétique ukrainien.
 
L'écharpe de grand-mère

A Kiev, les températures sont glaciales, autour de -10C°, et devraient prochainement encore chuter.
"Ça fait 42 heures qu'on n'a pas d'électricité, de chauffage et d'eau", disait samedi Natalia à l'AFP. "On survit comme vous pouvez le voir."
Elle craint que cette situation ne se reproduise "en boucle" si Kiev ne protège pas mieux son réseau électrique face aux pilonnages de l'armée russe.

Pour sa part, Olena, 50 ans, une professeur d'anglais ne donnant pas non plus son nom de famille, déclare se forcer à "l'optimisme" pour tenir.
La solidarité entre voisins et les tentes ouvertes par les secours l'aident "beaucoup": "On se soutient, on s'habille chaud, on sourit et on attend."
Un vêtement en particulier lui donne du courage et de la force: l'écharpe de sa grand-mère, qui a survécu à la Deuxième Guerre mondiale.

"Tu t'enrobes dedans, tu te souviens de ce que notre peuple a enduré et on endurera aussi. On n'a pas le droit d'abandonner", affirme Olena.
Pour Olena, la Russie veut "détruire l'Ukraine" et ne s'arrêtera pas tant que d'autres pays, au niveau international, ne la forceront à le faire.

La journée de dimanche a marqué le 1.418e jour de combats depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, le 24 février 2022. Une durée symbolique : le conflit a désormais égalé celle de la guerre entre l'URSS et l'Allemagne nazie, qui s'était étendue de 1941 à 1945.

Alors que le Kremlin ne cesse de présenter son attaque en Ukraine comme un prolongement de la lutte contre le nazisme, l'issue du conflit semble toujours aussi incertaine. Les récents pourparlers diplomatiques, initiés par les Etats-Unis, n'ont pas permis d'avancées majeures.


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