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Petit budget et carence en ressources humaines

Il y a fort à faire pour une éducation inclusive en faveur des enfants en situation de handicap



Où en est le programme d’éducation inclusive au profit des enfants en situation de handicap quelques années après son lancement ? Selon le ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le nombre des établissements scolaires inclusifs s’élève aujourd’hui à 3.488 instituts, soit 31% de l’offre scolaire accueillant 24.726 élèves en situation de handicap physique, sensoriel ou mental. Intervenant lors de la séance des questions orales tenue lundi dernier à la Chambre des représentants, le ministre a également précisé que 92.000 enfants handicapés poursuivent leurs études dans des classes normales et que 3.834 enseignants ont pu bénéficier de formation en matière d’éducation inclusive. Pour le gouvernement, ce programme est une vraie réussite puisque le nombre des classes inclusives n’a été que de 700 unités en 2017, soit 10% de l’offre scolaire public accueillant 8.000 élèves. Mieux, le bilan de l’année scolaire 2019-2020 a dépassé l’objectif ciblé, à savoir les 20% puisque le taux de couverture des établissements scolaires a atteint les 31%. Le ministère ambitionne d’atteindre un taux de 100% en 2027-2028. Pourtant, Abdelmalek Asrih, président de l'Association «La Colombe blanche», a un autre point de vue sur ce programme. Selon lui, si ce programme est ambitieux, Il n'est pas à même de surmonter deux problèmes de taille, à savoir le manque de mesures d’accompagnement clairs et de ressources humaines adéquates. «Il s’agit d’un bon programme qui s’inscrit dans la durée et qui cherche à créer une école fédératrice qui encourage la diversité et la différence, mais il y a encore du flou concernant les mesures d’accompagnement notamment au niveau du budget», nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : «Les ressources humaines censées mener ce programme manquent également. En effet, on ne peut pas gérer ce programme avec des ressources humaines qui n'ont reçu que des formations générales et même celles qui sont dispensées par le ministère restent insuffisantes. Il y a nécessité aujourd’hui de penser aux métiers de l’éducation inclusive et à leur encadrement comme c'est le cas sous d’autres cieux où l'on a des formateurs d’éducation inclusive, des enseignants d’éducation inclusive, des inspecteurs d’éducation inclusive, des proviseurs d’éducation inclusive, etc». Ce manque de ressources humaines est palpable également au niveau de la mise en place des classes de soutien qui remplacent celles dites inclusives où l'on note l’absence de travailleurs sociaux et de psychologues sans parler des outils de soutien. Notre interlocuteur estime que l’Etat fait un pari absurde sur les ONG pour réussir ce programme. Selon lui, l’Etat a impliqué les associations dans la mise en œuvre de ce programme sans engagement de sa part. «Les contrats de partenariat entre les ONG et l’Etat révèlent que ce dernier ne veut rien donner en contrepartie», nous a-t-il confié. Et d’affirmer : «Il est temps de réfléchir sur de nouvelles générations de contrats avec les associations en donnant les moyens à ces dernières. En fait, l’approche étatique concernant les structures, le financement et autres reste confuse». Autres déficits et non des moindres, il y a les élèves sourds dont la place dans ce dispositif reste floue puisqu’il n’y a pas de mesures bien définies. La confusion englobe également, selon notre source, la définition même de l’éduction inclusive ainsi que les approches didactiques et pédagogiques. Toutefois, Abdelmalek Asrih se rend bien compte des enjeux que recèle ce programme. Selon lui, ce dernier n’est pas un simple dispositif qui doit donner des résultats dans trois ou quatre ans. Il s’agit, selon lui, d’un projet de société qui exige beaucoup d'efforts et la participation de tous. A rappeler qu’un projet pilote pour une meilleure éducation inclusive avait été lancé dans la région de Souss-Massa avant d’être généralisé à l’ensemble du territoire. Ce projet pilote réalisé dans 18 écoles de la région entre décembre 2012 et décembre 2015, a permis un nombre croissant d'inscriptions d’enfants handicapés. Rappelons également que ce projet avait porté sur le renforcement des capacités des inspecteurs pédagogiques, des enseignants et des directeurs des établissements scolaires dans l'objectif d’adopter une approche inclusive. Il était aussi question de sensibiliser le grand public au droit de ces enfants à une éducation de qualité à travers des campagnes de sensibilisation dans les écoles et les espaces publics. Enfin, ce projet a ciblé l’organisation de séminaires nationaux. A noter aussi qu’un premier séminaire s’était tenu en 2014. Après sa phase pilote, le projet a conclu à l’évidence à la possibilité de mettre en place un modèle marocain pour garantir une éducation de qualité pour tous. 

Hassan Bentaleb
Mercredi 6 Janvier 2021

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