Libération



Facebook
Rss
Twitter






Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

On reconfine par-ci par-là dans le monde : Le rituel de l’Aïd fait craindre le pire




On reconfine par-ci par-là dans le monde : Le rituel de l’Aïd fait craindre le pire
Plus les jours passent, plus les signaux avant-coureurs d’une reprise de l’épidémie de Covid-19 inquiètent les spécialistes. « Une sensation de déjà-vu », alarme les médecins en maladies infectieuses dans un monde où le reconfinement bat son plein. Au Maroc, l’épidémie est semble-t-il maitrisée avec 17236 cas recensés depuis le 2 mars, dont 2042 actifs dimanche à 17h. Mais le gouvernement redoute les conséquences des déplacements à l’occasion des vacances estivales et encore plus lors de l'Aïd Al Adha.  

Aïd Al Adha et 
dissémination du virus


Le chef du gouvernement, Saâd Dine El Otmani et le ministère de la Santé, Khalid Ait Taleb ont tenu dimanche une conférence de presse surprise alors que personne ne s’y attendais vraiment (Voir ci-contre). Ces derniers ont exhorté légitiment, mais sans trop y croire, les citoyens à ne voyager qu’en cas d’extrême nécessité, craignant une dissémination du Sras-COV2 à travers le pays. Et pour cause, l'Aïd Al Adha, synonyme de retrouvailles familiales, de fêtes et de convivialité, rend encore plus difficile ces fameux gestes barrière indispensables. Il faut pourtant bien s’y résoudre car ils sont les seuls remparts au virus. Le vaccin sur lequel des centaines d’équipes travaillent au quatre coin de la planète ne verra le jour au mieux qu’à la fin de l’année. 
A elle seule, l’obligation du port du masque en extérieur, effective au Maroc depuis fin avril, devait normalement rappeler que l’été 2020 ne sera pas celui de l’insouciance. Et pourtant, l’insouciance, une grande majorité de citoyennes et citoyens en font leur créneau. En clair, pour la responsabilité civique et le respect des mesures sanitaires, il va falloir repasser. Ces attitudes sont d’autant plus incompréhensibles à l’aune de la crainte suscitée par l’éventualité d’un reconfinement chez ses même citoyennes et citoyens. Tout l’enjeu est là. A ce rythme, le peuple marocain risque de se retrouver emmuré, à l’abris des rayons de soleil de l’été. 

Communication lisse 
et tests peu crédibles


En même temps, il faut dire que la communication un peu trop rassurante du gouvernement ne plaide pas en faveur d’une vigilance accrue. En martelant que le taux de létalité est parmi les plus bas au monde (1,6% de décès), tout comme le nombre de cas graves ou sévères et le nombre de cas positifs par rapport aux tests (1,7%), les autorités sanitaires ne pouvaient pas mieux œuvrer pour le relâchement observé. Sauf qu’en parallèle, le ministère de la Santé ne souligne pas assez la hausse du nombre de cas, 221 nouveaux cas dimanche à 17h dont 91% de contacts, des décès, 273 au total depuis le début de l’épidémie, et de cas graves ou sévères, constaté dans les provinces et ville où l’activité économiques a repris à grande échelle. Certes, cela a été mentionné lors de ladite conférence de presse, mais pas autant que les 1.196.750 test réalisés depuis le test de l’épidémie, dans une manière de rendre remarquable ce qui ne l’est pas. Pour avoir un ordre de grandeur, l’Allemagne ainsi que de nombreux pays asiatique effectuaient à un moment 500.000 test par semaine. On vous laisse faire les comptes. Et ce n’est pas tout. 
Si l’on y regarde de plus près, la campagne de dépistage en milieu professionnelle menée par la CGEM est pour le moins contestable. D’abord, il est totalement insensé de tester des personnes qui vont être relâché dans la nature au risque de contracter le virus avant même la sortie des résultats. Ensuite, les tests PCR sont loin d’être une assurance tout risque. Bien au contraire. Leur crédibilité est mise à mal par les « difficultés à effectuer correctement un bon prélèvement et un virus parfois indétectable dans les voies respiratoires supérieures mais présent dans les poumons, d'où un pourcentage élevé de faux négatifs » nous explique le Dr Moussayer Khadija, spécialiste en Médecine interne (voir page 6).    

Durcissement des 
restrictions sanitaires  


Mis bout à bout, l’ensemble de ces éléments sont de nature à faire craindre le pire dans un futur proche. A savoir une résurgence de l’épidémie, débouchant inéluctablement sur un reconfinement. Et les exemples sont légions. Aucune région sur terre n’échappe à des mesures de reconfinement. Alors que l’épidémie s’étend de façon alarmante sur le continent américain, et inquiète en Asie du Sud, des pays ont décidé de se protéger et de durcir les restrictions sanitaires en fermant leurs lieux publics. L’Inde championne du reconfinement, en cumulant à ce jour le plus grand nombre de personnes reconfinés de par le monde, a appliqué cette mesure aux 125 millions d’habitants de l’Etat du Bihar, jeudi, au moment où le pays frôlait le million de cas confirmés depuis le début de la pandémie de coronavirus. 
Non loin d’ici, de l’autre côté de la méditerranée, l’Espagne craint l’arrivée d’une deuxième vague, en particulier à Barcelone. La cité catalane a ordonné de nouvelles mesures de confinement. Vendredi, la nouvelle a fait l’effet d’une douche froide. 
Pour faire face à un rebond épidémique, le gouvernement régional catalan a ordonné une sorte de pré­reconfinement de Barcelone et de 12 communes de l’aire métropolitaine soit près de 4 millions d’habitants. Ce tour de vis pour éviter la deuxième vague n’est pas unique en son genre sur le vieux continent. En France, le port du masque devient obligatoire dans les lieux publics clos. 
Et en cas de regain, un plan de reconfinement ciblé est quasi prêt. Ce sont là autant de signes annonciateurs d’un été tout sauf réjouissant, ici comme ailleurs. A moins que la responsabilité et la conscience civique finissent par primer. Mais ça, on ne le garanti pas. 

Chady Chaabi
Mardi 21 Juillet 2020

Lu 997 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.