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On déconfine dans dix jours ? Rien n’est moins sûr

Les foyers de contamination en multiplication




Inconscience et relâchement y sont pour beaucoup

On déconfine dans dix jours ? Rien n’est moins sûr
A moins de 10 jours de la date tant attendue du 20 mai, censée sonner la fin du confinement, le nombre de cas positifs au Covid-19 ne cesse d’augmenter (6.038). On peut même parler de flambée comme l’attestent les 377 cas recensés entre vendredi (10h) et dimanche (10h) dont 128 rien que pour la nuit de samedi à dimanche. Dans le même temps, deux personnes ont malheureusement perdu la vie. Le nombre de victimes du coronavirus est de 188. D’aucuns diront et à juste titre que le taux de mortalité au Maroc est faible comparé à d’autres pays, européens notamment, mais un mort de plus, c’est un mort de trop. C’est la raison pour laquelle la vigilance est de mise afin d’éviter de tomber dans le piège du relâchement inconscient. Car tout l’enjeu est là.
 
Se réjouir et se féliciter du taux de guérison est une réaction humaine et tout à fait compréhensible. D’autant qu’avec 84 nouvelles guérisons (dimanche à 10h) pour un total de 2545 rémissions depuis le début de l’apparition du Covid-19 dans le pays, il y a matière à satisfaction comme pour les établissements pénitentiaires de huit régions, où aucun nouveau cas de contamination au coronavirus (Covid-19) n’a été enregistré, selon la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion. Mais entre se réjouir et fêter, il y a un pas à ne surtout pas franchir. Sauf pour certains qui l’ont outrepassé allégrement. C’en est même devenu une affligeante tradition.
 
L'insouciance érigée en normalité
 
Sur les réseaux sociaux, les vidéos se multiplient. Elles font l’apologie d’une inconscience érigée en normalité, alors qu’il n’y a rien de normal dans la cohue, les attroupements et autres cris de joie qui ont accompagné certains guéris du coronavirus à leur sortie de l’hôpital. Au mépris à la fois de tous les gestes barrières et autres mesures préventives, mais aussi de toutes les personnes qui se battent dans les hôpitaux. Que ce soit les malades pour leur vie ou le corps médical pour en sauver. Et puis, que dire de la scène filmée à Hay Mohamadi, où l’on voit un patient supposé atteint du virus, être enlacé dans la rue alors qu’il se dirigeait vers l’ambulance.
 
De toute évidence, si le ministère de la Santé demande sans relâche aux citoyens de respecter les règles d'hygiène et de sécurité sanitaire, ainsi que les mesures préventives prises, le niveau de vigilance et de conscience demeure inégal, à l’image d’un confinement dont l’application l’est tout autant. Sévère dans certains quartiers des grandes métropoles, il l’est beaucoup moins dans d’autres. Et si finalement c’était ça le hic avec la courbe épidémique ? « L’apparition de nouveaux foyers la semaine dernière a reporté la stabilisation du nombre de cas de quinze jours. Sans ces nouveaux foyers, on aurait pu assister à un aplatissement de la courbe », explique le docteur Driss El Habchi, responsable du service de chimie et toxicologie à l’Institut Pasteur de Casablanca. Autrement dit, tant qu’un confinement strict et sans faille n’est pas instauré, que ce soit dans la rue ou dans les milieux professionnels, de nouveaux foyers surgiront et la courbe épidémique s’élèvera encore une fois.         
 
Possible rétropédalage de l’Exécutif
 
Comme un pavé jeté dans la mare de ceux qui crient trop top victoire, les récents chiffres en hausse des malades du Covid-19 rappellent que le plus dur reste à faire, même si dans une étonnante déclaration à la MAP, le secrétaire général du Centre hospitalo-universitaire Ibn Sina, Abdelhamid Ouaqouaq, a affirmé que « la courbe de l'épidémie du Covid-19 s'est aplatie. Il est impératif de redoubler de vigilance et d'intensifier les mesures de protection afin de ne pas perdre tout ce que nous avons gagné». Difficilement contestable contrairement à la seconde, la première partie de cette déclaration est contredite par l’actualité et l’augmentation du nombre des personnes contaminées. Pis, le ministère de la Santé a vu ce week-end l’une de ses craintes devenir réalité. A savoir de nouvelles contaminations dans les régions très peu touchées comme à Béni Mellal-Khénifra,​​ où six cas ont été recensés entre vendredi (16h) et samedi (16h).
 
D’après le Dr Lyoubi, directeur de l'épidémiologie, ces dernières jours, 82% des nouveaux cas ont été découverts dans le suivi des cas contacts. 9.017 sont en cours d'observation et d'isolement. Aussi, l'âge moyen des malades aurait fortement baissé pour s’établir à 35 ans. Autres données importantes, 53% des cas actifs concernent des hommes. Donc, les cas confirmés sont donc de plus en plus jeunes, et surtout de plus en plus précoces. A la lumière de ces éléments, le déconfinement espéré le 20 mai risque de prendre les allures d’une illusion dans un rêve de satin. Avec pour principale conséquence, un rétropédalage de l’Exécutif et donc un prolongement du confinement, à l’image du gouvernement espagnol qui a finalement pris la décision de ne pas déconfiner ce lundi la Catalogne et la capitale espagnole comme prévu.

Chady Chaabi
Lundi 11 Mai 2020

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