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Les caravanes éthiopiennes de sel bousculées par la modernité




Les caravanes éthiopiennes de sel bousculées par la modernité
Chaque matin pendant la saison sèche, dans une région reculée d'Ethiopie, des centaines d'hommes convergent sur les bords du lac Assalé pour y extraire le sel, comme le faisaient leurs parents et leurs grands-parents.
Depuis des siècles, ils détachent du sol craquelé de gros blocs de sel qu'ils taillent en briques à l'aide d'une herminette, une petite hache à la lame courbée, sous le regard inexpressif de dromadaires, sur lesquels la récolte sera ensuite transportée.
Mais le gouvernement éthiopien, qui veut désenclaver cette région isolée du nord-est du pays, y construit des routes et s'efforce d'attirer investisseurs et touristes, faisant craindre aux mineurs de sel, caravaniers et commerçants la fin programmée de leur mode de vie traditionnel.
"Si ça continue comme ça, on n'aura plus de travail", déplore Musa Idris, un mineur interrogé sur les bords du lac Assalé, où les températures frôlent parfois les 50°C, en faisant l'un des endroits les plus chauds et arides au monde. Mais si le commerce demeure important, il n'a plus le monopole de l'économie locale dans cette région de la dépression du Danakil.
Des restaurants et hôtels sont sortis de terre pour accueillir des touristes, qui viennent des quatre coins du globe admirer les paysages lunaires formés par l'intersection de trois plaques tectoniques.
La matière première de la région a attiré l'attention d'investisseurs: une société éthiopienne a construit à quelques kilomètres de là une installation où l'eau du lac est pompée et versée dans des bassins d'évaporation.
De l'aveu des mineurs eux-mêmes, le sel ainsi récolté est de meilleure qualité que celui de leurs briques, mais il coûte plus cher à produire. "La récolte traditionnelle est assez différente de la nôtre. Elle demande plus d'efforts et de temps", explique à l'AFP le responsable de l'usine, Maheri Asgedew. Celui-ci prédit que son installation, qui a récemment démarré la production, sera un jour la principale pourvoyeuse de sel de la région.
Mais de tous les changements venus perturber le commerce du sel dans les environs, la construction de routes bitumées est sans doute le plus significatif.
L'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique avec quelque 100 millions d'habitants, affiche depuis plusieurs années des taux de croissance très élevés, avoisinant 10% en 2015. Le gouvernement a multiplié les grands projets d'infrastructures, comme des barrages ou des routes, afin de sortir de la pauvreté les quelque 30% de la population qui s'y trouvent encore.
Auparavant, il fallait quatre jours aux caravanes pour rallier la ville la plus proche, Mekele, en empruntant des chemins caillouteux. A présent, les dromadaires s'arrêtent à Berhale, devenu le principal centre de négoce du sel dans la région, qu'une route relie depuis cinq ans à Mekele. Le trajet prend désormais trois jours, un gain de temps que certains caravaniers apprécient.

 

Mardi 18 Avril 2017

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