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Le virus fait le singe


Libé
Lundi 23 Mai 2022

Un plan de riposte marocain pour contrecarrer cette nouvelle variole

Le virus fait le singe
Le Covid n’est pas encore derrière nous que nous parlons de variole du singe. Depuis le début du mois, les autorités sanitaires de plusieurs pays, de l’Europe au Canada, en passant par les Etats-Unis et l’Australie, ont commencé à détecter des cas de cette étrange maladie, dont les précédentes épidémies avaient été très contenues. Quel est ce virus ? Qui est concerné ? Faut-il s’inquiéter de cette flambée de cas ?
Si de nombreux épidémiologistes marocains estiment qu’il est difficile que la maladie atteigne le Maroc, le ministère a tenu à prendre ses dispositions à travers la mise en place d’un plan national de surveillance et de riposte contre la maladie. « Toute personne présentant une éruption cutanée, vésiculeuse ou vésiculo-pustuleuse, avec fièvre au-dessus de 38 degrés sera considérée comme cas suspect», fait part le ministère qui précise que même «les personnes ayant eu un contact avec un cas confirmé dans les 21 jours précédant l’apparition des symptômes, ou tout cas suspect ayant effectué, dans les 21 jours précédant l’apparition des symptômes, un voyage dans un pays où la maladie est endémique ou un pays ayant enregistré une chaîne de transmission depuis début mai 2022, ou tout cas suspect avec atteinte des paumes des mains et/ou des plantes des pieds, ou encore avec présence d’adénopathies seront considérés comme des cas probables.
Le département de Khalid Ait Taleb informe l’opinion publique que tout cas suspect ou probable doit être immédiatement déclaré à l’autorité sanitaire provinciale ou préfectorale. Le plan du ministère conseille l’auto-isolement de deux semaines à toute personne présentant des signes cliniques compatibles avec un cas suspect, même s’il n’est pas classé probable ou même si une forte suspicion de la varicelle ou autres fièvres éruptives n’est pas établie.
Au cas où la maladie toucherait un élève ou un étudiant, il sera immédiatement retiré du cadre scolaire ou estudiantin. Si c’est un fonctionnaire ou autre agent de l’Etat, l’arrêt de travail est automatique, et ils devront suivre un traitement dûment autorisé par un médecin pour une durée de 14 jours. Ils ne seront autorisés à reprendre qu’après présentation d’un certificat de guérison, précise le ministère.

Qu’est-ce que la variole du singe ?
La variole du singe est une maladie infectieuse émergente causée par un virus transmis par des animaux infectés, le plus souvent des rongeurs. Elle peut ensuite se propager d’une personne à l’autre, mais la transmission de personne à personne ne peut à elle seule entretenir une éclosion. La présentation clinique est semblable à celle observée chez les patients atteints autrefois de la variole, mais moins grave. La variole a été éradiquée dans le monde entier en 1980. Cependant, la variole du singe est encore présente sporadiquement dans des régions d’Afrique centrale et occidentale, près des forêts tropicales humides. De manière générale, le taux de létalité dans les épidémies de variole du singe est de 1 à 10 %, mais avec des soins appropriés, la plupart des patients se rétablissent.
S’exprimant dimanche à l’ouverture de l’Assemblée mondiale de la santé de son agence, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, a déclaré : «Bien sûr, la pandémie de Covid n’est pas la seule crise dans notre monde». «A l’heure où nous parlons, nos collègues du monde entier réagissent à des épidémies d’Ebola en République démocratique du Congo, de variole du singe et d’hépatite de cause inconnue, ainsi qu’à des crises humanitaires complexes en Afghanistan, en Ethiopie, en Somalie, au SudSoudan, en République arabe syrienne, en Ukraine et au Yémen», a-t-il expliqué. «Nous sommes confrontés à une formidable convergence de maladies, de sécheresse, de famine et de guerre, alimentée par le changement climatique, les inégalités et les rivalités géopolitiques», a ajouté le chef de l’OMS. «Plusieurs foyers de variole du singe» ont été signalés et maîtrisés en Afrique pendant la pandémie de Covid-19, a déclaré, pour sa part, le directeur adjoint du Centre africain de contrôle des maladies, Ahmed Ogwell. «Nous nous attendons également à ce que d’autres flambées épidémiques surviennent et nous les gérerons de la manière habituelle», a indiqué le Dr Ogwell.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, la plupart des personnes se remettent de la variole du singe en quelques semaines, mais la maladie est mortelle pour une personne sur dix.
Différentes agences de surveillance épidémiologique et des experts ont toutefois précisé que, bien que les cas actuels et leurs formes de contagion soient encore à l’étude, la variole du singe ne constitue pas une menace pour la santé du grand public.
En 2017, une flambée importante s’est produite au Nigeria, un pays qui n’avait enregistré aucune épidémie de variole du singe depuis 40 ans. Cette épidémie dure encore aujourd’hui, alimentée par des transmissions zoonotiques et interhumaines sporadiques et régulières. Un peu plus de 500 cas suspects ont été déclarés à ce jour (parmi lesquels 215 confirmés). Point rassurant : en 5 ans, seuls 8 décès ont été déplorés.

Quels symptômes ?
Les premiers symptômes sont la fièvre, les maux de tête, les gonflements, les douleurs dorsales, les douleurs musculaires et l’apathie générale.
Le symptôme le plus caractéristique apparaît 1 à 5 jours après la fièvre : une éruption cutanée se développe qui commence souvent sur le visage et s’étend ensuite à d’autres parties du corps, principalement les mains et les pieds. Dans de nombreux cas actuels, des personnes ont signalé l’apparition de l’éruption dans la zone génitale. L’aspect de ces types de cloques change et passe par différentes étapes avant de former finalement une croûte qui tombe ensuite. Les lésions peuvent provoquer des cicatrices. Si une personne présente ce type d’éruption, elle doit se rendre chez le médecin et s’isoler pour éviter de transmettre la maladie à d’autres personnes.

Doit-on craindre une forte dissémination ?
Pour l’instant, on ne peut avoir aucune certitude sur ce qui va advenir. Le problème, ce sont ces nouveaux cas qui ne correspondent encore à aucune chaîne de transmission définie. Comme le montre l’évolution quotidienne et en raison d’une incubation relativement longue, le risque est réel que de nouvelles infections se déclarent dans les pays déjà touchés ou dans d’autres pays au cours des prochains jours ou des prochaines semaines. Plusieurs cas survenus en Espagne et en Italie apparaissent en lien avec un événement festif sur les îles Canaries entre le 5 et le 15 mai, ayant rassemblé 80.000 personnes, et ayant pu jouer le rôle d’événement propagateur. De la même façon, en Espagne, pays présentant le plus grand nombre de cas à ce jour, un sauna dans la capitale semble avoir été un foyer de contaminations.
Le point plutôt rassurant est que les épidémies de variole du singe s’éteignent assez vite spontanément. La chaîne de transmission la plus longue identifiée s’étendait sur 7 générations, autrement dit 7 humains se passent consécutivement la maladie avant que la transmission ne s’arrête.

La vaccination serait-elle vraiment efficace ?
Selon l’OMS, le vaccin contre la variole “classique”, qui a provoqué de graves épidémies en Europe jusqu’au XVIIIe siècle, est efficace à 85 % pour prémunir contre la variole du singe, pour laquelle il n’existe pas de vaccin propre. Une vaccination antérieure contre la variole peut donc entraîner une maladie moins grave.
Néanmoins, l’OMS rappelle que la première génération de vaccins contre la variole “n’est plus accessible au grand public” aujourd’hui. En effet, la variole a été éradiquée à l’échelle mondiale en 1980, après le lancement en 1967 par l’OMS du “Programme intensifié d’éradication de la variole”.
Selon le Haut Conseil de la santé publique en France, en 2012, il restait un peu plus de 82 millions de doses de vaccins de première génération. En revanche, après l’éradication de la maladie, “les Etats ont été invités à détruire leurs stocks de virus [nécessaires à la fabrication des vaccins] et les stocks de virus restants ont été confiés à deux laboratoires de sécurité”, aux Etats-Unis et en Russie, selon un document du ministère de la Santé datant de 2006.
 


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