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Le nouvel accord de pêche avec l’UE devrait partir sur de nouvelles bases

Le Maroc parviendra-t-il à assurer une meilleure préservation de ses ressources halieutiques ?




Les négociations Maroc-UE pour le renouvellement de l’accord de pêche commenceront demain mercredi et se poursuivront jusqu’à dimanche 22 avril. La première rencontre aura lieu à Rabat.
Le Conseil des ministres des 28 Etats membres de l’Union européenne, la plus haute instance décisionnelle de l’UE, a, à cet effet, mandaté, hier, la Commission européenne pour négocier un nouveau protocole de pêche avec le Maroc  incluant le Sahara marocain.
Approuvé sans aucune opposition de la part des Etats membres, ce mandat donne le coup d’envoi officiel des négociations que mènera dans les tout prochains jours l’Exécutif européen avec le Royaume, en vue de conclure un nouvel accord, le protocole actuel arrivant à échéance le 14 juillet prochain.
Contacté par Libé, Abderrahmane El Yazidi, secrétaire général du Syndicat national des officiers et marins de la pêche hauturière a affirmé que les négociateurs marocains et européens sont tenus de modifier l’accord de pêche en vue d’y inclure un avenant «qui définit clairement que ledit accord s’applique également au Sahara marocain», et par ricochet mettra un fin au faux débat suscité ces derniers mois par le Polisario et ses acolytes.
Selon lui, le problème ne se limite pas à ce seul point. Il y a, en effet, autre sujet que le Polisario et les ennemis du Maroc instrumentalisent pour déstabiliser les relations entre le Maroc et l’UE. Il s’agit en l’occurrence de l’exploitation des ressources du Sahara marocain et de ses retombées économiques sur nos provinces du Sud ainsi que du consentement de la population locale.
Concernant ce point, le Royaume a déjà, selon ce syndicaliste, prouvé que les deux tiers de la contrepartie financière sont destinés au développement de ces provinces surtout dans le domaine de la pêche.
Concernant le consentement de la population, des réunions des organisations représentatives du secteur de la pêche à l’échelle nationale, du secteur agricole et également des instances élues dans les provinces du Sud ont approuvé l’accord de pêche et l’accord agricole. «Ces documents vont être présentés à la partie européenne et être intégrés dans le texte de l’accord de pêche. Dans ce cas, on va être en accord avec la décision de la justice européenne qui avait affirmé dans son arrêt que l’accord actuel n’est pas clair en ce qui concerne son application au Sahara marocain et également on va aussi être en harmonie avec la légalité internationale en prouvant qu’il y a consentement de la population locale qui bénéficie de la contrepartie financière de l’accord de pêche».
«Ce que j’attends personnellement de cette négociation, c’est que la partie marocaine planche sur  une troisième génération d’accords», a-t-il assuré.
A l’issue de la première génération des accords de pêche Maroc-UE qui a pris fin en 1999, le Maroc avait négocié une nouvelle mouture basée sur davantage de contrôle et excluant des zones de pêche surexploitées notamment en Méditerranée en sus de l’obligation de débarquement de plus de 25% des captures dans les ports marocains. «Maintenant il faut aller vers une troisième génération d’accords incluant l’obligation de débarquement de la totalité des captures des bateaux européens dans les ports marocains», a-t-il soutenu. Ce qui est important pour le Royaume. D’une part, « parce que c’est le seul moyen pour lui de contrôler leurs activités dans les eaux marocaines et les espèces qu’ils ciblent. Et d’autre part, le Maroc pourrait offrir des incitatifs fiscaux ou autres pour encourager les unités de transformation de poisson de l’UE notamment en Espagne à se délocaliser vers les ports marocains comme ceux de Laâyoune et Dakhla», a-t-il expliqué.
Selon lui, le Maroc doit veiller également à ce qu’il y ait embarquement d’un officier de pont marocain. «Les Européens peuvent accepter, d’après lui, des marins ou des mécaniciens à bord, mais ils refusent d’embarquer des officiers de pont parce qu’ils savent pertinemment qu’ils vont acquérir un  savoir-faire inestimable dans un domaine où il y a toujours des nouveautés».
«Je crois qu’il est intéressant dans la nouvelle mouture du prochain de pêche Maroc-UE de spécifier la présence d’un officier de pont (officier qui travaille dans la passerelle et dirige le navire et les opérations de pêche) en tant que membre d’équipage rétribué par les armateurs».
Abderrahmane El Yazidi nous a, par ailleurs, précisé que dans l’actuel accord de pêche, il n’y a pas obligation de présence d’un observateur scientifique marocain permanent à bord. Selon lui, «sans la présence de cet observateur qui relève de l’Institut national de recherche halieutique, on laissera la porte ouverte aux mauvaises pratiques et à la pêche illicite».
Il convient de préciser que le mandat de négociation donné hier par le Conseil des ministres des 28 Etats membres de l’UE à la Commission européenne et approuvé sans aucune opposition confirme non seulement la poursuite du partenariat entre le Maroc et l’UE dans le secteur de la pêche, mais constitue aussi un gage supplémentaire de sécurité juridique des accords liant le Royaume à l’Europe.
La consolidation de ce partenariat est une nouvelle victoire diplomatique du Royaume, qui a su faire face avec sagesse et fermeté à "la guérilla judiciaire" orchestrée par l’Algérie et le Polisario visant ses accords commerciaux avec l’Europe.
L’adoption de ce mandat apporte également un démenti formel aux allégations véhiculées par l’Algérie et le Polisario et atteste du fait que l’Union européenne a su prendre la bonne mesure des efforts déployés par le Royaume pour le développement de ses provinces sahariennes, à la faveur d’ambitieux programmes de relance économique qui ont pris en compte l'intérêt et les revendications des habitants sont, dans le cas d’espèce, les acteurs essentiels de la démarche participative qui préside à la gestion de la chose publique locale.
Ce constat a d’ailleurs été confirmé, chiffres à l’appui, dans un rapport d’évaluation de l’actuel accord de pêche élaboré par la Commission européenne.
Elaboré par la Direction des affaires maritimes relevant de l’Exécutif européen, ce rapport a estimé que le dit accord s’est révélé "efficace dans l’atteinte de son objectif de durabilité de l’exploitation", se félicitant de la coopération scientifique entre les deux parties.
Selon ce même document, l’accord de pêche a également atteint son objectif de soutien au développement durable du secteur. Cet objectif a été concrétisé grâce notamment à la contribution de l’appui sectoriel à la mise en œuvre de projets de la stratégie Halieutis et à l’embarquement de 200 marins marocains à bord des navires de pêche européens (près de 1.000 contrats d’embarquement conclus).
Il note également que la mise en œuvre de l’appui sectoriel de l’accord de pêche se fait à un rythme "très satisfaisant", rappelant que les régions de Dakhla-Oued Eddahab et Laâyoune-Boujour-Sakia El Hamra concentrent 66% de l’enveloppe totale de l’appui sectoriel, soit environ 37 millions d’euros.
Ce rapport précise, en outre, que les premières estimations des retombées socioéconomiques de l’appui sectoriel ont fait apparaître la création de 180 emplois directs, l’amélioration des conditions de travail d’environ 59.000 personnes qui tirent leur subsistance de secteur ou de ses activités connexes et 75% des impacts socioéconomiques ont bénéficié à ces mêmes régions.

Mourad Tabet
Mardi 17 Avril 2018

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