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Le gouvernement français défend son plan de sortie de crise

Crainte d’une extension de la colère à d'autres secteurs




L'Exécutif s’est déployé hier à l'Assemblée et dans les médias pour défendre ses mesures visant à apaiser la crise des "gilets jaunes", alors que se profile le risque d'un nouveau week-end de violences.
Le Premier ministre Edouard Philippe devait faire une déclaration devant les députés "sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d'achat". Elle devait être suivie de trois heures trente d'interventions d'orateurs des groupes politiques, la moitié de ce temps étant dévolue aux oppositions.
La procédure est prévue par la Constitution, mais elle est assez rare et n'a jamais été mise en œuvre sur un sujet brûlant d'actualité.
Pour le gouvernement qui répètera l'opération aujourd’hui  au Sénat, cette fois sans vote, il s'agit d'enfoncer le clou après l'annonce d'un moratoire de six mois sur la hausse de la taxe carbone, d'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité cet hiver, et du renoncement à durcir le contrôle technique automobile avant l'été.
Côté médias, pas moins de neuf ministres étaient en mission d'explication dans la matinée sur les radios et télévisions.
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a notamment mis en garde contre "le chaos", qui ne va pas "résoudre les problèmes des fins de mois".
Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a réaffirmé de son côté que si l'Exécutif ne trouvait "pas de solution" à l'issue de la concertation menée jusqu'au 1er mars, il "renoncera" définitivement à la hausse des taxes. M. Griveaux a également entrouvert la porte à un possible rétablissement de l'Impôt sur la fortune (ISF), mais seulement après une évaluation par le Parlement, vraisemblablement à partir de "l'automne 2019".
Le gouvernement craint une extension de la colère à d'autres secteurs, au moment où la FNSEA annonce que les agriculteurs vont eux aussi se mobiliser. Les fédérations CGT et FO du secteur du transport routier ont appelé pour leur part à la grève à partir de dimanche soir pour une durée indéterminée. La situation est également tendue dans les lycées.
Les premières mesures prises, parmi les plus demandées par les "gilets jaunes", et que presque toute la classe politique - à l'exception des écologistes - préconisait, constituent un recul pour l'Exécutif, qui insistait jusqu'à ces derniers jours sur sa détermination à "garder le cap" fiscal de la transition écologique.
Emmanuel Macron et son Premier ministre ont fini par considérer qu'elles s'imposaient après trois semaines de blocage dans toute la France, ponctuées par deux samedis émaillés par des scènes d'émeutes, en particulier à Paris.
Le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, a lui aussi tenté de temporiser en annonçant le report des ordonnances attachées à la loi Alimentation.
Image troublante sur l'état de tension du pays: le président a été hué et insulté lors d'une visite surprise mardi en fin de journée à la préfecture du Puy-en-Velay, incendiée samedi. La cote de confiance du chef de l'Etat s'est effondrée à 23% (-6), selon un sondage Ifop-Fiducial.
"Le gouvernement a été trop techno et trop long à répondre", a estimé la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa.
Selon un sondage BVA publié mardi soir, sept Français sur dix considèrent qu'un report de la hausse des prix des carburants prévue au 1er janvier justifierait l'arrêt des manifestations. Mais partout en France, les appels à se mobiliser une nouvelle fois samedi sont pour l'heure maintenus.
Eric Drouet, l'un des instigateurs les plus connus du mouvement, a appelé à "retourner à Paris" samedi, "près des lieux de pouvoirs, les Champs-Elysées, l'Arc de Triomphe, Concorde".
Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a invité "les gilets jaunes raisonnables" à ne pas se rassembler à Paris samedi, et a promis d'accroître la mobilisation des forces de l'ordre en France.
Les appels à un changement profond de politique se poursuivent aussi dans le monde politique et syndical.
Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a plaidé pour que le gouvernement ne s'en tienne pas à un moratoire de six mois sur la hausse des taxes, mais qu'il gèle "au niveau de 2018 l'ensemble de la taxation de l'énergie".
M. Larcher a aussi évoqué "l'augmentation du quotient familial", "l'indexation des retraites" sur l'inflation "que l'Assemblée nationale a rejetée", et "la suppression de la taxe assurance emprunteur".
Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a appelé, de son côté, le gouvernement à mettre en place "une vaste réforme fiscale", estimant que "la mère des batailles, c'est la question de la justice fiscale".

Jeudi 6 Décembre 2018

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