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Le cannabis reconnu médicalement utile par l'ONU

Une évolution qui devrait stupéfier les islamistes





Le cannabis est désormais reconnu pour son utilité médicale. En effet, la Commission des stupéfiants des Nations unies (CND) a décidé, récemment, le reclassement du cannabis et de sa résine dans les conventions internationales. Le cannabis pourra ainsi être utilisé dans la fabrication de médicaments, au même titre que l’opium ou la morphine, sans que son utilisation soit découragée par l’ONU comme ce fut le cas jusqu’alors.

Le Maroc a été parmi les 27 pays qui ont voté lors de la 63ème session de la CND pour la reconnaissance officielle des propriétés médicinales du cannabis. Il a été le seul pays de la région MENA à voter favorablement pour le retrait du cannabis de la catégorie des drogues du tableau IV de la Convention de 1961. Cette reconnaissance officielle de l’ONU de l’utilité médicinale du cannabis signifie-t-elle la légalisation de la production, l'usage et la vente du cannabis ? «La Convention de 1961 et celles qui l’ont précédée ou celle de 1971, etc, n’ont pas eu comme but d’interdire le cannabis, mais d'en contrôler le marché.

L'utilisation du cannabis à des usages industriels n’a jamais cessé et la France demeure l’un des pays les plus producteurs dans ce domaine», nous a déclaré Khalid Mouna, anthropologue et professeur de sociologie à l’Université Moulay Ismail de Meknès. Et de poursuivre : «On oublie souvent que les régimes législatifs ont comme but le contrôle international des drogues et de réguler le marché légal de l’opium. Avec ce changement, les pays producteurs peuvent édicter de nouvelles législations nationales en matière de production du cannabis. Cela peut inclure la vente et l’usage régulier comme c’est le cas en Europe».

Mais, la régulation de cette question au Maroc sera-t-elle aisée ou y aura-t-il des contraintes sociales, culturelles et juridiques? Pour notre interlocuteur, la contrainte viendra essentiellement d’un enjeu politique très serré. Selon lui, les islamistes au pouvoir vont faire bloc car toute légalisation peut être perçue comme une attaque à leur légitimité politique et idéologique. «Le cannabis a des assises culturelles et sociales, voire juridiques pré-coloniales et même coloniales qui permettront d’intégrer ce changement aisément. Il ne faut pas oublier que le Dahir de 1954 a été signé par Benarafa, sultan illégitime au Maroc», nous a expliqué Khalid Mouna.

A rappeler qu’en avril 2016, le PJD avait publié un communiqué où il considérait la question de la légalisation du cannabis dans les régions Nord du Maroc comme «des solutions illusoires et dangereuses". Il a rejeté catégoriquement les approches "douteuses" tendant à dépénaliser la culture, la distribution ou la consommation du cannabis; lesquelles constituent un danger pour la santé des citoyens et leur intégration dans la société ».

Pour la direction du PJD, «la dépénalisation du kif conduira inévitablement à sa prolifération et à conférer plus de pouvoir aux réseaux de trafic de drogue... ». Mieux, le communiqué a ajouté que «tant qu'aucun investissement industriel afférent au cannabis n'est à l'ordre du jour, que ce soit en interne ou en externe, son usage à des fins médicales n'est que pure illusion". Pour le PJD, «le traitement sérieux du phénomène passe par le développement socioéconomique des régions concernées. Et cela ne peut se faire qu'à travers la mise à niveau des infrastructures et la création d'activités alternatives génératrices de revenus».

Une position que ne partage pas le PAM qui a demandé à l’issue d’une conférence internationale sur le cannabis et les drogues, organisée en mars 2016,soit un mois avant le communiqué du PJD, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), d'étudier la possibilité d'une politique alternative en matière de drogues sous le prisme du développement durable et de la réhabilitation socioéconomique des cultivateurs de cannabis touchés parla pauvreté; de la légalisation et de la régulation de la culture du cannabis et de la valorisation de ses usages industriels et médicinaux. Il a également demandé que le Conseil national des droits de l'Homme soit chargé de procéder à une étude des perspectives liées à la révision de l'arsenal juridique relatif aux drogues. Concernant les conséquences que ce vote pourrait avoir sur la place du Maroc au niveau mondial puisqu’il s’agit de l’un des premiers producteurs selon le dernier rapport de l'ONUDC et sur les régions concernées par la production du cannabis, notre source avance qu’on est devant une autre question qui peut être revue. «Le Maroc est l'un des grands producteurs et non pas le premier, on n’a pas de données sur d’autres pays comme l’Afghanistan. Il faut aussi savoir que plus de 50% du cannabis consommé en Europe est produit en Europe. Nous avons, en revanche, un sérieux problème lié à l’arrivée massive de plusieurs hybrides depuis les années 80 qui ont changé la donne avec moins de superficies emblavées et plus de production car ces hybrides sont très productifs», nous a précisé l’auteur du livre :«Le bled du kif :Economie et pouvoir chez les Ketama du Rif».Et de conclure que "nonobstant le problème qui va se poser avec les producteurs sur la manière de produire, le type de produit et la qualité de la production, je ne pense pas que le Maroc va autoriser une consommation légale, mais juste au niveau pharmaceutique, mais cela nécessite du temps et une véritable réflexion. La culture du cannabis dans le Rif central n’est pas qu’une activité économique. Elle est un facteur de stabilité sociale».

Hassan Bentaleb

Libé
Vendredi 4 Décembre 2020

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