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Le S.O.S intense des professionnels de la santé : Réforme infirme

L’alerte vient d’emblée de la région pilote


Mohamed Assouali
Mardi 10 Mars 2026

Le S.O.S intense des professionnels de la santé : Réforme infirme
Six mois après le lancement des unités sanitaires territoriales dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, les premières difficultés apparaissent déjà. Si la réforme du système de santé peine à trouver son équilibre dans une région considérée comme relativement mieux dotée en infrastructures et en ressources humaines, la question devient inévitable : comment réussir sa généralisation à l’ensemble du territoire national ? Au-delà d’un simple débat sectoriel, c’est la crédibilité du chantier de réforme de la santé et du projet d’etat social qui se joue aujourd’hui. «Les réformes se jugent moins à leurs promesses qu’à leurs premiers effets». L’expérience des unités sanitaires territoriales lancée dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma en apporte aujourd’hui une illustration révélatrice.

A peine six mois après son lancement, les premiers signaux d’alerte apparaissent déjà. Les professionnels de santé, à travers leurs organisations syndicales, expriment leurs inquiétudes face aux difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ce nouveau modèle de gouvernance sanitaire.

La question qui s’impose désormais est simple mais décisive : si cette réforme rencontre déjà des obstacles dans une région considérée comme l’une des plus structurées du pays sur le plan sanitaire, que se passera-t-il lorsqu’elle sera généralisée à l’ensemble des régions du Royaume ?
Car au-delà d’une simple expérimentation administrative, c’est bien la crédibilité de la réforme du système national de santé qui est aujourd’hui en jeu, à un moment où le Maroc s’est engagé dans l’un des plus grands chantiers sociaux de son histoire : la généralisation de la protection sociale.
 
Une réforme ambitieuse confrontée à l’épreuve du réel
 
Sur le plan conceptuel, la création des groupements sanitaires territoriaux constitue une évolution importante dans l’organisation du système de santé marocain. Inspiré de modèles internationaux, ce dispositif vise à structurer l’offre de soins autour de réseaux territoriaux intégrés capables de mieux coordonner les différents niveaux de soins et d’optimiser la gestion des ressources.

Cette logique s’inscrit dans le cadre de la loi-cadre 06.22 relative au système national de santé, qui ambitionne de moderniser la gouvernance du secteur et d’améliorer la qualité des services offerts aux citoyens.
Mais l’histoire des politiques publiques rappelle une vérité essentielle : les réformes institutionnelles ne se jugent pas à la qualité de leurs textes, mais à leur capacité à produire des résultats concrets sur le terrain.
Or les premières observations issues de la région pilote montrent que la mise en œuvre de cette réforme se heurte déjà à plusieurs difficultés.
 
Un signal d’alerte venu du cœur du système
 
Le communiqué publié par le Syndicat national de la santé publique dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma constitue un signal d’alerte que les pouvoirs publics ne peuvent ignorer.
Ce texte met en évidence un climat de tension croissante dans les établissements de santé et met en garde contre les risques d’une généralisation précipitée de la réforme sans correction préalable des dysfonctionnements observés.
 
Parmi les difficultés signalées figurent notamment :

Les retards dans le paiement de certaines indemnités liées aux gardes et aux astreintes
La suppression de la prime de rendement
Les blocages dans les promotions professionnelles
Les incertitudes entourant les nouveaux mécanismes de rémunération.
Ces difficultés ne sont pas de simples détails administratifs. Elles touchent directement aux conditions de travail des professionnels de santé et fragilisent leur adhésion à une réforme pourtant censée moderniser le système et motiver les professionnels de santé.

Le défi structurel des ressources humaines
 
La réforme du système de santé ne peut être dissociée de la question centrale des ressources humaines.
Le Maroc souffre depuis longtemps d’un déficit structurel en personnel médical et paramédical. Les données disponibles indiquent qu’il existe environ 7 médecins pour 10.000 habitants, alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande un ratio supérieur à 15 médecins pour 10.000 habitants.

La situation est également préoccupante pour les infirmiers et techniciens de santé, dont les effectifs restent insuffisants pour répondre à la demande croissante de soins.
Dans ces conditions, réorganiser l’ensemble du système de santé sans renforcer de manière significative les ressources humaines et les moyens logistiques risque de créer de nouvelles tensions dans un secteur déjà sous pression.
 
Le paradoxe de la région pilote
 
Le choix de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma pour lancer cette expérimentation devait constituer un laboratoire favorable à la réforme.
La présence du Centre hospitalier universitaire de Tanger, l’existence d’hôpitaux régionaux et provinciaux et la densité relative du réseau de soins de proximité semblaient offrir un terrain propice à l’expérimentation.

Mais précisément, si la réforme peine à produire ses effets dans une région relativement mieux dotée que d’autres, la question devient inévitable : qu’en sera-t-il dans les régions confrontées à des déficits plus importants en infrastructures et en personnel ?

Les professionnels de santé au cœur de la réforme
 
Toute réforme du système de santé repose d’abord sur celles et ceux qui assurent son fonctionnement quotidien : médecins, infirmiers, techniciens et personnels administratifs.
Un système de santé qui ne valorise pas ses ressources humaines, qui ne garantit pas des conditions de travail dignes et qui néglige le dialogue social fragilise inévitablement ses propres réformes.
Les professionnels de santé ne sont pas de simples exécutants de politiques publiques. Ils constituent le socle humain sur lequel repose toute politique sanitaire crédible.
 
Corriger avant de généraliser
 
L’expérience des groupements sanitaires territoriaux dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma doit être considérée pour ce qu’elle est : un test grandeur nature de la capacité du système institutionnel marocain à conduire des réformes complexes. Ignorer les signaux d’alerte serait une erreur.

La question n’est pas de ralentir la réforme, mais de la réussir. Et réussir une réforme suppose parfois d’accepter d’en corriger la trajectoire avant d’en généraliser le modèle.
Car une politique publique ne se mesure pas à la rapidité de son lancement, mais à sa capacité à améliorer concrètement la vie des citoyens et à restaurer la confiance dans l’action publique.
 
La santé, fondement de l’Etat social
 
Au moment où le Maroc s’engage dans le chantier historique de la généralisation de la protection sociale, la réforme du système de santé constitue un test majeur pour la crédibilité du projet d’Etat social.

Pour l’Union Socialiste des Forces Populaires, la réussite de cette réforme ne peut reposer uniquement sur une réorganisation administrative. Elle exige une vision globale fondée sur :
L’investissement dans les ressources humaines
Le renforcement du dialogue social
L’amélioration de l’offre de soins
Et une gouvernance transparente et responsable.
Car la santé n’est pas seulement une question de gestion publique. Elle constitue l’un des fondements essentiels de la justice sociale et de la dignité citoyenne.
Et si la réforme du système de santé doit réussir, elle devra d’abord répondre à une exigence simple mais fondamentale : placer le citoyen et les professionnels de santé au cœur des politiques publiques, plutôt qu’au bord des décisions administratives.

Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique
Secrétaire provincial de l’Union Socialiste des Forces Populaires à Tétouan


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