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La rue algérienne vient à bout de la durabilité de Bouteflika

Le système, lui, a plutôt la vie dure




«J’ai l’honneur de vous notifier formellement ma décision de mettre fin au mandat que j’accomplis en qualité de président de la République …».
La messe est dite. Celui qui trônait à la tête de l’Algérie depuis 1989 et qui, hier encore, visait (et même qu’il s’y accrochait dur comme fer) à briguer un cinquième mandat, n’a même pas été en mesure d’aller au bout du quatrième.
Et comme dans toute lettre de démission qui se respecte, il fallait bien qu’il argumente, le désormais ex-président : « Cette décision que je prends en mon âme et conscience est destinée à contribuer à l’apaisement des cœurs et des esprits de mes compatriotes, pour leur permettre de projeter ensemble l’Algérie vers l’avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement ».
Ainsi donc la projection vers un avenir meilleur se fera sans Abdelaziz Bouteflika. Quid du système dont ne veulent pas non plus ces centaines de milliers d’Algériens qui, des semaines durant, ont battu le pavé pour dire tout le mal qu’ils en pensent ? Ils l’ont fait avec les tripes, tout en sachant faire valoir leurs revendications dans une mobilisation responsable, pacifique, sans dépassement.
Une attitude saluée à juste titre par le monde.
Maintenant que le président a abdiqué (c’est le cas de le dire), analystes ou journalistes de tous bords, se représentent plusieurs scénarios alors que ceux qui ont manifesté et protesté nourrissent l’appréhension de voir leur soulèvement (révolution ?) détourné comme cela s’est passé ailleurs.
Tant il est vrai que pendant toutes ces longues années de règne de Bouteflika, ils étaient deux clans à chercher à persuader le chef de leur poids et de leur importance, en le courtisant, chacun à sa manière. Stratagème auquel le président ne pouvait être insensible. Son approche outrageusement clientéliste devait satisfaire les uns et les autres. Mais, c’est là que le bât (la manne plutôt) blesse. Les immenses richesses pétrolières entre autres profitaient à ladite oligarchie pendant que le peuple se débattait dans une triste misère socioéconomique. Le terme « la hogra » (mépris dans sa plus forte connotation) prenait alors de plus en plus d’ampleur dans un pays dont plus de 50% de la population ont moins de 30 ans.
Si le peuple veut en toute légitimité que les choses changent, radicalement qui plus est, les courtisans comme l’armée s’accommoderaient fort bien d’un statu quo plus que juteux.
Mais avec le soulèvement populaire, il fallait jouer la montre, il fallait parer au plus pressé. Et à ce jeu-là, c’est l’armée qui a, bien entendu, les faveurs de tous les pronostics. Il en a toujours été ainsi depuis 1962 et surtout en 1965 quand un coup d’Etat militaire a évincé Ahmed Beb Bella pour le remplacer par le colonel Houari Boumediene.
Abdelaziz Bouteflika était dans le  coup. Il allait en tirer profit et être conforté à la tête de la diplomatie algérienne, poste dans lequel il a perduré pendant plus d’une décennie. A la mort plus que suspecte de Boumediene, il tombera en disgrâce, non pas forcément aux yeux du président Chadli Benjdid mais de ceux de l’armée toujours aussi omniprésente. Le temps toutefois d’un exil doré en Suisse et dans le Golfe, bien qu’il ait été accusé d’extorsion de fonds.
Son retour en grâce, il le devra à ce raz-de-marée islamiste qui a marqué les communales et par la suite les législatives avant que le processus de démocratisation ne soit purement et simplement avorté.
De dures années de guerre civile s’en sont suivies. Et c’est là que le gardien du temple, l’armée en l’occurrence, fait appel à Abdelaziz Bouteflika en 1999. Les choses se calment ou se tassent. Après un premier mandat, un deuxième, puis un troisième suivront. Et même un quatrième qui, selon le bon sens, ne devait pas avoir lieu, le président  re-re et re-sortant ayant été frappé par un fulgurant AVC en 2013 qui a considérablement réduit ses capacités physiques et forcément mentales. Mais c’est le cinquième qui était de trop. Le peuple investit la rue pour crier toute sa colère. Pour exprimer son rejet d’une démocratie qui n’en était pas une. Pas de cinquième mandat, clamait-on. Sauf que ce n’est pas fini, il y a bien d’autres revendications qui sont toujours d’actualité. L’éradication du système ! La séparation des pouvoirs ! Une vraie démocratie quoi ! Et pas de pacotille ! Bref, là où ça fait mal.
Cela risque de ne pas trop plaire aux deux fameux clans qui, pendant ce temps, se sont déclaré la guerre. Discrète ou sournoise chez les uns, manifeste et criante chez les autres.
L’armée est de ce fait montée au créneau. Et voilà que les gradés se souviennent comme par enchantement qu’il y a des détournements, des falsifications et de la franche prévarication dans l’entourage du désormais ex-président. Même un certain Saïd Bouteflika, le frère à tout faire, se voit poursuivi pour faux et usage de faux. Le fait que les plaintes déposées à son encontre aient été jugées recevables dénote à lui seul du poids et de l’importance de l’armée et de son influence sur le déroulement actuel des événements. Et pour ajouter à ses galons, la (non) grande muette a collé aux revendications des manifestants. De ce fait, ceux d’en face font profil bas. Les militaires, eux, bombent le torse à travers leur mentor Ahmed Gaïd Salah.
Il n’en reste pas moins que l’on est à l’heure de la transition démocratique en attendant les prochaines élections que le peuple appelle de ses vœux pour peu qu’elles soient intègres et transparentes.
La Constitution veut que ce soit le président de la Chambre haute du Parlement qui assure l’intérim en attendant. Or, cela tranche avec cette éradication du système voulue par les Algériens. Abdelkader Bensaleh, un pro-Bouteflika pur et dur, est le symbole même de ce régime tant abhorré.
Du coup, l’on évoque la possibilité de confier cette mission à l’un ou l’autre des deux hommes d’Etat que sont Benflis ou Hamrouch qui, argumente-t-on, bien qu’ils soient tout aussi âgés que ceux bannis, ont le privilège de ne pas avoir de sang sur les mains ni d’avoir été impliqués dans quelques sales affaires.
Attendons pour voir. Le feuilleton ne fait que commencer. Après un début très prometteur, souhaitons un happy-end.

Mohamed Benarbia
Jeudi 4 Avril 2019

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1.Posté par Rachid Gnane le 03/04/2019 20:19 (depuis mobile)
Au niveau de la démocratie réel, la citoyenneté algérienne résonne les règles de la loi afin qu'elle accédera au futur ouvert sans évanouissement ...cela signifie que le peuple à une présentation de peaufiner son union global au sens inné.

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