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La pandémie, à double-tranchant pour le climat




La pandémie, à double-tranchant pour le climat
Alors que les gouvernements du monde entier se battent pour protéger leurs populations sans anéantir leurs économies, la pandémie de Covid-19 a relégué la crise climatique au second plan. Mais elle offre aussi une chance d'un "monde d'après" plus durable et décarbonné.
En chinois, le mot "crise" est composé de deux caractères: danger et opportunité.
Mais pour l'instant, le premier est bien plus présent que le second chez les économistes.
Ainsi, les mesures de confinement s'arrêtent à la fin juin, le FMI, qui a baptisé cette crise le "Grand Confinement" (Great Lockdown), table sur une contraction de 3% du PIB mondial en 2020. Et ça pourrait être bien pire si la pandémie se poursuit jusqu'à 2021.
A court terme, la lutte contre le virus est évidemment la priorité des dirigeants mondiaux.
Mais si la question climatique n'est pas intégrée dans les décisions des semaines et mois à venir, l'espoir de limiter le réchauffement à +2°C, objectif minimal de l'Accord de Paris, pourrait s'évaporer une fois pour toutes.
"Les gouvernements dépensent des fortunes pour maintenir leurs économies à flot", commente Michael Oppenheimer, de l'université de Princeton.
"Cet argent peut être dépensé soit de manière neutre pour le problème climatique, soit en aggravant la situation, soit en l'améliorant", explique-t-il à l'AFP.
Pour Stephen Hammer, responsable climat à la Banque mondiale, les priorités actuelles ne doivent pas évincer les objectifs de long terme. "Et en premier lieu: la décarbonation de l'économie mondiale", a-t-il écrit dans un récent blog avec son collègue Stéphane Hallegatte.
Les plans de relance de centaines de milliards de dollars, d'euros, de yens et de yuan, doivent inclure des investissements vers les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, la résilience des infrastructures aux inondations ou aux sécheresses, et des transports publics durables, plaident-ils.
Et doivent au contraire éviter les énergies fossiles, ajoutent-ils.
En Europe, les ministres de l'Environnement de 17 pays ont assuré début avril qu'ils "ne perdraient pas de vue la crise écologique et environnementale", soulignant l'importance du projet de Pacte vert européen, "stratégie de croissance" capable de "stimuler l'économie et de créer des emplois, tout en accélérant la transition verte".
L'UE a un rôle crucial à jouer pour aller dans le sens du climat, insiste Laurence Tubiana, architecte de l'Accord de Paris.
"Je suis toujours réticente à dire c'est "+make or break+, mais si on a investi toutes nos capacités, toutes nos ressources au plan national et européen, et qu'on ne les a pas mis dans la bonne direction, je serais quand même pessimiste", indique-t-elle à l'AFP.
L'autre joueur incontournable est la Chine, qui a envoyé des signaux contradictoires.
 
Après la crise économique de 2008, Pékin avait injecté des milliers de milliards de yuans dans des projets d'infrastructures énergivores, provoquant une hausse des émissions de CO2 des centrales à charbon.
"Aujourd'hui, les dirigeants chinois ont plus d'options", assure Li Shuo, de Greenpeace, même si le climat n'est pas leur priorité.
Côté américain, Donald Trump souligne l'importance du secteur pétrolier américain, tout en soutenant les compagnies aériennes.
Pour Elizabeth Wilson, du Dartmouth College, à ce stade, la composition des plans de relance n'est pas une bonne nouvelle pour le climat.
"Les milliers de milliards de dollars d'argent public de capitaux privés nécessaires pour une transition de grande ampleur réduisant les émissions de gaz à effet de serre tout en s'adaptant au dérèglement climatique ne seront probablement pas disponibles", s'inquiète-t-elle.
Dans les pays du Sud, où les impacts du réchauffement ne sont pas arrêtés pendant que le monde est focalisé sur la pandémie, les conséquences risquent d'être désastreuses.
"Nous craignons que les fonds nécessaires pour s'attaquer au Covid-19 soient pris sur les actions climatiques", explique Harjeet Singh, de l'ONG Action Aid.
"Tout soutien aux pays en développement dans le cadre de la lutte contre le coronavirus doit en même temps renforcer leur résistance au changement climatique", insiste-t-il.
Mais d'autres observateurs sont plus optimistes, alors que le confinement de milliards de personnes a de fait réduit la consommation énergétique.
"Somme toute, la crise va réduire les émissions de CO2 et accélérer la transition vers les énergies renouvelables", assure à l'AFP Jeffrey Sachs, directeur du Center for Sustainable Development à l'université de Columbia.
Ce confinement pourrait aussi changer les habitudes des populations qui pourraient ne plus avoir envie de prendre un avion pour un week-end.
"Les gens pourraient réaliser qu'ils peuvent se passer de pratiques coûteuses et pénibles, comme les déplacements domicile-travail", estime ainsi Michael Oppenheimer.
Alors que le nouveau virus pourrait venir selon certains scientifiques d'une espèce de chauve-souris, l'humanité a peut-être aussi pris conscience du message martelé depuis des années par les défenseurs de l'environnement: son action sur la nature a des conséquences.

Mercredi 22 Avril 2020

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