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La campagne de vaccination devra servir de modèle

La question de l'accès des migrants aux soins de santé refait surface



La campagne de vaccination est en cours. Le Maroc compte vacciner 80% de sa population âgée de 18 ans et plus avec, à terme, l'objectif de généraliser cette opération à toute la population soit 25 millions d'habitants. Les étrangers résidant dans le Royaume, âgés entre 17 et plus de 75 ans, bénéficieront également de cette campagne. Pourtant, une question s’impose : est-ce que cela concerne l’ensemble de la population migrante présente sur le territoire national, abstraction faite de son statut juridique ?

En fait, plusieurs associations œuvrant dans le domine de la défense des droits des migrants (Papiers pour tous, Organisation démocratique du travail– Immigrés (ODT-I), Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM) et Association Beni Znassen pour la culture, le développement et la solidarité (ABCDS)) estiment que certains aspects techniques et administratifs risqueraient d’exclure ou d’entraver l’accès d’une partie de la population migrante à la vaccination contre la Covid-19.

Dans un récent communiqué, ces quatre ONG estiment que certaines catégories de migrants ne sont pas en mesure de s’inscrire sur la plateforme www.liqahcorona.ma en l’absence d’un titre de séjour valide comme l’exige le formulaire en ligne et se verraient de facto exclues de cette opération de vaccination. C’est le cas des migrants dont le titre de séjour a déjà expiré et n’a pas été renouvelé à ce jour; des migrants qui ne sont en possession d’aucun titre de séjour et dont la demande de régularisation a été rejetée en 2014 et/ou en 2017; des migrants qui ne sont en possession d’aucun titre de séjour et qui n’ont pas déposé de demandes de régularisation en 2014 et/ou en 2017 ou qui sont arrivés au Maroc après la deuxième opération exceptionnelle de régularisation des étrangers de 2017, et des migrants installés dans des zones non urbaines (forêts, montagnes…) et qui vivent presque en autarcie. Le Maroc va-t-il emboîter le pas à la Colombie où le président de droite Iván Duque a décidé de « trier » les gens à vacciner ? En effet, ce dernier a décrété, selon le site Ouest France, que « les Vénézuéliens sans papiers, ceux qui ne peuvent pas prouver leur nationalité colombienne et dont la situation n’est pas régularisée » n’y auront pas le droit. Cela concerne plus de la moitié des 1,7 million de réfugiés et migrants vénézuéliens présents dans le pays, selon le ministère des Affaires étrangères.

Ebeha Beyeth Gueck, président de l’Association Banque de solidarité, balaye d'un revers de main cette hypothèse. Selon lui, des sources de l’Institut Pasteur lui ont affirmé que le vaccin sera gratuit et accessible à tout le monde. « Il s’agit, en effet, d’un vaccin comme les autres qui est censé être dispensé sans distinction entre les nationaux et les étrangers », nous a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « D’ailleurs, le cas des testes PCR est illustratif puisque ces testes ont été administrés à toute personne sans considération de sa nationalité ou son statut juridique. S’il y a aujourd’hui exigence d’une carte d’identité ou carte de séjour en validation, ce qui signifie implicitement l’exclusion de certaines personnes, il faut voir ce que l’Etat prévoit comme plan B pour ces individus», a-t-il souligné.

Du côté du ministère de la Santé, cette question est purement technique et mérite réflexion. Mais pas dans l’immédiat puisque la campagne de vaccination est à son début et s’étalera sur une période estimée à 12 semaines et aura lieu en deux temps, soit deux doses séparées de 21 jours. Pour certains observateurs, cette question d’accès aux vaccins suscite de nouveau le débat sur la place des migrants dans le système de santé national.

En fait, aucun texte de loi n’encadre la question de la couverture médicale pour les migrants et réfugiés. Seul le décret de 2011 sur l’accès aux hôpitaux publics garantit ce droit aux étrangers mais uniquement pour les services de base (cas d’urgence, accouchements…). Autrement dit, les migrants et les réfugiés ne bénéficient aujourd’hui que de l’accès aux établissements de premiers soins et aux services d’urgence alors que l’accès aux services dispensés par les réseaux de santé et les filières de soins non-urgents est réservé aux usagers disposant d’une carte de l’AMO pour les salariés, de celle du RAMED pour les personnes pauvres ou vulnérables ou aux usagers bénéficiant d’une prise en charge personnelle. Concernant les refugiés, il faut noter que leur cas ne mérite pas la promulgation d’un texte de loi puisqu’il y a la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

En attendant l’inscription de cette question sur l’agenda politique, les ONG signataires dudit communiqué de presse appellent les autorités marocaines à mettre en place des mesures adaptées qui prennent en considération la spécificité de cette population; à faire preuve de plus de flexibilité que lors des deux opérations de régularisation de 2014 et de 2017 afin de faire bénéficier tous les migrants qui le souhaitent de cette opération nationale de vaccination, conformément à l’approche humaniste prônée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI; à impliquer les acteurs et organisations de la société civile dans les efforts de sensibilisation et de vulgarisation relatifs à cette opération de vaccination et plus particulièrement en ce qui concerne l’identification et l’inscription des migrants relevant des catégories 4 et 5 susmentionnées et à diffuser des messages clairs pour rassurer et mettre en confiance les migrants réticents ou méfiants, notamment les personnes en situation administrative irrégulière.

Hassan Bentaleb

Libé
Jeudi 28 Janvier 2021

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