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La Déclaration de Rabat


Emanant de la réunion de concertation parlementaire africaine sur le thème : « Le climat et le développement durable, des accords à l’action : la vision des parlementaires africains »



Les présidents des Parlements nationaux et leurs représentants, les présidents et responsables des organisations parlementaires africaines continentales et régionales, réunis à Rabat  le 27 octobre 2017 à l'invitation du Parlement du Royaume du Maroc :
Conscients de leur responsabilité en tant que représentants de leurs peuples dans la défense des causes du continent africain et des droits de ses peuples en matière de développement durable et de progrès ;
Affirmant l’importance stratégique de la Déclaration finale du Sommet africain pour l’action, tenu à Marrakech le 16 novembre 2016 sur l’aimable invitation de Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc ; considérant cette déclaration comme un document qui définit la vision des chefs d’Etat africains et des chefs de gouvernement qui ont participé au Sommet sur le développement durable en Afrique, et qui répond aux aspirations des peuples africains, et affirmant leur  engagement aux résolutions de la déclaration ;
Conscients également de leur responsabilité d’œuvrer pour faire face aux effets des déséquilibres qui affectent le climat, qui sont causés par le réchauffement climatique et la nécessité de mobiliser l'opinion publique pour rendre efficiente la contribution africaine à la réduction des gaz à effet de serre responsables du réchauffement de la planète ;
Rappelant les conséquences néfastes des déséquilibres climatiques sur les populations du continent africain, en particulier sur l’élargissement du cercle de la pauvreté et l'approfondissement de la précarité qui viennent s’ajouter aux autres dangers que doivent affronter plusieurs pays africains, tels que le terrorisme, la criminalité organisée transfrontalière, l'aggravation du phénomène migratoire tant aux plans national que transfrontalier et transcontinental en raison des changements climatiques, la pénurie en eau et le recul du couvert forestier ;
Confirmant leur volonté d’agir  sur le front parlementaire, en vue d'adopter les législations nécessaires pour atteindre de cet objectif et en matière de contrôle des politiques publiques exécutées par les gouvernements pour s’acquitter de leurs engagements de réduire le réchauffement climatique de la planète, en application, en particulier des engagements pris  dans le cadre des conférences des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, tenus à Paris en 2015 (COP21) et à Marrakech en 2016 (COP 22) ;
Rappelant les résolutions et recommandations relatives aux changements climatiques déjà adoptées par les institutions parlementaires africaines, continentales et régionales, ainsi que les résolutions et les recommandations de l'Union interparlementaire, en particulier le document final de la réunion parlementaire organisée par l'Union interparlementaire et le Parlement du Maroc à Marrakech le 13 novembre 2016 à l'occasion de la tenue de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ;

 

Réaffirment ce qui suit:
1.    Ils renouvellent leur attachement aux progrès réalisés dans le cadre des engagements internationaux en matière de changements climatiques et qui ont abouti à l'Accord de Paris et à la Déclaration de Marrakech, pour œuvrer en faveur du climat et le développement durable ; ils expriment leur refus catégorique de tout recul concernant les conventions déjà arrêtées, ils invitent également les Parlements nationaux à œuvrer à la mise en œuvre de ce qui a été déjà convenu et faire face à tout recul concernant ces engagements ;
2.    Ils confirment leur engagement à l’adoption des législations nationales à même de contribuer à la réduction de l’effet de serre, l'atténuation de ses conséquences, ainsi que la promotion du développement durable et de l'investissement dans l'économie verte et les énergies renouvelables. Ils s’engagent également à œuvrer par le biais de leurs missions de contrôle afin que les gouvernements des pays africains remplissent leurs obligations pour ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement de la planète ;
3.    Ils rappellent que la réduction du réchauffement climatique et l’atténuation de ses effets catastrophiques sur l’humanité, aujourd’hui et à l’avenir, est une responsabilité historique partagée entre tous les membres de la communauté internationale. Ils réaffirment que la question est une obligation éthique et un devoir humain qui commandent une solidarité internationale tangible et la mutualisation de la charge financière nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par la communauté internationale, en particulier par la Conférence de Paris;
4.    Ils invitent les Etats et les organisations donateurs, en particulier les pays riches, à remplir d’une manière urgente leurs obligations vis-à-vis du « Fonds vert pour le climat » comme mécanisme pour l’atteinte  de l'objectif de transférer les crédits des pays riches vers les pays en voie de développement, en particulier les plus vulnérables d’entre eux qui sont en même temps les plus affectés par les déséquilibres climatiques. Ils invitent également à injecter les fonds nécessaires pour mettre en œuvre des initiatives ciblées et réduire les effets des déséquilibres climatiques sur les peuples africains ;
5.    Ils invitent les pays riches à accroître les contributions qu'ils ont promises aux pays du continent africain, et à remplir leurs engagements d’une manière généreuse, pratique et concrète ;
6.    Ils appellent à des prises de mesures nécessaires au soutien de l'Afrique afin que les conditions de lutte contre le réchauffement climatique ne deviennent pas des facteurs qui entravent le développement global du continent, en particulier son développement industriel. À cet égard, ils appellent à faciliter le transfert de technologies respectueuses de l'environnement et à stimuler les investissements verts sur le continent ;
7.    Ils demandent des allocations accrues pour l'agriculture dans les pays africains à financer à partir du "Fonds vert pour le climat", et ce compte tenu du rôle critique et central de ce secteur dans l'approvisionnement et la sécurité alimentaires, l'emploi et la conservation des sols et dans la dynamique économique et la stabilité de la population. Ils rappellent à cet égard que les agriculteurs sur le continent sont la population la plus touchée par les déséquilibres climatiques, que l'agriculture est un moyen d'atténuation de ces déséquilibres. Ils rappellent également le volume des besoins du continent en nourriture, besoins qui seront multipliés par trois dans les trente prochaines années, et soulignent l’importance cruciale du secteur en matière de sécurité alimentaire et de stabilité;
8.    Ils soutiennent fermement l'Initiative d'adaptation de l'qagriculture Africaine, qui a été formulée et lancée à la veille de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, tenue à Marrakech en 2016 (COP 22). Ils demandent la mise à disposition de financements pour des projets d'adaptation de l’agriculture dans les pays africains aux déséquilibres climatiques et des solutions innovantes pour répondre aux besoins urgents de l'Afrique ; ils soutiennent aussi les initiatives et les projets africains permettant au continent de faire face aux conséquences du dérèglement climatique  tels que  le projet de la «Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel», l’initiative pour la «Sécurité, la stabilité et la soutenabilité», la «Résilience rurale», l’initiative africaine pour les énergies renouvelables et celle relative à la «Croissance bleue» visant la conservation de l’écosystème  du Bassin du Lac Tchad,  la réalisation d’un «Couloir africain de l’énergie propre» ainsi que le «Fonds bleu pour le Bassin du Congo» .
9.    Ils lancent un appel aux pays riches et aux investisseurs internationaux pour la facilitation des transferts de technologie vers l'Afrique et pour que les pays du continent soient à même de faire face aux effets des changements climatiques, en particulier la sécheresse et l’adaptation du secteur agricole à travers les méthodes d'irrigation appropriées, de gestion de l'eau et son utilisation dans le contexte des changements climatiques ;
10.    Ils mettent l'accent sur l'importance d'investir dans la production d'énergie à partir de sources renouvelables, d’autant plus que l’Afrique qui dispose d’un énorme potentiel de ces ressources, est un marché prometteur dans le domaine de l'énergie, et ce compte tenu de l'ampleur des déficits dont souffrent plusieurs pays africains, et des difficultés qu’éprouvent les zones rurales à se fournir en énergie, compte tenu de son utilisation croissante et son rôle central dans le développement et l'urbanisation. Ils appellent également à considérer l’accès de tous les habitants du continent à l’électricité, en particulier à partir de sources renouvelables, comme un objectif central ;
11.     Ils appellent à une utilisation optimale et rationnelle de la richesse marine  du continent, par la lutte contre l'exploitation excessive et sans discernement des organismes marins, et l'élaboration de plans nationaux d'investissement dans le secteur de la pêche, ce qui est de nature à combler le déficit alimentaire, à créer des emplois et à développer les compétences nécessaires pour transformer le secteur en une industrie nationale, qui contribue à l'activité économique et sociale, à l’exploitation et à la production de la valeur ajoutée à l'exportation ;
12.    Ils considèrent que l'équité et les valeurs de solidarité nécessitent le financement d'un plan international d’envergure pour soutenir le développement durable en Afrique, et ce bien au-delà des formes traditionnelles d'aide, solidarité qui se concrétise dans des projets stratégiques qui visent la réalisation d’une véritable renaissance économique, technologique et sociale dans le domaine des infrastructures sur le continent, et qui est fondée sur l'équité et sur un partenariat sincère  mutuellement bénéfique; comme ils rappellent à ce propos  les nombreuses expériences historiques où la transition ayant eu lieu dans de nombreuses régions du monde grâce à des plans stratégiques soutenus internationalement, mais qui n'ont pas profité au continent africain. Ils estiment que l’émergence d'une nouvelle Afrique est un objectif réalisable grâce aux ressources humaines et au grand potentiel du continent dans le domaine des matières premières, qui devraient se transformer en richesse ;
13.    Ils réitèrent à cet égard que le financement d'un plan stratégique de développement en Afrique, est une question de réparation des dommages historiques et d'équité à même de conjurer les effets négatifs des déséquilibres climatiques sur le continent qui n'est pas responsable de ces déséquilibres, puisque ne contribuant qu’à une part infime aux émissions de gaz à effet de serre, soit moins de 4% des émissions totales;
14.    Ils rappellent aussi les énormes ressources et sources d’énergies qui sont disponibles sur le continent, qui sont des richesses stratégiques dont la fructification et la mobilisation auront un impact sur l'emploi et  la transformation sociétale décisive pour le continent ;
15.    Ils proposent la création, au sein de l’Union parlementaire africaine, d’ un groupe de travail parlementaire africain de plaidoyer pour  la défense des intérêts des pays africains auprès des mécanismes et programmes internationaux de financement, et ce pour faire face aux effets des déséquilibres climatiques. Ils appellent  également à  l’institution d’un forum parlementaire africain pour le climat et le développement durable au sein de l’Union parlementaire africaine, qui sera chargé de:
•  Détecter les effets des déséquilibres climatiques sur la population en Afrique et attirer l'attention du public et des grandes puissances sur les répercussions négatives sur les pays africains,
• Préparer des rapports à destination des organisations parlementaires multilatérales sur les progrès de la mise en œuvre des engagements internationaux envers l'Afrique, afin de réduire l'impact des déséquilibres climatiques sur les pays du continent ;
16.    Ils décident l’intensification des consultations et le renforcement de coordination durant les Conférences des parties à la Convention -  cadre des Nations unies sur les changements climatiques, notamment la COP 23 qui se tiendra à Bonn en Allemagne entre le 6 et le 17 novembre 2017, et ce pour le plaidoyer effectif et positif visant à faire part à la communauté internationale des préoccupations des pays africains des changements climatiques ;
17.     Chargent le président de l'Union parlementaire africaine et le président de l’Assemblée parlementaire de la Communauté économique des pays de l’Afrique de l’Ouest, le président du Parlement panafricain, ainsi que les présidents des deux Chambres du Parlement du Royaume du Maroc de transmettre cette Déclaration :
•  Aux Parlements des Etats membres de l’Union parlementaire africaine et les organisations parlementaires africaines sous-régionales;
•  A la présidence de la Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 23).
• A la présidence de l’Union interparlementaire.

Libé
Lundi 30 Octobre 2017

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