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L'informel, ce fléau à la peau dure

Le phénomène continue de pénaliser l'économie nationale, avec un manque à gagner en matière de recettes fiscales


Libé
Lundi 15 Mars 2021

L' informel, fléau qui a la peau dure au Maroc, figure toujours au cœur de l'agenda politique et économique, là où la crise sanitaire liée à la pandémie du nouveau coronavirus(Covid-19) n'a fait que raviver le vieux débat sur les pistes d'intégration des unités de production informelles(UPI). Bien que son poids dans le produit intérieur brut (PIB) soit sur une trajectoire baissière, l'informel continue de pénaliser l'économie nationale, avec un manque à gagner conséquent en matière de recettes fiscales et de mauvaises conditions de travail qui virent parfois au drame. Nombreux sont les facteurs dissuadant les UPI de s'intégrer dans le tissu économique formel qui redoutent, notamment, une fiscalité peu séduisante, une réglementation contraignante ou encore des charges salariales au détriment de leur compétitivité, rapporte la MAP. Selon une récente étude du Haut-commissariat au plan (HCP), la principale composante fiscale qui influence le secteur informel est la taxe sur la valeur ajoutée, où la faible inclusion financière et le manque de liquidité poussent les chefs d'UPI à réaliser des transactions avec des fournisseurs qui eux-mêmes sous-déclarent ou travaillent dans l’informel, pour échapper à la facturation en mode TVA. Très sensibles à leur structure de coûts, les opérateurs de l'informel voient dans les ajustements du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) un alourdissement des charges salariales, ce qui contraint les entreprises, particulièrement les très petites, petites et moyennes, à réduire leurs effectifs ou à ne pas les déclarer. "Les réglementations contraignantes comme les textes de lois et les multiples formalités à remplir pour la création d’une petite entreprise sont considérées comme coûteuses en temps ou en argent et complexes au regard du niveau de l'éducation des chefs d'UPI", relate cette étude, alertant qu'un cadre institutionnel réglementaire complexe et contraignant favorise le développement des activités informelles. Approché par la MAP au sujet de ce fléau, Abdelghani Youmni, économiste et spécialiste des politiques publiques, a mis en lumière le lourd fardeau de l'informel en matière de recettes fiscales, notamment l'IS et la TVA ainsi que les cotisations sociales, ajoutant que le poids de l’économie noire rivalise en terme de contribution au PIB avec des secteurs leviers au Maroc tels que le tourisme et le textile. "Réduire le poids de l’informel en dessous de 25%, la moyenne de la région MENA, n’est pas seulement un plaidoyer ou un vœu pieux mais une des grandes orientations stratégiques du Royaume", a-t-il assuré. La pandémie qui a mis à l'arrêt des pans entiers de l’économie nationale y compris les activités souterraines, a mis à nu la faible couverture sociale des travailleurs dont une large proportion opèrent dans des unités informelles sans aucune protection sociale face à de tels aléas. A cet égard, l'économiste souligne que la crise sanitaire a été révélatrice du poids significatif de l'informel au Royaume, comme en témoigne le nombre de bénéficiaires des aides versées par l’Etat en soutien aux catégories impactées. La réforme de la protection sociale et sa généralisation au Maroc pour pallier l'éparpillement des interventions et le faible taux de couverture "nécessiteront un effort budgétaire annuel d'au moins 14 milliards de dirhams et nous ne pourrions en aucun cas la financer parla dette sociale mais plutôt par la fiscalité redistributive et par l'élargissement de l'assiette des ressources aux rentiers et à l'informel", a-t-il expliqué. La lutte contre ce phénomène implique également un benchmark pour évaluer la pertinence des meilleures pratiques à l'international, où plusieurs pays ont réalisé des exploits en la matière. M. Youmni a mis en avant l'expérience grecque qui a porté sur le plafonnement du paiement par cash, l'encouragement de la bancarisation et une digitalisation accrue des opérations d’achat et de vente. Il a aussi cité les allègements fiscaux sur l'emploi, l'affiliation à la protection sociale, ainsi que la simplification du statut juridique et du régime fiscal de la TPE en Chili, alors qu'en Turquie, les politiques publiques ont encouragé la création des petites entreprises, la flexibilisation du contrat de travail et le zéro cash. Une étude sur l'économie informelle publiée sur le portail de Bank Al-Maghrib (BAM) souligne que la persistance d'importantes activités informelles nécessite des réformes structurelles supplémentaires, notamment celles liées à l'éducation, au système judiciaire, à la politique fiscale et au marché du travail. Une stratégie de formalisation intégrée qui tient compte de la complexité et des particularités de l'informalité dans chaque secteurs'impose plus que jamais pour encourager les opérateurs à franchir le pas vers le formel, où les mesures d'appui et d'encouragement ne cessent de se multiplier ces dernières années sur les plans fiscal, réglementaire et social.


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