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L’eau, problème plus que récurrent à Zagora

Laxisme éhonté ou complicité culottée des autorités ?


Hassan Bentaleb
Dimanche 8 Mai 2022

Un certain lobby en tire profit impunément

L’eau, problème plus que récurrent à Zagora
Les pastèques en provenance de  Zagora sont de retour sur nos marchés. Et cela malgré la sécheresse qui frappe la région, le ras-le-bol des habitants qui descendent dans la rue pour manifester leur colère et l’interdiction de la culture de la pastèque et des tomates  par le ministère de l’Intérieur, notamment dans les zones marquées par l’absence de pluviométrie.

« Rien ne semble arrêter la culture de la pastèque malgré les promesses et les annonces affichées par les autorités centrales ou locales.  En effet, la situation demeure la même», nous a déclaré Jamal Akchbabe, président de l'Association des amis de l'environnement à Zagora (AAEZ). Et d’ajouter : «Et le pire reste à venir d’autant que la région vit sa pire période de sécheresse qui persiste depuis 2014 et qui a été marquée par la faiblesse de la pluviométrie, la hausse des températures et l’évaporation».

D’après notre interlocuteur, la région connaît un vrai pillage de ses ressources hydriques de la part des agriculteurs de la pastèque et cela au vu et au su de tout le monde, y compris des autorités locales qui se contentent du rôle de spectateur passif devant un drame écologique, social et économique. 

« Notre vrai problème, ce n’est pas celui du changement climatique et ses effets néfastes, mais plutôt l’absence de vraies politiques d’adaptation dans la région. Nos responsables mènent des  actions et des programmes en inadéquation avec l’ampleur et la gravité des problèmes environnementaux de la région, notamment celui de l’épuisement des ressources en eau, amplifié par la culture de la pastèque», nous a-t-il affirmé. Et d’expliquer : «Nous souffrons d’une mauvaise gestion de la rareté et cela sur tous les plans. Nous constatons  également les effets d’une gestion bureaucratique, unilatérale et anarchique  dans le traitement de ce dossier. Notamment de la part de la préfecture qui n’a pris aucune décision en matière d’interdiction de la culture de la pastèque ».

A rappeler que les membres de l’AAEZ ont déjà demandé au gouverneur de la région de décréter Zagora zone sinistrée comme ce fut le cas auparavant de la province de Tata après l’épuisement de ses ressources en eau à cause de la culture de la pastèque.

«Cette demande a été tout simplement rejetée et personne ne sait pourquoi. Pourtant, ce refus  soulève plusieurs interrogations. En fait, le sujet de la culture de la pastèque est devenu un tabou dans la région et même les responsables refusent de l’aborder publiquement. C’est le cas de certains ingénieurs du ministère de l’Agriculture qui estiment que la situation est grave, mais n’osent pas le déclarer publiquement», nous a-t-il confié. Et de conclure : «En effet, la culture de la pastèque qui a débuté dans la région en 2008 et dont la superficie est passée de 2.000 à 20.000 hectares, a eu des conséquences au-delà de l’environnement. En 2017, la pénurie en eau a donné lieu à des séries de protestations de la population locale ayant débuché sur la détention de plusieurs jeunes.

Aujourd’hui, tout le monde s’interroge sur le silence assourdissant du ministère de tutelle et des autorités provinciales alors que la lutte contre cette culture importée a débuté dès 2010 sachant qu’il y a des lois nationales qui pénalisent l’épuisement des ressources en eau et qu’il s’agit bien de la sécurité hydrique de la région ».

A ce propos, notre source pointe du  doigt l’absence de contrôle ou de surveillance au niveau de la prospection des eaux souterraines ou leur exploitation par toutes les autorités locales, spécialement par l’Agence du bassin hydraulique chargée, entre autres, d’élaborer et d’appliquer le plan directeur d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) ainsi que de délivrer les autorisations et les concessions d’utilisation du domaine public, qui est située à Guelmim, à 1.000 km de Zagora et ne dispose d’aucune délégation dans la ville.

Et qu’en est-il des promesses et des annonces faites après la révolte de la soif en 2017 ? « Jusqu’à présent, nous n’avons rien vu de concret.  Il y a le projet de construction d’un grand barrage à Agdz et la station de dessalement à Zagora qui solutionne relativement le problème d’approvisionnement de l’eau dans la ville.  Mais, la situation demeure semblable à celle de 2017.
Pis, la culture de la pastique continue à se développer dans la région et le gouverneur de la ville n’a pas jugé utile de déclarer ces territoires zone sinistrée», nous a indiqué Jamal Akchbabe.  Et de préciser : «Alors que la population locale n’a pas cessé depuis le mois de février de descendre dans la rue dans plusieurs communes,  pour manifester son ras-le-bol, je peux vous assurer que nous ne sommes pas loin du climat de tension qui a prévalu en 2017 avec la révolte de la soif ».

Hassan Bentaleb


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