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Jeter de l'huile sur le feu, c'est se soustraire à sa responsabilité sociétale

Entre libéralisation, monopole et autre oligopole, le consommateur ne sait plus où donner de la poche


«S ’il y a une augmentation des prix des huiles végétales, c’est parce que les prix s’envolent au niveau international ». C’est ainsi que le management de Lesieur Cristal a expliqué, à l’opinion publique nationale, les dernières hausses des prix des huiles de table.

Selon un communiqué publié à ce propos, les responsables de cette entreprise ont expliqué que depuis mai 2020, le cours du soja a augmenté de 80% et celui du tournesol de 90% tout en précisant que Cristal a été contrainte de répercuter la flambée des cours des matières premières agricoles sur ses prix à l’instar de tous les opérateurs du marché. Si les propos de la direction de cette entreprise sont authentiques, il n'en demeure pas moins que plusieurs points sont passés sous silence.

En effet, les rapports internationaux sont unanimes : les matières premières agricoles sont en hausse continue. Selon la FAO, l’Indice des prix de l’huile végétale a augmenté de 5,8% sur le mois pour atteindre son plus haut niveau depuis mai 2012. Les facteurs déterminants comprenaient une production d’huile de palme inférieure aux prévisions en Indonésie et en Malaisie en raison des pluies excessives et des pénuries constantes de main-d’œuvre migrante; et des grèves en Indonésie. L’Argentine réduit la disponibilité des exportations d’huile de soja.

De son côté, le journal français "La Tribune" a indiqué que le blé, le maïs, le soja, le riz, la viande, le cuivre, l'aluminium, le zinc, le nickel, l'étain, le fer, l'acier, le molybdène, le lithium, le cobalt, les platinoïdes, l'argent métal, le pétrole, le gaz naturel... connaissent tous une inflation de leurs prix. Ils sont supérieurs aux niveaux d'avant crise de 2008, et parfois plus élevés que les récents pics de 2011. La même source a ajouté que de 2000 à l'été 2008, les courbes des prix se sont envolées avant de s'effondrer au deuxième semestre 2008 et de reprendre de plus belle leurs trajectoires initiales pour culminer début 2011.

Puis, durant dix ans, les prix de chaque ressource naturelle évoluèrent en fonction de l'idiosyncrasie de leurs fondamentaux — offre, demande, stocks, coûts de production — et parfois aussi sous l'influence d'épiphénomènes, tels que les relations politicoéconomiques entre la Chine et les Etats-Unis. Mais, depuis mars 2020, date de la fin officielle de la crise sanitaire en Chine, premier consommateur mondial de produits de base, ils connaissent une nouvelle hausse.

Pourtant, Hicham Attouch, président du Forum des économistes marocains(FEM), estime que la réalité du marché marocain exige certaines précisions. Selon lui, si le secteur des huiles végétales est libéralisé depuis des années comme celui du sucre, il reste que cette libéralisation n’est pas totale puisqu’il y a un quasi monopole. « Prenez le cas, il y a quelques années, de la société saoudienne Savola qui a voulu vendre ses produits 30% en dessous des prix du marché et qui a été accusée par Lesieur Cristal de dumping», nous a-t-il rappelé. Et de préciser :«Quant à l’Etat, il ne peut plus fixer les prix qui dépendent plutôt de l’offre et de la demande. L’Etat n’a que la possibilité de négocier pour préserver la paix sociale».

Pour notre interlocuteur, l’actuelle hausse des prix est inopportune vu le contexte de crise lié à la Covid-19 marqué par la détérioration du pouvoir d’achat de nos concitoyens. Selon lui, la place et l’importance des huiles végétales dans plusieurs produits risquent d’induire des augmentations au niveau de certains produits et services (hôtellerie, restauration, ...). «Il faut s’attendre à des effets indirects comme c'est le cas pour les carburants», nous a-t-il affirmé. Et de poursuivre : « la société aurait dû plutôt prendre en considération sa responsabilité sociétale. Ceci d'autant plus qu’elle n’a pas enduré de situation de crise pendant le confinement. Elle en a été, en revanche, l'un des grands gagnants comme les entreprises du secteur des télécoms, de l’agro-alimentation et des assurances. Même avant la crise, l’entreprise avait fait beaucoup de profits et sa santé financière a toujours été bonne».

Pour le président du FEM, le problème de la hausse des prix de certains produits se posera toujours tant que la question de la régulation n’est pas tranchée. D’après lui, il n’y a pas de liberté des prix et de la concurrence sans mise sur pied d’un marché qui fonctionne conformément à la loi de l’offre et de la demande, des institutions de régulation qui veillent à ce que le consommateur ne soit pas lésé et la possibilité de recourir à la justice en cas de litige. L’ensemble de ces éléments n’existent pas, selon lui et même la loi 104.12 n’a aucune valeur.

«L’Etat a procédé à la libéralisation de plusieurs secteurs sans mettre en place des garde-fous. Le producteur se cache derrière plusieurs prétextes (sécheresse, augmentation du prix du pétrole…) pour augmenter ses prix de vente et même quand il ne peut se cacher derrière ces prétextes, il refuse de les baisser. Au Maroc, les prix semblent avoir été fixés une fois pour toutes pour certains produits tels que les hydrocarbures, l’eau potable et le lait. On empêche même certains producteurs de vendre en deçà des prix du marché. Rappelons le cas d’une entreprise de Kénitra qui avait été fortement combattue pour avoir voulu vendre son lait à 3,10 DH le litre. Elle a même été empêchée d'écouler ses produits via les grandes surfaces. Il y a une pression forte de la part des entreprises dominantes qui imposent des prix au marché qui tendent vers la hausse et non pas vers la baisse», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb 

Libé
Jeudi 25 Février 2021

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